
Vous pensez sûrement connaître la nicotine, cette substance présente notamment dans le tabac, les substituts nicotiniques et la cigarette électronique.
Savez-vous qu’elle est pourtant l’objet d’idées reçues tenaces et parfois contraires ? Considérée tantôt comme un stimulant, tantôt comme un moyen de se détendre, parfois comme inoffensive, même si le plus souvent elle est estimée dangereuse, la nicotine ressemble à un agent double dans l’esprit des français. Énigmatiques pour beaucoup, ses actions sur l’organisme sont pourtant connues et documentées.
Vous voulez comprendre les effets de la nicotine, et révéler la réalité dissimulée derrière les mythes ? Cet article, avec ses données scientifiques d’actualité et ses témoignages d’experts, vous aidera à déterminer par vous-même si la nicotine est dangereuse pour la santé.
Qu’est-ce que la nicotine ?

Si la découverte de la plante de tabac en Europe remonte à 1492 et à la première exploration des Amériques par Christophe Colomb, la découverte de la nicotine qu’elle contient date seulement de 1809. On la doit au pharmacien et chimiste français Louis-Nicolas Vauquelin. Il fallut encore attendre 1828 pour que cette molécule soit isolée des feuilles de tabac par les scientifiques allemands Wilhelm Heinrich Posselt et Karl Ludwig Reimann.
La nicotine est ainsi une substance présente à l’état naturel et en grande quantité dans la plante de tabac. On la trouve dans de bien moindres proportions dans d’autres espèces végétales pour une raison simple : elle protège contre les insectes. L’homme a toutefois rapidement découvert qu’elle avait d’autres effets et commencé à la consommer, et pour cause : il s’agit d’un alcaloïde, une molécule à base azotée de formule chimique C10H14N2, qui a une forte activité biologique, qui peut être toxique ou thérapeutique selon le dosage et l’utilisation.
« La nicotine est une drogue » : une réalité à nuancer

La nicotine, qui a une forte activité biologique, a plus précisément des propriétés psychoactives et addictives. Elle fait partie des drogues légales, et est capable d’entraîner une dépendance. Comment ?
La nicotine engendre une production accrue de dopamine
La nicotine est capable de se fixer sur les neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale, au niveau de leurs récepteurs d’acétylcholine. Ce neurotransmetteur naturel, produit lors d’une activité stimulante, fait libérer aux neurones de la dopamine lorsqu’il se fixe à ces récepteurs.
Cependant, lorsque de la nicotine se retrouve dans l’organisme, cette dernière s’installe dans les récepteurs qui auraient dû accueillir l’acétylcholine, et remplace ce neurotransmetteur progressivement. Comme lui, elle fait libérer aux neurones de la dopamine. Une grande quantité de nicotine arrivant à ces récepteurs en fumant régulièrement, ils deviennent vite saturés. D’autres récepteurs sont alors créés pour pouvoir accueillir cette nicotine excédentaire, dont ils voudront toujours plus. Bien plus de dopamine qu’à la normale est alors produite par le cerveau à cause de la nicotine.
La dopamine produite active le circuit de récompense du cerveau
Connue aussi sous le nom de « molécule du plaisir immédiat », la dopamine est un messager chimique qui active le circuit de récompense du cerveau en stimulant l’ensemble de ses centres de récompense, à savoir le noyau accumbens, le septum, l’amygdale, l’hippocampe et le cortex préfrontal. Une enzyme, nommée monoamine-oxydase B, s’occupe de dégrader la dopamine produite pour qu’il n’y en ait jamais trop.
Or, le fonctionnement de cette enzyme chez les fumeurs est altéré par autre chose que la nicotine, vraisemblablement des inhibiteurs de la monoamine-oxydase qui sont présents dans la fumée de cigarette. Le taux de dopamine dans le cerveau augmentant de fait de façon anormale et exagérée chez les fumeurs, l’effet de récompense associé au fait de fumer est intense. Le cerveau réclame toujours plus de dopamine, et donc toujours plus de nicotine qui permet de la produire, dès que la production baisse. Le fumeur ressent alors un manque et de l’agitation, jusqu’à la prochaine cigarette.
La nicotine n’est pas seule responsable de l’addiction au tabac
Le message d’alerte du caractère addictif de la nicotine écrit sur les paquets de cigarettes et les emballages des e-liquides de cigarette électronique est réducteur, puisque la nicotine, même si elle est addictive, n’est pas capable d’entraîner à elle-seule la forte addiction au tabac. Dans une étude publiée en 1989, Caroline Cohen, Jacques Le Houezec et Colette Martin, sous la direction du Pr. Robert Molimard, que l’on considère comme le père de la tabacologie en France, ont en effet conclu que l’addiction au tabac fumé est due à des mécanismes plus complexes qu’une simple addiction à la nicotine. Le Pr. Robert Molimard réfuta d’ailleurs plus tard, en 2015, le rôle central de la nicotine dans la dépendance au tabac dans un article intitulé Comprenons-nous la dépendance au tabac ?, qui dénonce une recherche paralysée par, d’après ses dires, un postulat présenté à tort comme une vérité.
« D’abord pour de simples arguments de raison, à savoir le contraste entre la puissance de cette dépendance et l’absence totale d’intérêt manifesté par les fumeurs pour la nicotine seule. Aucune drogue au monde n’est aussi bon marché, elle n’a jamais été utilisée par les toxicomanes. Tous mes échecs expérimentaux m’ont conforté dans cette certitude. Je n’ai jamais pu en rendre des rats dépendants, quand ils raffolaient de la cocaïne. […] L’animal réagit différemment à l’injection de nicotine pure ou d’extraits de tabac. Le tabac contient donc des substances actives, éventuellement facilitant l’addiction, isolément ou en synergie avec la nicotine. On ne les a pas encore identifiées. Mais qui serait prêt à financer ces recherches quand ni l’État, ni les fabricants de tabac, ni les compagnies pharmaceutiques n’ont d’intérêt à ce que les fumeurs arrêtent d’alimenter leurs profits ? »
Pr. Robert Molimard.
En 2005, une étude a permis d’identifier l’harmane et la norharmane comme substances responsables de l’addiction en plus de la nicotine. Des substances générées par la combustion qui font circuler la dopamine plus longtemps et inhibent l’activité de la monoamine-oxydase, présentes uniquement dans la fumée de cigarettes et non dans les e-liquides pour cigarettes électroniques et les substituts nicotiniques. Mais ces substances n’expliquent pas l’addiction au tabac chiqué, sans combustion. Le mystère subsiste donc toujours. En 2025, la recherche semble encore au point mort, alors qu’elle serait plus que nécessaire pour améliorer la prise en charge de l’addiction au tabac.
« On peut faire une overdose mortelle de nicotine » : une réalité mais hors consommation normale

Si la nicotine est bien absorbée par la muqueuse buccale, les poumons, le tractus intestinal ainsi que la peau, la dose létale de nicotine chez l’être humain adulte n’a pas encore été déterminée précisément par la recherche scientifique en 2025.
Celle donnée par l’OMS, à savoir entre 30 et 60 mg pour un adulte, remonte à des expériences du XIXe siècle. La Société Française de Médecine d’Urgence estime de son côté cette dose létale à une fourchette comprise entre 40 et 60 mg, soit 0,5-1 mg/kg. Le toxicologue autrichien Bernd Mayer, après des recherches récentes, a évalué pour sa part cette dose létale à une fourchette bien plus élevée, comprise entre 500 mg et 1000 mg, soit 6,5 à 13 mg/kg.
La dose létale de nicotine se situe donc à des quantités élevées, impossibles à atteindre dans le cadre d’une consommation normale, avec des cigarettes, une cigarette électronique, des gommes ou encore des patchs, ces derniers étant faits pour limiter le passage transdermique. Une cigarette procurant en effet lors de l’inhalation entre 1 et 3 mg de nicotine biodisponible, il en faudrait au moins une dizaine fumées en même temps pour atteindre ce dosage en prenant en compte les chiffres de l’OMS, et des centaines en prenant en compte ceux du toxicologue autrichien. Impossible donc. Même chose pour les cigarettes électroniques, comme l’explique Bernd Mayer :
« Tous, dans le domaine de la toxicologie, savent que la dose de 60 mg n’est pas correcte, mais les organisations de santé comme le CDC, la Food and Drug Administration ou l’OMS ignorent mon papier car il compromet leur combat irrationnel contre la cigarette électronique. […] La concentration maximale autorisée en Europe est de 20 mg/ml [NDLR : une bouteille de 10 ml en contient donc au maximum 200 mg de nicotine]. Un adulte devrait boire au minimum trois à six bouteilles (et sans les vomir !) pour mettre sa vie en danger. »
Bernd Mayer
Si l’on peut ainsi faire une overdose mortelle de nicotine, c’est uniquement via une consommation inappropriée et accidentelle par ingestion ou contact cutanéo-muqueux. Bernd Mayer rappelle à ce sujet :
« Il faut manier la nicotine liquide avec précaution, éviter autant que possible le contact avec la peau et les yeux et surtout, ne jamais la boire ! Car elle reste une substance vénéneuse. »
Bernd Mayer
Chez l’adulte, ce qui arrive de temps en temps en revanche, c’est une surdose de nicotine dans le cadre d’une consommation excessive ou dans les premiers temps d’un sevrage lorsque l’on a opté par erreur pour un dosage de nicotine un peu trop fort. Après une pause sans nicotine puis une diminution du dosage pour l’adapter à ses besoins, les effets secondaires disparaissent heureusement.
Effets secondaires de la nicotine en cas de surdosage
Les effets secondaires de la nicotine en cas de surdosage comprennent seulement généralement des maux de tête et des nausées. Des surdosages plus importants, rares, peuvent toutefois générer des vomissements, des douleurs abdominales, de l’hypersalivation, de la pâleur, des sueurs, une augmentation de la tension artérielle et du rythme cardiaque, ainsi qu’une faiblesse générale, et nécessiter une prise en charge médicale.
Attention aux enfants et aux animaux domestiques
La dose létale de la nicotine dépendant du poids corporel, il faut être particulièrement prudent avec les enfants ou les animaux domestiques pour éviter qu’ils n’avalent accidentellement des produits qui en contiennent, comme du tabac, des gommes, ou des e-liquides pour cigarette électronique, et subissent une intoxication.
Chez l’enfant plus précisément, l’ingestion d’une cigarette, de 3 mégots ou d’une gomme à mâcher (soit 0,2 mg/kg) est déjà toxique et nécessite une évaluation en milieu hospitalier, quand celle d’un flacon de liquide de cigarette électronique peut s’avérer mortelle. Ce n’est pas pour rien que les flacons d’e-liquides ont une sécurité enfant au niveau de leur bouchon ! 2 à 4 mg de nicotine entraînent en effet chez l’enfant nausées et vomissements ; 4 à 8 mg des troubles digestifs, neurologiques et cardiovasculaires ; et plus de 8 mg une paralysie musculaire et une dépression cardiorespiratoire. Il est donc recommandé de ranger ses cigarettes, ses e-liquides ou ses substituts nicotiniques dans un endroit difficile d’accès pour prévenir toute ingestion accidentelle par des enfants.
Rôle de la nicotinémie dans la dépendance

La nicotinémie, à savoir la concentration de nicotine dans le sang, joue un rôle dans le processus de dépendance. Elle diffère grandement en fonction du mode d’administration de nicotine employé. Plusieurs recherches ont en effet été menées pour comparer la nicotinémie des fumeurs à celle d’utilisateurs d’autres sources de nicotine, telle que la cigarette électronique ou les substituts nicotiniques.
Une étude publiée en 2017 par le Dr Konstantinos Farsalinos a révélé une absorption moins rapide de la nicotine avec la vape qu’avec le tabac fumé. En comparaison, au bout de 5 minutes d’utilisation, un fumeur se retrouve avec 18,80 ng / ml dans le sang quand un vapoteur n’a qu’à peine plus de 5 ng / ml dans le sang, même avec un e-liquide 10ml dosé à 18 mg/ml. Il faut avec ce même e-liquide et ce même appareil 35 minutes d’utilisation non stop pour atteindre le dosage atteint avec une cigarette en 5 minutes. L’absorption de la nicotine est donc moindre avec une cigarette électronique qu’avec la cigarette de tabac. Cette différence significative augmente encore lorsque l’appareil est utilisé à faible puissance et que le taux de nicotine du e-liquide est faible.
Le tabacologue et spécialiste français de la nicotine Jacques Le Houezec explique cette différence par l’ajout de gouttelettes de goudron aux cigarettes de tabac lors de leur fabrication, qui sont un excellent vecteur de nicotine dans l’organisme, quand du propylène glycol est utilisé pour fabriquer les e-liquides parce qu’il freine l’absorption de la nicotine, en plus de transporter efficacement les arômes.
Or, la science a prouvé qu’un afflux massif de nicotine dans l’organisme rend cet alcaloïde davantage addictogène, et que c’est donc la nicotine contenue dans la cigarette de tabac qui comporte le risque le plus élevé de dépendance. En 2020, une étude menée par des chercheurs de la Society For the Study Of Addiction a conclu que « l’utilisation d’e-cigarettes semble être associée de manière cohérente à une dépendance à la nicotine plus faible que le tabagisme. »
En fumant, chaque aspiration sur la cigarette entraîne un apport intense et de courte durée de nicotine. Toute cette nicotine passe immédiatement par les poumons et le sang et sature les récepteurs du cerveau en moins de 20 secondes, en activant son circuit de récompense. Ce faisant, elle crée un pic de satisfaction immédiat et intense, suivi d’une dégringolade lorsque le taux de nicotine dans le sang baisse, qui cause une forte sensation de manque, et rend donc très rapidement dépendant.
Avec une cigarette électronique, de tels effets ne sont pas observés, l’absorption de la nicotine étant stable et linéaire, à l’instar des substituts nicotiniques (patchs, pastilles et gommes). C’est parce que l’objectif de ces modes d’administration est très différent : combler durablement les besoins de la personne en cours de sevrage tabagique, sans lui faire subir les deux extrêmes que sont les pics de satisfaction et les périodes de manque. La cigarette de tabac comporte donc un risque bien plus élevé d’entraîner une dépendance que la cigarette électronique, qui peut être utilisée sans crainte comme une aide au sevrage.
« La nicotine détend » : mythe

On pense souvent à tort que le manque de nicotine cause un stress tandis que griller une cigarette revient à le faire retomber et à s’accorder une pause détente qui permet de repartir relaxé et concentré. C’est un mythe, comme l’a démontré la science.
Des effets de la nicotine sur le cerveau inattendus : stress et anxiété

Des chercheurs de l’équipe Neurophysiologie et comportements du laboratoire Neuroscience Paris-Seine ont démonté le préjugé d’une nicotine qui fait retomber le stress en 2017, en montrant que l’exposition à cette substance augmente au contraire la sensibilité au stress, indépendamment des effets de manque, dans leur étude intitulée Les récepteurs nicotiniques interviennent dans l’interaction néfaste entre le stress et la nicotine via l’activité des cellules dopaminergiques. Lors de leurs recherches, ils ont constaté que l’exposition à la nicotine augmentait l’activité des neurones dopaminergiques et exacerbait l’effet d’un stress même léger.
« Normalement, un stress important est nécessaire pour modifier le système dopaminergique et produire des effets sur le comportement, mais accompagné d’une exposition à la nicotine, même un stress léger suffit à obtenir ces résultats. Cela montre que fumer rendrait plus sensible aux effets du stress. […] D’un côté, on fume pour se détendre, mais l’exposition à la nicotine augmente le niveau de stress. De l’autre, le manque de nicotine, chez les fumeurs qui tentent d’arrêter, crée également un stress. Stress et dépendance à la nicotine sont des mécanismes qui s’auto-entretiennent et il est difficile de sortir de ce cercle vicieux. »
Philippe Faure, directeur de l’équipe Neurophysiologie et comportements du laboratoire Neurosciences Paris-Seine.
Un peu plus tard, en 2021, dans une étude publiée dans la revue Neuron, d’autres chercheurs ont montré que la nicotine induit simultanément des effets opposés de renforcement positif, responsables de l’addiction, et d’anxiété, en fonction des neurones dopaminergiques de l’aire tectonique ventrale sur lesquels elle se fixe.
« Nos résultats démontrent que les messages de récompense et les autres, anxiogènes, se produisent simultanément lors de l’exposition à la nicotine, véhiculés par des sous-populations distinctes de neurones DA de l’aire tectonique ventrale (ATV). »
La nicotine est donc loin de procurer la détente escomptée, car même si elle libère de la dopamine et active le circuit de récompense du cerveau, qui en demande alors toujours plus, elle installe progressivement une anxiété et une moins bonne gestion du stress, qui poussent à augmenter sa consommation pour recevoir davantage de dopamine. Un vrai cercle vicieux.
Effets de la nicotine sur l’organisme : une stimulation

Vous venez de découvrir que votre cerveau, même s’il voit la nicotine comme une récompense, verra progressivement sa capacité à répondre au stress diminuer à cause de cette substance ? Nous allons à présent voir ensemble que le reste de l’organisme n’obtient pas davantage de détente et de relâchement grâce à cet alcaloïde. C’est parce que la nicotine provoque une vasoconstriction, qui entraîne une diminution des flux artériel, coronarien et cérébral. Elle accélère ainsi les battements du cœur, fait monter la pression artérielle, et stimule la production d’adrénaline. La nicotine est donc un stimulant, au même titre que la caféine.
Vous vous dites qu’elle doit dans ce cas au moins vous aider dans votre tonus et votre concentration ? Tout dépend de votre tolérance personnelle à la nicotine. Les moins habitués à cette substance éprouvent en général rapidement après consommation, du fait de la diminution du flux cérébral qu’elle entraîne par vasoconstriction et qui cause une moins bonne oxygénation, une fatigue voire une somnolence, des maux de tête ainsi qu’un ralentissement des réflexes. Les autres, dont le corps réagit moins à cet alcaloïde par habitude, obtiennent en général des effets d’éveil similaires à ceux obtenus grâce à la caféine.
« La nicotine est cancérigène » : mythe

Voici le mythe peut-être le plus ancré : celui de penser que tout produit à base de nicotine est forcément nocif pour la santé, parce que la nicotine est cancérigène. C’est totalement faux, la nicotine en elle-même ne présentant aucun danger pour la santé aux doses couramment utilisées, n’étant pas non plus cancérigène, et donc pas responsable des cancers rencontrés chez les fumeurs et anciens fumeurs, ainsi que des 70 000 morts du tabagisme par an en France. Avoir peur de la nicotine des substituts nicotiniques ou de la cigarette électronique est d’ailleurs problématique car cette crainte freine sans raison le passage à un sevrage tabagique.
Seule la fumée de tabac est cancérigène, à cause de substances toxiques créées par la combustion

Les vrais responsables des cancers par tabagisme sont ailleurs dans le tabac, puisqu’ils sont intrinsèquement liés au moyen par lequel on consomme la nicotine à travers une cigarette, à savoir l’aspiration de fumées issues d’une combustion. Ce sont les 70 cancérigènes reconnus (dont le benzène, l’arsenic et le chrome) et présents à des taux significatifs dans la fumée de tabac, qui font partie des 7000 substances toxiques qui entrent dans la composition des cigarettes ou qui sont générés au moment de la combustion. Parmi eux, les plus connus sont les goudrons et le monoxyde de carbone. Des substances présentes à moins de 1 % dans les e-liquides pour cigarettes électroniques, comme l’a démontré l’Institut Pasteur en 2021.
Autrement dit le tabac est cancérigène, pas la nicotine. En consommant de la nicotine par un autre d’administration que le tabac, y compris la cigarette électronique, le risque de cancer diminue drastiquement, comme le rappelle l’Institut National du Cancer lui-même, qui conseille d’ailleurs la cigarette électronique aux fumeurs dans le cadre d’un sevrage tabagique.
« Laisser penser que la cigarette électronique est aussi dangereuse que le tabac est, dans l’état actuel des connaissances, faux. Cette croyance peut avoir un impact négatif sur les personnes qui souhaitent débuter un sevrage tabagique avec l’e-cigarette et limiter ainsi leur risque de cancer. […] Aujourd’hui, aucune étude scientifique n’a fait la preuve d’un lien de causalité entre l’utilisation de l’e-cigarette et le cancer du poumon dès lors que les produits sont achetés dans le circuit légal et ne sont pas transformés ou associés à d’autres substances. »
Institut National du Cancer
Lors du 9e e-congrès national sur les addictions organisé par l’association SOS Addictions, dont le tabagisme, nommé E-ADD 2025, l’addictologue Marion Adler a rappelé à son tour la non toxicité de la nicotine liquide des e-liquides pour cigarettes électroniques, sans laquelle ces appareils ne pourraient pas aider les fumeurs à sortir du tabagisme.
« C’est la combustion qui tue, pas la nicotine. La nicotine est la substance addictive. Elle n’est pas toxique. On la donne à tout patient fumeur, peu importe la pathologie. […] Ce qui est toxique dans la cigarette de tabac, c’est la fumée, la combustion, qui génère entre autres du monoxyde de carbone et des substances cancérigènes. Avec la vape, c’est de la vaporisation de nicotine, il n’y a pas de combustion, pas de tabac, pas de monoxyde de carbone. »
Dr. Marion Adler, E-ADD 2025
« La nicotine fait tousser » : mythe

Si en fumant vous toussez, vous le devez non pas à la nicotine mais là encore aux nombreux agents irritants, qui agressent les bronches, présents parmi les 7000 substances chimiques qui se trouvent dans la cigarette de tabac. Des produits qui, pendant l’inhalation, endommagent les cils vibratiles qui tapissent les voies respiratoires, causent de ce fait une surproduction de mucus, ainsi qu’une inflammation. Le corps, pour évacuer ce mucus enclenche un mécanisme naturel : la toux. On parle dans ce cas de toux du fumeur.
Plus le tabagisme est important, plus la toux s’installe dans le temps. L’arrêt du tabac suffit généralement à faire stopper cette toux après une phase d’aggravation, sauf en cas de développement d’une maladie respiratoire avec des symptômes plus graves que la toux, comme un essoufflement ou une respiration sifflante. Cette aggravation de la toux est normale, et même bon signe : elle indique le rétablissement des cils vibratiles des voies respiratoires, qui chasseront les toxines encore présentes et le mucus encore excédentaire jusqu’à ce que la situation revienne à la normale.
Pourquoi est-ce que je tousse aussi avec une cigarette électronique ?
En vapotant, dans les premiers temps d’un sevrage tabagique avec une cigarette électronique, ce n’est pas non plus la nicotine qui fait tousser, mais généralement cette reconstruction des cils vibratiles. Vous ne vaperiez pas, vous tousseriez donc quand même, pour le bien de votre organisme.
Lorsque la toux persiste avec la vape, elle peut avoir plusieurs origines. Tout d’abord une mauvaise utilisation de votre kit de vape, par inexpérience, à savoir utiliser un taux de nicotine trop fort par rapport à la puissance à laquelle on règle sa cigarette électronique. Il en résulte un throat hit trop fort, transformant la sensation de chaleur et de picotement en gorge tant recherchée en un déclencheur de toux. Plus rarement une difficulté à supporter le propylène glycol, hygroscopique, qui a tendance à assécher les voies respiratoires lors du passage de l’aérosol d’une cigarette électronique, voire une allergie à ce produit.
Les plus gros fumeurs expérimentent aussi parfois une toux qui dure en raison de voies respiratoires endommagées par leurs années de tabagisme, et ce malgré l’utilisation d’une cigarette électronique à faible puissance. C’est parce que le taux de nicotine d’un e-liquide est corrélé à la force du throat hit. La solution n’est pas de baisser le dosage de nicotine de son e-liquide dans ce cas, car cela pourrait entraîner l’échec du sevrage, mais d’opter pour une forme de nicotine moins irritante : les sels de nicotine.
« La nicotine bouche les artères » : mythe

Certes, la nicotine n’est pas totalement dénuée d’effets sur le système cardiovasculaire, mais elle ne peut pas boucher les artères, contrairement aux 7000 substances toxiques du tabac responsables d’effets bien documentés.
Parmi eux, la diminution du taux de bon cholestérol, chargé de nettoyer les plaques d’athérosclérose qui se forment dans les artères. Les produits toxiques de la cigarette de tabac, monoxyde de carbone en tête, diminuent la capacité de transport d’oxygène du sang et donc l’oxygénation des tissus. L’essoufflement s’installe, le fonctionnement des muscles, dont le cœur, est altéré, et la capacité des artères à se dilater également, conduisant à des spasmes. Ces spasmes sont d’autant plus problématiques chez les fumeurs que le tabac épaissit leur sang en augmentant la présence de fibrinogènes et en favorisant l’agrégation des plaquettes, deux phénomènes responsables de la formation de caillots sanguins. Les toxiques du tabac sont aussi responsables d’une inflammation cardiovasculaire qui favorise la déstabilisation des plaques d’athérome, qui peuvent alors se décrocher et aller boucher une artère.
« Le tabagisme est responsable de 25 % des décès cardio-vasculaires survenant avant 70 ans. C’est le facteur qui est directement responsable à 70 à 80 % des infarctus du myocarde des sujets de moins de 50 ans, tant hommes que femmes. La part attribuable au tabagisme dans la survenue d’un infarctus est globalement évaluée à plus de 30 % et est d’autant plus importante que les sujets sont jeunes.»
Fédération Française de Cardiologie
De son côté, la nicotine peut provoquer une vasoconstriction, qui entraîne une diminution des flux artériel, coronarien et cérébral, ainsi qu’une augmentation transitoire de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle. Mais elle ne peut causer tout ceci qu’à une condition : se retrouver de façon brutale et élevée, autrement dit dans un pic nicotinique, dans la circulation sanguine. Or, ceci arrive par un seul mode d’administration de la nicotine : fumer une cigarette. Utiliser une cigarette électronique ou des substituts nicotiniques ne produit pas ces effets car ces produits ne permettent qu’une absorption de la nicotine stable et linéaire, responsable d’une concentration régulière et faible de la nicotine circulante, qui n’entraîne aucun effet cardiovasculaire, comme le rappelle la Fédération Française de Cardiologie.
« Cette crainte est donc injustifiée, la nicotine n’intervenant pas de façon déterminante dans les complications cardiovasculaires dans les conditions d’utilisation pour le sevrage. […] Pour les accros au tabac, vapoter est beaucoup moins dangereux, y compris sur le plan cardio-vasculaire. »
Pr. Daniel Thomas, cardiologue et président d’honneur de la Fédération Française de Cardiologie
Les recommandations AFSSAPS prouvent cette non dangerosité de la nicotine seule, puisque les substituts nicotiniques et la cigarette électronique, qui contiennent tous de la nicotine, peuvent être prescrits aux malades cardiaques, même juste après un infarctus du myocarde, dans le cadre d’un sevrage tabagique. Le tabac, non la nicotine, pose donc problème à la santé cardiovasculaire. Le sevrage à l’aide de substituts nicotiniques ou d’une cigarette électronique est de fait une solution, non un problème.
« La nicotine fait maigrir » : oui et non

Une autre réputation tenace colle à la peau de la nicotine : celle d’être un coupe-faim et de faire maigrir. C’est une réalité. En 2017, le Directeur de recherche clinique Bertrand Naplas rappelait d’ailleurs dans un article que de nombreux travaux ont montré que la nicotine est responsable des variations de poids rencontrées par les fumeurs. La perte de poids en fumant, tout comme la prise de quelques kilos à l’arrêt du tabac, sont ainsi des vérités scientifiques, directement liées à la nicotine.
« Par son action sur le métabolisme énergétique et sur le circuit de la récompense du cerveau, la nicotine réduit le poids en augmentant les dépenses d’énergie et en inhibant la faim. »
Bertrand Nalpas, MD, PhD, Directeur de recherche émérite – Inserm
Concrètement, la nicotine agit sur les deux circuits de régulation de l’appétit : elle l’empêche d’être stimulé et elle trompe l’organisme en simulant la satiété. Elle augmente aussi les dépenses énergétiques au repos ce qui fait dépenser, à activité égale, plus de calories.
La nicotine fait-elle grossir ?

Vous trouvez la question idiote puisque la science a prouvé que la nicotine fait maigrir ? Elle ne l’est pas pourtant, car si la nicotine ne fait pas grossir à proprement parler, elle ne fait en tout cas pas maigrir aux endroits où l’on veut généralement perdre du poids, et n’aide pas à obtenir la silhouette que l’on attend, puisqu’en contrepartie d’une baisse d’appétit et d’une perte de poids globale, elle contribue à l’accumulation des graisses autour de zones précises, notamment la ceinture abdominale, en agissant au niveau hormonal. Une accumulation qui rend en prime leur élimination plus difficile.
Ce problème est accentué chez les fumeurs, puisque les autres substances contenues dans le tabac réduisent l’oxygénation des cellules qui joue un rôle important dans la dégradation des lipides. Ces produits toxiques altèrent aussi les capacités physiques des fumeurs et donc leur possibilité de réaliser des exercices efficaces pour déstocker la graisse.
Autrement dit, la peur de grossir à l’arrêt du tabac n’est qu’en partie justifiée et ne doit pas freiner un sevrage tabagique avec ou sans cigarette électronique.
« La nicotine fatigue et empêche de bien dormir »: réalité

Si pour certains fumeurs tout baigne sur ce point jusqu’au début du sevrage tabagique qui occasionne la survenue d’un épuisement désagréable, pour d’autres, la fatigue s’installe en fumant. C’est parce que la consommation de nicotine, stimulante pour l’organisme, entraîne de la fatigue en impactant la durée et la qualité du sommeil à cause de ses effets pharmacologiques sur le cerveau.
« On sait que l’architecture du sommeil des fumeurs chroniques est modifiée, car on y retrouve une augmentation du sommeil léger et une diminution du sommeil lent profond ainsi qu’un temps de réveil nocturne plus long. Cela surviendrait surtout pendant la première partie de la nuit. »
Institut National du Sommeil et de la Vigilance
L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance explique comment la nicotine agit sur les mécanismes du sommeil. Elle stimule les récepteurs cholinergiques du cerveau, qui libèrent à son contact de la dopamine, de la noradrénaline, de la sérotonine, de l’acétylcholine, du glutamate, de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA) et des b-endorphines, c’est à dire des neurotransmetteurs impliqués dans la régulation du sommeil et de l’éveil. En favorisant la libération de ces neurotransmetteurs, la nicotine procure des sensations de stimulation et d’éveil, et entraîne des difficultés à s’endormir, un sommeil trop court et de mauvaise qualité qui peut être responsable d’un manque de sommeil et d’une somnolence importante, ainsi que des difficultés à se réveiller.
La fatigue induite par la nicotine est davantage rencontrée par les fumeurs, la cigarette de tabac étant le seul mode d’administration de la nicotine qui entraîne une concentration brutale de nicotine dans le sang très rapidement acheminée au cerveau. Fumer une cigarette jusqu’à quatre heures avant d’aller se coucher augmente d’ailleurs pour cette raison le rythme cardiaque, et par là même le temps nécessaire à l’endormissement. Les fumeurs sont aussi les seuls à expérimenter des troubles du sommeil complémentaires, dus aux 7000 substances toxiques du tabac. Ces troubles vont du syndrome des jambes sans repos aux ronflements et à l’apnée du sommeil, qui provoque un affaissement des muscles de la gorge et donc une obstruction respiratoire pendant que l’on dort.
Là encore, un sevrage tabagique s’impose donc à l’aide de la nicotine d’un substitut ou d’une cigarette électronique, dont on pourra baisser le dosage progressivement jusqu’à un arrêt complet, pour retrouver un sommeil de qualité.
« La nicotine jaunit les dents » : mythe

Les dents jaunies et tachées comptent parmi les effets secondaires du tabagisme mais pas de la consommation de nicotine seule, puisque la nicotine des substituts nicotiniques ou celle contenue dans les e-liquides pour cigarettes électroniques ne jaunit pas les dents.
Qui sont alors les responsables ? L’Assurance maladie les dénonce : en numéro un le goudron contenu dans le tabac, suivi par d’autres produits toxiques présents dans les cigarettes. Le tabac est aussi de façon plus générale une plante séchée qui a pour propriétés de jaunir les dents à cause de ses tanins, tout comme le font le café et le thé.
Ce ne sont pas les seuls problèmes bucco-dentaires causés par la cigarette de tabac, puisqu’elle est peut aussi être responsable d’une mauvaise haleine, de caries, d’une perte d’élasticité des muqueuses, de parodontites et d’un risque de déchaussement des dents. Une autre bonne raison de renoncer au tabagisme et de commencer un sevrage en s’aidant de substituts nicotiniques ou d’une cigarette électronique.
« La nicotine est dangereuse pour la santé » : le bilan

La nicotine pourrait-elle être prescrite depuis des années par les professionnels de santé pour soulager les symptômes de manque ressentis par les fumeurs pendant leur sevrage si elle était dangereuse ? La réponse est bien sûr non. La nicotine n’est en aucun cas cancérigène ou source de problèmes cardiovasculaires graves, et n’est ainsi pas dangereuse pour la santé, dans des conditions normales d’utilisation pour un sevrage tabagique, et vous savez à présent que la recherche scientifique et les experts s’accordent à ce sujet.
La nicotine, qui entraîne une forte dépendance lorsqu’elle est consommée via la cigarette de tabac, est également, même si cela semble paradoxal, la molécule qui permet de sortir de cette dépendance lorsqu’elle est consommée avec d’autres modes d’administration comme les substituts nicotiniques ou la cigarette électronique, qui vont casser la nicotinémie par pics causée par le tabac, responsable des symptômes du manque, et la remplacer par une concentration de nicotine dans l’organisme faible et régulière, qui va réduire les symptômes du manque et permettre progressivement au fumeur de se détacher d’elle. La nicotine est donc l’un des éléments clés, si ce n’est le plus important, des thérapies de substitution nicotinique, autrement dit la solution et non le problème.
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