
Accusée d’être une stratégie pour rendre les adolescents addicts à la nicotine, puis, par effet passerelle, au tabac, la cigarette électronique est-elle autant un fléau pour la jeunesse qu’on veut nous le faire croire ?
La vape chez les jeunes, malgré l’interdiction de vente des produits du vapotage aux mineurs, est considérée comme un phénomène préoccupant, et nombreux sont les appels lancés à la protection des nouvelles générations. Pourtant, en 2025, les données scientifiques tendent à prouver qu’elle se substitue au tabac plus qu’elle n’amène à en consommer, et qu’il vaudrait mieux prévenir que diaboliser.
Entre une nouvelle habitude de consommation, à risques réduits, et une porte ouverte à une dépendance nicotinique longue durée, où se situe la vérité sur le vapotage des adolescents ? Cet article, avec ses données scientifiques d’actualité et ses témoignages d’experts, vous aidera à trancher sur la question.
La vape chez les jeunes : un phénomène hors-la-loi

La loi est claire : la vente et l’offre à titre gratuit de produits du vapotage aux mineurs sont strictement interdites par le Code de la Santé Publique, au même titre que celles des cigarettes et, plus largement, des produits du tabac. Depuis juillet 2025, enfreindre cette loi expose les contrevenants à une contravention de la cinquième classe et non plus de la quatrième classe, soit une amende de 1500 € contre 750 € autrefois, portée à 3 000 € en cas de récidive, et intégrée au régime de l’amende forfaitaire par modification de l’article R. 48-1 du Code de procédure pénale.
Code de la Santé Publique
Article L3513-5
« Il est interdit de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac et tous commerces ou lieux publics, à des mineurs de moins de dix-huit ans des produits du vapotage. »
« La personne qui délivre l’un de ces produits exige du client qu’il établisse la preuve de sa majorité. »
Article R3515-6 modifié par le décret n° 2025-582 du 27 juin 2025
« Le fait de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac, dans tous commerces ou lieux publics, des produits du vapotage à un mineur en méconnaissance de l’interdiction prévue à l’article L. 3513-5 est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. »
Le vapotage chez les jeunes de moins de dix-huit ans ne devrait donc, en théorie, pas exister en France, tout comme le tabagisme chez les adolescents. La réalité est malheureusement tout autre, des collégiens et lycéens français étant fumeurs ou vapoteurs.
Elle découle de l’incapacité du gouvernement à faire respecter cette loi, trop souvent enfreinte. Pour cette raison, la ministre française du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, envisageait dès mai 2025 de rompre un certain paradoxe législatif et d’instaurer une interdiction de fumer aux mineurs, complémentaire à la réglementation déjà en vigueur, pour enrayer la consommation de cigarettes par les adolescents.
Une interdiction non étendue à l’utilisation d’une cigarette électronique et de produits du vapotage, puisque la ministre avait en même temps déclaré vouloir faire entrer en vigueur dès juillet 2026 des restrictions des taux de nicotine des e-liquides et des cartouches pré-remplies, et interdire certains arômes pour e-liquides, concentrés pour le DIY et pods pré-remplis, pour mettre un terme au phénomène du vapotage chez les jeunes, en hausse.
Le vapotage chez les adolescents : un phénomène en hausse

Le suivi de l’évolution des consommations de produits addictifs chez les jeunes français est la spécialité de l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT). Un suivi réalisé dans une enquête nommée ESCAPAD, menée auprès d’un très vaste échantillon, pour un maximum de fiabilité, à savoir les jeunes français âgés de 17 ans présents lors de l’appel de préparation à la défense. Depuis la première édition en 2000, plus de 260 000 adolescents ont été interrogés par l’OFDT.
En 2022, 23 701 filles et garçons âgés de 17,4 ans en moyenne ont participé à la 9ème et plus récente édition de l’enquête. Les résultats de la dernière enquête ESCAPAD sont donc, de par le fait, la référence vers laquelle il convient de se tourner pour obtenir des chiffres actualisés et fiables en 2025 au sujet de la vape chez les jeunes français.
Une augmentation du vapotage quotidien chez les jeunes français fumeurs

On apprend effectivement dans ce rapport de l’OFDT que le vapotage chez les adolescents est un phénomène en forte hausse en France, avec 6,2 % des jeunes de 17 ans qui vapotaient quotidiennement en 2022 contre seulement 1,9 % en 2017. Leur usage de la cigarette électronique a ainsi triplé en cinq ans.
Une information qui, en l’état, semble préoccupante. Elle devient toutefois bien moins inquiétante lorsqu’on la complète par d’autres informations capitales présentes dans les résultats de l’enquête ESCAPAD de 2022. Notamment que le tabagisme chez les jeunes était encore en 2022 trois fois plus important que le vapotage, malgré des risques bien plus importants pour la santé.
Surtout, les données relevées par l’OFDT témoignent d’une pratique du vapotage qui concerne presqu’exclusivement les jeunes fumeurs. 94,2 % des adolescents qui utilisaient quotidiennement une e-cigarette en 2022 étaient en effet des consommateurs de tabac. Une écrasante majorité, puisque seuls 5,8 % des vapoteurs quotidiens en 2022 n’avaient jamais fumé auparavant, soit 3 jeunes sur 1000. L’utilisation de la cigarette électronique par les jeunes ressemble ainsi davantage, dans les faits, à une nouvelle habitude de consommation, à risques réduits, qu’au fléau présenté par les médias.
Davantage d’expérimentation de la cigarette électronique par les adolescents

Les derniers chiffres de l’OFDT témoignent aussi d’une hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique par les adolescents français, à 56,9 % en 2022 contre 52,4 % en 2017, et de sa survenue plus tôt, à 15,0 ans en 2022 contre 15,4 ans en 2017.
L’enquête ESCAPAD 2022 nous apprend aussi que ce sont désormais davantage les fumeurs occasionnels (48,6 % en 2022) que les fumeurs quotidiens (26,7 % en 2022 contre 41,6 % en 2017) qui essayent la cigarette électronique.
Une dernière hausse relevée par l’OFDT semble plus préoccupante : celle du nombre d’adolescents non-fumeurs qui essayent le vapotage, puisqu’ils étaient 24,7 % en 2022 contre seulement 14,6 % en 2017. L’OFDT ne leur a malheureusement pas demandé de préciser s’ils ont expérimenté la vape avec ou sans nicotine, un essai avec nicotine constituant davantage un problème. Une mauvaise nouvelle tempérée toutefois par le chiffre, bien moindre, de 5,8 % d’adolescents non-fumeurs mais vapoteurs quotidiens en 2022, qui suggère que seule une petite partie des expérimentateurs non fumeurs ont poursuivi la consommation de produits du vapotage en 2022.
Très peu de jeunes français en somme, mais suffisamment pour comprendre que l’on puisse redouter que la cigarette électronique ne soit déjà responsable de l’entrée d’adolescents français dans une dépendance nicotinique.
Cigarette électronique chez les jeunes non fumeurs et dépendance nicotinique

Cette crainte est-elle fondée ? La cigarette électronique peut-elle entraîner une dépendance nicotinique problématique chez les jeunes non fumeurs qui l’expérimentent ? Autrement dit, peut-elle déclencher une addiction qui pousserait à consommer sur le long terme de la nicotine sous cette forme ou une autre, en particulier sous forme de cigarettes de tabac ?
En 2025, il n’existe pas encore de réponse scientifique définitive à cette question. C’est parce qu’il n’existe pas d’étude focalisée sur le caractère addictogène de la nicotine vapologique auprès d’un public exclusivement adolescent, aux cerveaux encore en développement. La nicotine peut en tout cas perturber l’attention, l’apprentissage et la sensibilité à la dépendance des jeunes. Pour cette raison les cigarettes électroniques nicotinées ne devraient jamais être utilisées par de jeunes non-fumeurs, auquel cas leur nicotine ne viendrait pas limiter une dépendance tabagique, bien plus dangereuse pour la santé, mais risquerait de leur faire développer une addiction inutile.
Un risque de dépendance non nul mais plus faible qu’avec le tabagisme

En 2025, on sait toutefois que le risque d’entraîner une dépendance à la nicotine est plus faible avec la vape qu’avec le tabagisme, comme le rappelait en 2023 Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie. La science a en effet prouvé que la nicotine contenue dans les e-liquides pour cigarettes électroniques cause une dépendance plus faible que le tabagisme de façon générale. Et pour cause : la nicotine contenue dans une vapoteuse n’est pas plus addictive que celle des substituts nicotiniques.
En 2020, une étude menée par des chercheurs de la Society For the Study Of Addiction a conclu que « l’utilisation d’e-cigarettes semble être associée de manière cohérente à une dépendance à la nicotine plus faible que le tabagisme » et que la nicotine contenue dans la cigarette de tabac est celle qui comporte le risque le plus élevé de dépendance, après avoir démontré qu’un afflux massif de nicotine dans l’organisme la rend davantage addictogène.
C’est parce que fumer du tabac apporte à l’organisme très rapidement un gros shoot nicotinique, quand vapoter un e-liquide nicotiné entraîne le même type d’absorption que les substituts nicotiniques, stable et linéaire, comme l’a prouvé une étude publiée en 2017 par le Dr Konstantinos Farsalinos. C’est aussi parce que les e-liquides pour cigarettes électroniques ne contiennent pas les substances actives ajoutées dans les cigarettes pour favoriser l’addiction, isolément ou en synergie avec la nicotine, telles que l’harmane et la norharmane.
Pour aller plus loin
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Effet passerelle chez les jeunes : la vape remplace plutôt le tabagisme

En 2025, la théorie de l’effet passerelle ne fait l’objet d’aucun consensus scientifique. Elle est encore l’objet de controverses scientifiques importantes, notamment parce qu’il est complexe de tenter de démontrer un lien de causalité entre le vapotage et l’initiation au tabagisme sans tomber dans des biais méthodologiques.
Aucune étude n’a encore prouvé l’existence d’un effet passerelle de la vape vers le tabagisme en France en 2025

Dès 2019, le paradoxe entre, d’une part, des travaux qui affirment que les adolescents vapoteurs sont plus à risque de devenir un jour des fumeurs et, d’autre part, des données de prévalence qui montrent que la cigarette électronique ne semble pas constituer un mode d’entrée majeur dans le tabagisme chez les adolescents, a été soulevé par des chercheurs stéphanois.
« La théorie de l’effet passerelle semble assez contre-intuitive à la lumière de données récentes montrant une diminution de la prévalence du tabagisme chez les adolescents dans les pays où le vapotage s’est intensifié, ainsi qu’une augmentation du tabagisme chez les adolescents après que des restrictions d’âge aient été imposées pour l’achat de cigarettes électroniques. »
Relations entre vapotage et tabagisme chez les adolescents en classe de seconde. Résultats d’une étude observationnelle descriptive transversale et monocentrique menée dans l’agglomération stéphanoise, 2019.
Ces chercheurs ont également remarqué qu’il n’existait que très peu d’études dédiées à la génération de données de prévalence pouvant contribuer à décrire l’impact de l’usage de la cigarette électronique sur le statut tabagique des adolescents français vers l’âge de 15 ans, d’ailleurs trop anciennes pour être extrapolables à la situation actuelle. Ils décidèrent donc de combler cette lacune pour renforcer le dispositif observationnel français du tabagisme, et pour éclairer les autorités de régulation avec des données récentes, en réalisant une enquête par questionnaire dans les classes de seconde des lycées de l’agglomération stéphanoise (villes de Saint-Étienne et Saint-Priest en Jarez) pour évaluer les relations entre l’expérimentation de la cigarette électronique à l’âge de 15–16 ans et la consommation de tabac fumé.
Cette étude n’a pas permis de démontrer l’existence de l’effet passerelle car elle n’a pas mis en évidence un surrisque d’initier une consommation de tabac fumé chez des adolescents, initialement non-fumeurs, qui feraient usage de la cigarette électronique. Les chercheurs ont plus précisément conclu :
« Le vapotage chez les adolescents non-fumeurs ne semble pas constituer un mode d’entrée majeure dans le tabagisme, ni dans l’addiction à la nicotine. Enfin, l’usage de la cigarette électronique chez les adolescents fumeurs semble avoir un effet bénéfique sur leur consommation de tabac (arrêt ou baisse de la consommation de tabac fumé). »
La science tend même à prouver en 2025 que la vape protégerait du tabagisme

Une étude plus récente, menée auprès de 7 950 élèves de 15-16 ans, en France, dans la Loire, entre 2018 et 2020, par l’Institut national du cancer (INCa) et l’Institut pour la recherche en santé publique (IRESP), est venue confirmer les résultats des chercheurs stéphanois en 2023. Les scientifiques, qui ont comparé les taux d’expérimentation et d’usage du tabac avec ceux de la cigarette électronique, ont obtenu des données qui n’étayent pas la théorie de l’effet passerelle, bien au contraire :
« Aucune augmentation n’a été observée dans la progression du vapotage au tabagisme […] La situation sanitaire des adolescents s’est globalement améliorée. [… La] découverte la plus pertinente pour la santé publique était la coïncidence temporelle entre une augmentation de la prévalence du vapotage quotidien et une diminution de celle du tabagisme quotidien. Ce résultat peut s’expliquer par le fait que les adolescents qui expérimentent pour la première fois la cigarette électronique sont plus susceptibles de ne pas commencer à fumer ou de retarder leur entrée dans le tabagisme ».
En 2023, le professeur Bertrand Dautzenberg lui-même a conclu à ce sujet que « chez les adolescents, la vape est une protection contre le tabagisme » après avoir recherché, avec cinq autres pneumologues, tabacologues et addictologues français de renom, les véritables effets de l’expérimentation et de l’usage de la e-cigarette sur le passage au tabagisme quotidien grâce à une revue systématique et analyse critique des études longitudinales évaluant l’effet des cigarettes électroniques sur l’initiation à la cigarette chez les adolescents n’ayant jamais fumé.
Une méta-analyse aussi rigoureuse que celles effectuées par Cochrane, réalisée après identification de plus de 2500 études publiées sur la base de données Medline entre 2011 et mars 2023, puis isolation et analyse des 23 parmi elles qui concluent à l’existence d’un effet passerelle. Cette revue systématique a prouvé que toutes souffrent d’un grave biais méthodologique.
« Non la vape n’est pas une porte d’entrée à la cigarette chez l’ado. L’erreur méthodologique des articles qui l’affirment est tellement grosse (un éléphant dans la pièce) que personne ne l’avait vu avant la revue systématique des articles que nous publions. La vape apparait avant tout comme un distracteur de la cigarette. »
Bertrand Dautzenberg sur sa page X (anciennement twitter)
Les chercheurs ont en effet trouvé qu’un adolescent qui commence à fumer plutôt qu’à vapoter a 3 à 4 fois plus de risques de devenir un fumeur régulier. Quant à l’erreur méthodologique trouvée dans les études qui disent le contraire, elle est simple : tirer des conclusions généralistes, à l’échelle de toute la population adolescente, à partir de résultats pourtant valables uniquement pour les petits groupes d’adolescents non fumeurs (sous-cohortes) sélectionnés pour ces études. Des groupes non représentatifs de cette population puisque très minoritaires.
« Les données recueillies dans la sous-cohorte rapportant un effet passerelle ne concernent que 1,3 % de la population d’adolescents de la cohorte initiale. L’exclusion de tous les initiés précoces à la cigarette, et de nombreux initiés précoces à la cigarette électronique […] a deux conséquences : (1) elle réduit la validité externe des analyses et des conclusions, les rendant seulement valides dans un petit sous-échantillon d’adolescents et ne pouvant être extrapolées à la cohorte initiale et (2) elle empêche d’analyser l’effet protecteur potentiel de Diversion des cigarettes électroniques sur la consommation de cigarettes. »
Les données de prévalence montrent que la vape se substitue au tabagisme en France comme à l’étranger

En France, les données de prévalence les plus récentes en 2025 proviennent de l’enquête ESCAPAD 2022 menée sur 23 701 lycéens âgés de 17,4 ans en moyenne par l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT). Ces données corroborent les résultats des chercheurs qui ont conclu que la vape détourne les adolescents du tabac. Elles s’inscrivent dans la continuité du recul du tabagisme observé chez les jeunes français depuis une dizaine d’années malgré un vapotage en hausse, avec 15,6 % de jeunes fumeurs quotidiens en 2022 contre 25,1 % en 2017.
Un recul qui est lié à la hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique par les jeunes, d’après les courbes d’expérimentation du tabac et de la vape, qui se sont inversées depuis 2017 pour arriver à 56,9 % d’expérimentation du vapotage contre 46,5 % d’expérimentation du tabagisme, présentées dans la 9ème enquête ESCAPAD. La vape remplace donc progressivement le tabagisme chez les jeunes en France, et le fait reculer.
La substitution du tabagisme par le vapotage a été observée et objectivée à l’étranger également. En 2023, l’Institut national de recherche britannique sur la santé et les soins (NIHR) a réalisé l’étude internationale la plus complète et fiable encore aujourd’hui en 2025. Cette dernière compare les données officielles de trois pays partageant la même trajectoire du tabagisme, mais avec une politique différente pour le vapotage. D’un côté le Royaume-Uni, pro vape, de l’autre l’Australie, tout son contraire, et entre les deux les États-Unis, moins dans les extrêmes. Le NIHR a observé l’inverse d’un effet passerelle, puisque les chiffres recueillis et analysés ont montré une baisse du tabagisme plus forte et rapide avec une politique pro vape qu’anti vape :
« Nous avons détecté certaines indications selon lesquelles les produits alternatifs à base de nicotine concurrencent les cigarettes plutôt que de promouvoir le tabagisme et que les réglementations qui autorisent leur vente sont associées à une réduction plutôt qu’à une augmentation du tabagisme. »
Des indications présentes aussi dans une étude américaine de 2023 qui s’est chargée d’analyser l’évolution des ventes de cigarettes et de cartouches nicotinées pour le vapotage dans les 375 localités et 7 États américains qui ont mis en place une interdiction de certains arômes. Les scientifiques ont en effet observé que 12 cigarettes de plus étaient en moyenne vendues pour chaque cartouche en moins, soit que l’instauration de mesures coercitives pour protéger les jeunes obtenaient l’inverse de l’effet escompté : le retour du tabagisme.
La consommation de substances illicites, notamment des cannabinoïdes de synthèse, avec une cigarette électronique : une pratique d’adolescents dangereuse

Si les adolescents ne devraient pas, en théorie, pouvoir accéder à des produits du vapotage nicotinés comme non nicotinés, ils devraient encore moins parvenir à se procurer des substances illicites sous forme d’e-liquide pour cigarettes électroniques. Pourtant, ils y parviennent grâce au marché noir, bien souvent à l’intérieur ou aux portes des établissements scolaires, du fait de l’attirance des pratiques dangereuses qui a de tout temps existé à l’adolescence, mais qui bénéficie désormais d’une mise en avant sur les réseaux sociaux.
Ces substances illicites, classées stupéfiants, sont très souvent des cannabinoïdes de synthèse imitant l’effet du cannabis mais dont la puissance peut être supérieure, seuls ou associés à des benzodiazépines de synthèse. L’exemple le plus connu est le PTC pour « pète ton crâne », également appelé Buddha Blue. Elles présentent des risques d’effets indésirables graves pour la santé voire d’intoxication : troubles psychiatriques (épisodes délirants, hallucinations, idées suicidaires, attaque de panique), troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), troubles cardiovasculaires (tachycardie, douleur thoracique), problèmes rénaux, addiction sévère avec syndrome de sevrage, malaises, amnésies, pertes de connaissance et convulsions. La consommation par vapotage permettant une action plus rapide des substances, elle augmente les risques.
L’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) mène une enquête sur le vapotage de substances psychoactives (hors nicotine) depuis 2019. Elle a révélé une augmentation des signalements d’effets indésirables consécutifs à la consommation de substances psychoactives par cigarette électronique chez les mineurs en 2021-2022. En 2024, de nouveaux cas d’intoxications par vape au PTC ont été signalés chez des adolescents qui ont dû être hospitalisés.
C’est ainsi seulement lorsqu’elle est détournée de sa fonction initiale par l’ajout de substances interdites et non contrôlées par les autorités sanitaires, que la cigarette électronique présente un grave danger, et non plus un risque limité, pour les adolescents. Informer les adolescents sur la dangerosité des produits du vapotage vendus à la sauvette, qui n’affichent pas clairement la liste de leurs ingrédients, est une mesure de prévention capitale.
Réduire le risque ou le réprimer : pourquoi il vaut mieux prévenir que diaboliser

Si la diabolisation des produits du vapotage mis sur le marché noir n’est pas disproportionnée compte tenu des risques que ces produits représentent pour la santé des jeunes français, elle s’avère ne pas être la meilleure des solutions pour les produits du vapotage parfaitement réglementés.
Diaboliser la vape auprès des jeunes non fumeurs n’est pas une solution

Certes, lorsqu’ils sont nicotinés, les produits du vapotage ne sont pas totalement dénués de risques pour la santé des adolescents non-fumeurs, puisque leur nicotine peut entraîner une addiction, même si celle-ci sera moindre qu’en cas de tabagisme et qu’elle ne mènera à priori pas à la consommation de cigarettes, l’effet passerelle n’ayant encore en 2025 pas pu être démontré scientifiquement, contrairement à l’effet de diversion de la cigarette électronique, c’est-à-dire sa capacité à éloigner les jeunes du tabagisme en devenant un objet de convoitise plus grand que la cigarette.
Pour autant, diaboliser la cigarette électronique auprès des non-fumeurs n’est pas une solution. Bien sûr, dans un monde idéal où les adolescents ne seraient ni avides de nouvelles expériences, ni soumis à une pression sociale, ni pour certains mal dans leur peau, une diabolisation de la vape pourrait peut-être fonctionner et mener à zéro consommation de substances psychoactives. Puisque ce n’est pas le cas, elle présente un danger majeur : celui de pouvoir faire croire que le vapotage est plus dangereux que le tabagisme, au risque de renvoyer des adolescents vers le tabagisme, autrement dit à des risques pour la santé plus importants et à une dépendance plus forte qu’en cas de vapotage.
Dialoguer pour prévenir
La vape n’a pas été créée pour les jeunes non-fumeurs, et c’est important de le dire. Dès l’entrée au collège, où les mineurs, qui peuvent commencer à ressentir de la curiosité voire de la tentation pour le tabagisme ou le vapotage par phénomène d’influence, risquent d’être confrontés à des incitations d’essai par des copains, sur les réseaux sociaux ou par des vendeurs au black peu scrupuleux, instaurer un dialogue est le meilleur moyen d’agir en prévention. Mais que dire ? Voici quelques pistes pour les parents ou accompagnants.
- Expliquer qu’il ne faut jamais accepter de consommer un produit vendu à la sauvette dans son établissement scolaire ou dans la rue, même si c’est un copain qui le propose, et parler de leur dangerosité ;
- Demander aux adolescents ce qu’ils connaissent et/ou imaginent du tabac et de la cigarette électronique ;
- Modifier leur perception en cas de besoin en leur expliquant les dangers du tabac pour la santé ainsi que le risque important de développer une addiction même juste après une seule cigarette ;
- Dire que la cigarette électronique a pour unique but d’aider les fumeurs à sortir du tabagisme, comme les substituts en pharmacie, et qu’elle n’a pas été créée pour les non-fumeurs ;
- Dire que la cigarette électronique est moins dangereuse que le tabagisme pour la santé, mais qu’elle n’est pas pour autant dénuée de tout risque ;
- Expliquer que vapoter ou fumer pourrait un jour leur venir à l’esprit par curiosité, par envie de faire comme des copains, ou par besoin de soulager un mal-être, et que c’est normal, mais que si ça leur arrive, vous aimeriez qu’ils vous le disent avant d’essayer ;
- Le cas échéant, demander pourquoi l’envie est arrivée. En cas de mal-être, expliquer qu’aucun produit n’est une solution, et tenter d’ouvrir un dialogue autour de la souffrance et de son origine pour en déterminer la gravité et agir en conséquence ;
- La curiosité ou l’envie de faire comme les autres est à l’origine de leur envie, qui ne peut plus être contenue ni par un rappel des risques ni par tout autre dialogue sur le sujet ? Nous n’avons malheureusement plus de conseils dans ce cas. Vous pourrez néanmoins vous poser cette question, qui mérite réflexion : vaut-il mieux que je les laisse vivre seuls cette expérience, qui va arriver quoi que je fasse, ou que je minimise les risques en l’encadrant ? Certains parents ou accompagnants, ont décidé, en dernier recours, de faire preuve d’ouverture d’esprit, et de procurer une cigarette électronique et un e-liquide non nicotiné plutôt que de laisser les adolescents vapoter un e-liquide qui pourrait être nicotiné voire fumer une cigarette, pour s’assurer qu’ils ne puissent pas développer de dépendance nicotinique. Chacun est libre de faire ce qui lui semble bon.
Diaboliser la vape auprès des jeunes fumeurs est encore moins une bonne idée

Tout comme pour les non-fumeurs, la diabolisation du vapotage auprès des fumeurs comporte le risque de pouvoir faire croire que le vapotage est plus dangereux que le tabagisme. Une croyance qui pourrait être à l’origine d’un maintien dans le tabagisme, pourtant plus addictif que le vapotage, mais aussi dans les graves méfaits de la combustion, bien plus dangereux pour la santé que les produits du vapotage. Ne vaudrait-il pas mieux aider les jeunes fumeurs à se détacher de l’addiction à la cigarette, même si cette aide prend la forme d’une cigarette électronique ?
Pour le professeur Bertrand Dautzenberg, diaboliser la vape ne devrait même pas venir à l’esprit, puisque le tabac est le seul produit légal qui tue encore un consommateur sur deux, soit 220 français chaque jour, contrairement aux produits du vapotage autorisés à la vente en France, qui n’ont causé la mort de personne depuis 15 ans :
« Dans un monde sans tabac, on pourrait se poser la question. Mais parler de la toxicité de la vape, c’est comme parler du danger des airbags en voiture. Ca peut exploser, les airbags, c’est vrai, mais ils sauvent beaucoup plus de vies qu’ils n’en prennent. »
Bertrand Dautzenberg.
Le professeur Antoine Flahault, médecin épidémiologiste, va plus loin encore dans la série documentaire Tais-toi et fume produite par Oneshot Media, dans laquelle il déclare :
« Il vaut mieux promouvoir le vapotage que l’abstinence, car l’abstinence est très difficile à obtenir tandis que le vapotage est plus facile à obtenir. Il est plus efficace. »
Antoine Flahault.
Dans cette même série documentaire, Clive Bates, l’ancien directeur de l’association britannique Action on Smoking and Health (ASH) et expert indépendant en santé publique rappelle pour sa part l’importance de laisser des alternatives aux risques réduits à disposition des fumeurs lorsqu’on souhaite les éloigner de drogues addictives comme le tabac :
« Vous ne pouvez pas seulement augmenter le prix d’une drogue addictive et ensuite priver les gens d’alternatives. Vous devez accompagner l’augmentation des taxes à des mesures préventives pour inciter les fumeurs à passer à des produits moins nocifs. Sinon, il s’agit simplement d’une politique totalement contraire à l’éthique »
Clive Bates.
La cigarette électronique nicotinée, une aide au sevrage tabagique, y compris pour les jeunes
Pour tous les fumeurs, y compris les adolescents, la cigarette électronique nicotinée est un produit de substitution au tabac, à risques réduits, qui permet de sortir du tabagisme. L’efficacité de la méthode pour le sevrage tabagique a été analysée et objectivée par la revue scientifique de référence Cochrane :
« Les données suggèrent une ampleur similaire des effets de la varénicline, de la cytisine et des cigarettes électroniques à la nicotine ; celles-ci sont apparues comme les traitements les plus efficaces. »
Effects of interventions to combat tobacco addiction : Cochrane update of 2021 to 2023 reviews
- – Vapoter avec nicotine est aussi 1,96 fois plus efficace pour arrêter de fumer à long terme qu’un sevrage sans aucun substitut ou avec un suivi comportemental ;
- – Vapoter avec nicotine est également 1,59 fois plus efficace pour arrêter de fumer à long terme qu’un sevrage à l’aide de substituts nicotiniques ;
- – Vapoter avec nicotine est enfin 1,46 fois plus efficace pour arrêter de fumer à long terme que l’utilisation d’une e-cigarette sans nicotine.
Permettre aux adolescents fumeurs d’accéder à des comparaisons honnêtes, loin de toute diabolisation, des dangers du tabagisme à ceux du vapotage, est donc un acte de prévention et d’accompagnement. Tout fumeur, même mineur, qui souhaite arrêter de fumer doit être encouragé même s’il souhaite pour le faire passer à la cigarette électronique, puisqu’elle a prouvé sa moindre dangerosité pour la santé. C’est d’ailleurs un outil que de nombreux professionnels de la santé, notamment tabacologues et addictologues, utilisent avec succès auprès de leurs patients pour les aider à en finir avec le tabagisme.
La meilleure approche ne serait-elle pas finalement de considérer, comme eux, la cigarette électronique pour ce qu’elle est vraiment, c’est-à-dire un produit de substitution au tabac, qui est, non un problème, mais un élément de résolution lorsqu’il est utilisé correctement et par les bons publics, fumeurs, y compris adolescents ?
Pour aller plus loin
Vapoter ou fumer : que dit la science en 2025 ?
