
Quelles addictions à 17 ans ? Depuis l’an 2000, en France, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) mène l’enquête au cours de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD), auprès de jeunes âgés de 17 ans, pour y répondre. Depuis la première édition, plus de 260 000 adolescents ont été interrogés. Un échantillon très vaste, précieux pour suivre, avec fiabilité, l’évolution des consommations de produits addictifs chez les jeunes français.
En 2022, à l’occasion de la 9ème édition de l’enquête, c’est un échantillon de 23 701 filles et garçons âgés de 17,4 ans en moyenne qui a été interrogé. Les résultats ESCAPAD 2022 ont été publiés le 9 mars dernier. Ils s’inscrivent dans la continuité du recul de la diffusion du tabac observé depuis une dizaine d’années malgré une utilisation en hausse de la cigarette électronique.
Pour la première fois, d’autre part, l’OFDT s’intéresse aussi à la consommation de cannabidiol (CBD) des jeunes, qui pourtant n’est pas une substance addictive, à l’inverse d’un autre cannabinoïde (THC) présent dans le cannabis stupéfiant, lui aussi observé de près.
Que nous apprend plus précisément cette enquête sur les conduites addictives des jeunes français ? Ses résultats apportent-ils de l’eau au moulin du Programme National de Lutte contre le Tabac (PNLT) 2023-2027 en France, tel qu’il est prévu par la Direction générale de la Santé ? Par ici pour un point complet de cette actualité.
Quelles addictions à 17 ans ? Le tabagisme en baisse dans les résultats ESCAPAD 2022

Quelles addictions à 17 ans ? Dans son rapport ESCAPAD 2022, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives dresse un constat optimiste.
« Depuis la précédente enquête en 2017, tous les niveaux d’usage de drogues ont baissé, en particulier celui du tabagisme. »
Pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19, qui a mis en pause la vie sociale des adolescents, leurs expérimentations de substances psychoactives ont naturellement reculé, et surtout celle du tabac. Une crainte avait émergé alors pour la santé publique : qu’une période de rattrapage lui succède. L’enquête ESCAPAD 2022 démontre qu’il n’en est rien, et que l’évolution est favorable. La consommation de drogues, d’alcool et de tabac est en effet encore en baisse chez les jeunes de 17 ans, et s’inscrit dans la dynamique de recul continu observée depuis déjà plusieurs années. Moins consommer ces produits semble être devenu une norme comportementale pour les adolescents français. L’OFDT poursuivra les enquêtes ESCAPAD pour s’en assurer.

Pour le tabac en particulier, une tendance orientée à la baisse est en fait observable chez les adolescents français depuis l’année 2000 et la première enquête ESCAPAD, jusqu’en 2006. Un période de stagnation voire de hausse du tabagisme lui avait succédé entre 2006 et 2014. L’année 2014 marqua ensuite un tournant important dans le tabagisme des jeunes de 17 ans, avec l’apparition d’une chute de la consommation de tabac chez les adolescents, qui se poursuit encore actuellement, comme l’atteste le rapport ESCAPAD 2022. L’année où la cigarette électronique a réellement percé sur le marché français et commencé à entraîner un déchaînement médiatique, qui a conduit à la faire connaître davantage, y compris des jeunes.
Entre 2017 et 2022, les jeunes français ont en effet moins expérimenté le tabac, avec 13 points en moins. Ils étaient 59 % à déclarer avoir déjà fumé au moins une cigarette (manufacturée ou à rouler) au cours de leur vie en 2017. Ils n’étaient plus que 46,5 %, soit moins d’un jeune de 17 ans sur deux, au moment de l’enquête ESCAPAD 2022. Les adolescents ont aussi moins fumé occasionnellement, et, plus important encore, quotidiennement, avec une perte de 10 points observée. Ils étaient 25,1 % à déclarer fumer quotidiennement en 2017. Ils n’étaient plus que 15,6 % en 2022.
Autre bonne nouvelle de ce rapport, les âges moyens d’expérimentation du tabac et de passage à une consommation quotidienne ont également reculé pour les adolescents français âgés de 17 ans. L’entrée dans le tabagisme quotidien arrivait en effet, en moyenne à 15,1 ans en 2017, contre désormais 15,3 ans en 2022.
Une baisse plus importante en milieu scolaire qu’en cas d’apprentissage ou de déscolarisation

La baisse générale des conduites addictives des adolescents français âgés de 17 ans varie toutefois en fonction de la situation scolaire des interrogés, une fois contrôlés les effets de structure de l’échantillon (le sexe, la profession et catégorie socioprofessionnelle du ménage, la taille d’agglomération de résidence). Les jeunes en apprentissage ou sortis du système scolaire (déscolarisés, en service civique ou en emploi) sont ceux pour lesquels les niveaux d’usage ont le moins baissé entre 2017 et 2022, avec respectivement -9 points (19 %) et -13 points (24 %) contre -9 points (39 %) pour les élèves scolarisés dans le secondaire (en filière générale ou technologique).
Des différences de consommation marquantes, et plus particulièrement pour le tabac. En effet, seul 10,1 % des élèves des lycées généraux et technologiques ont déclaré fumer quotidiennement lors de l’enquête ESCAPAD 2022 contre 22,1 % des élèves des lycées professionnels, 38,4 % d’apprentis, et 43,5 % des adolescents déscolarisés. Renforcer la prévention antitabac auprès des jeunes de 17 ans ayant quitté le système scolaire, des apprentis, et des élèves en lycée professionnel serait donc nécessaire.
Pas d’effet passerelle de la cigarette électronique au tabac

En 20 ans d’observation, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives a permis de révéler le lien entre baisse du tabagisme des jeunes de 17 ans, en France, et démocratisation de la cigarette électronique dans le pays. C’est en effet à partir de 2014, lorsque les premiers articles sur la vape sont sortis dans la presse française en raison d’un engouement croissant des consommateurs pour les e-cigarettes, que la prévalence tabagique a commencé à chuter fortement, et de manière continue, chez les lycéens et autres adolescents français âgés de 17 ans.
Dans le rapport ESCAPAD, 20 ans d’observation des usages à l’adolescence, les chiffres de 2017 attestaient plus précisément d’une expérimentation de la cigarette électronique, tous arômes confondus, aussi importante que celle du tabac (environ 50 % des adolescents). Cette expérimentation touchait presqu’exclusivement les fumeurs de 17 ans (44,8 % de doubles expérimentateurs, dont 71,4 % à avoir d’abord essayé la cigarette, contre seulement 3,8 % d’expérimentateurs qui n’avaient jamais fumé auparavant). La cigarette électronique attire donc les jeunes fumeurs, suffisamment au moins pour les pousser à essayer la vape. Et la substituer au tabagisme ?
Les enquêtes ESCAPAD ne permettent pas de connaître l’évolution du tabagisme des adolescents interrogés après leurs 17 ans. Pour l’évaluer, il faut se tourner vers l’article Prévalence nationale et régionale du tabagisme en France en 2021 parmi les 18-75 ans, d’après le Baromètre de Santé publique France, qui chiffre la prévalence tabagique des jeunes âgés de 18 à 24 ans depuis 2014, année de la démocratisation de la cigarette électronique en France.

L’article rend compte d’une forte baisse du tabagisme, à âge égal, entre deux générations biens différentes. En 2010, une génération qui n’a pas connu la vape à l’adolescence comptait en effet encore 39 % de fumeurs quotidiens, selon le Baromètre Santé 2010. 10 ans après, en 2020, la première génération qui a pu expérimenter la cigarette électronique pendant l’adolescence, alors âgée de 18 à 24 ans, ne comptait plus que 28 % de fumeurs quotidiens selon le Baromètre Santé 2020.
Un quart de moins que la génération précédente malgré l’expérimentation possible du vapotage. Une baisse significative du tabagisme quotidien est encore observée par Santé Publique France entre 2020 et 2021. Autrement dit : l’expérimentation voire l’usage quotidien de la cigarette électronique par cette génération particulière d’adolescents n’a pas eu pour conséquence une stagnation ou une hausse de la prévalence de leur tabagisme. L’effet passerelle de la vape vers le tabagisme ne se vérifie pas dans les chiffres. Ces derniers suggèrent plutôt que la vape a évité à des adolescents non fumeurs de commencer à fumer et/ou a aidé des adolescents déjà fumeurs à arrêter la cigarette.
Un usage de la cigarette électronique multiplié par 3 en 5 ans

S’il ne faut à priori pas s’inquiéter de l’usage de la cigarette électronique par les adolescents, puisqu’il n’a pas entraîné, d’après les chiffres, une hausse de la prévalence du tabagisme mais sa baisse, force est de constater qu’il est de plus en plus populaire en France.
L’OFDT informe en effet dans les résultats ESCAPAD 2022 que, pour la première fois, les niveaux d’expérimentation, d’usage au cours du mois et d’usage quotidien de la cigarette électronique dépassent ceux des cigarettes de tabac chez les adolescents de 17 ans en France. Le vapotage des jeunes de 17 ans a en effet triplé entre 2017 et 2022. Les adolescents vapoteurs réguliers étaient 1,9 % en 2017 contre 6,2 % en 2022.
L’expérimentation de la vape par les jeunes, quant à elle, a également connu une augmentation, en passant de 52,4 % en 2017 à 56,9 % en 2022. Elle intervient d’ailleurs plus tôt que lors des précédentes enquêtes menées par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives : à 15,0 ans en 2022 contre 15,4 ans en 2017, soit encore plus de 6 mois après celle du tabac.

Il apparaît, dans les résultats d’enquête, que la majorité des vapoteurs quotidiens de 17 ans en 2022 sont aussi des consommateurs quotidiens de tabac. Ils sont en effet 55,4 % en 2022 contre 38,8 % de vapoteurs qui fument encore occasionnellement, et 5,8 % de vapoteurs exclusifs.
Des chiffres qui montrent toutefois une amélioration des tendances par rapport à 2017, année durant laquelle les doubles utilisateurs quotidiens étaient encore 68,5 %, avec une augmentation des expérimentateurs occasionnels de tabac parmi les vapoteurs quotidiens (de 29,1 % à 38,8 %), ainsi qu’une hausse des vapoteurs quotidiens exclusifs (de 2,4 % à 5,8 %).
Du côté des expérimentations de la cigarette électronique, les résultats de l’enquête menée par l’OFDT en 2022 montrent une hausse des essais pour les fumeurs occasionnels (48,6 % contre 43,8 %), et une baisse pour les fumeurs quotidiens (26,7 % contre 41,6% en 2017). Un autre chiffre est plus préoccupant, celui d’une augmentation des expérimentations de la e-cigarette pour les adolescents non-fumeurs (24,7 % contre 14,6 % en 2017). Le rapport ne précise toutefois pas si les non-fumeurs ont essayé, en 2022, de vapoter avec ou sans nicotine. Une information pourtant indispensable pour déterminer d’une tendance potentiellement problématique, la cigarette électronique et les e-liquides étant des produits à risques réduits, non totalement dénués de risques, destinés exclusivement aux fumeurs.
Une hausse du vapotage portée par les filles

Autre information à retenir des résultats ESCAPAD 2022 : l’augmentation du vapotage chez les adolescents français de 17 ans, qui concerne filles et garçons, est toutefois majoritairement porté par une consommation féminine en nette progression. Les jeunes filles sont en effet 6 fois plus nombreuses qu’en 2017 à vapoter quotidiennement (6,3 % contre 0,9 %), tandis que l’expérimentation de la vape par les adolescentes françaises a augmenté de 19 points.
Ce sont également les filles qui consomment le moins de tabac au quotidien. Aussi nombreuses que les garçons à avoir essayer la cigarette, les adolescentes sont en effet seulement 14,2 % à fumer chaque jour contre 17 % de garçons, et 2,3 % seulement contre 5 % à fumer plus de 10 cigarettes par jour. Y’aurait-il un lien avec l’usage de la cigarette électronique plus en hausse chez les filles que chez les garçons ? Le parallèle est à noter en tout cas.
Quelles addictions à 17 ans ? Une baisse de consommation de cannabis dans les résultats ESCAPAD 2022

Associée à celle du tabac, et responsable d’une double addiction, la consommation de cannabis des adolescents français, en recul dès 2014, chute en 2022. Un déclin porté par le recul du tabagisme et la dénormalisation du tabac dans cette population, selon l’OFDT.
Entre 2017 et 2022, l’expérimentation du cannabis par les adolescents français âgés de 17 ans a en effet chuté de près de 10 points (39,1 % contre 29,9 %), la consommation occasionnelle de cannabis (au cours des 12 derniers mois) de 8 points (31,3 % contre 23,3 %), tandis que les usages réguliers du cannabis (au moins 10 consommations dans le dernier mois) et quotidiens ont été divisés par deux. Comme pour le tabac, la baisse est plus importante pour les élèves du secondaire que pour les apprentis et les adolescents déscolarisés.

En conséquence du recul de la consommation de cannabis chez les jeunes français âgés de 17 ans, le risque d’usage problématique ou de dépendance au cannabis est lui aussi en net déclin (24,9 % en 2017 contre 21,8 % en 2022). Les jeunes français âgés de 17 ans ont aussi expérimenté plus tard le cannabis en 2022, en moyenne à 15,4 ans, soit un an après l’expérimentation du tabac (14,5 ans).
Toutefois, de plus en plus d’adolescents expérimentent le cannabis sans passer par la case tabac depuis 2011, même s’ils restent minoritaires. Ils étaient en effet 1,8 % en 2000 contre 6,2 % en 2022. Cela ne fait reculer en rien les risques sanitaires pour les adolescents, puisque l’usage du cannabis se fait encore majoritairement sous forme d’herbe fumée, avec tout autant de conséquences néfastes liées à la combustion. Un mode de prise cependant en léger recul par rapport en 2017. 57,1 % des usagers actuels de cannabis ont déclaré au moment de l’enquête 2022 avoir fumé de l’herbe de cannabis lors de leur dernier usage, 41,5 % de la résine et 1,4 % seulement une autre forme.
La consommation de CBD à 17 ans, recherchée par l’OFDT pour la première fois

Une nouvelle pratique a gagné en popularité auprès des jeunes : la consommation de cannabidiol (CBD), qui faisait partie du questionnaire pour la première fois. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives nous apprend que 17,1 % des adolescents interrogés ont déjà expérimenté le CBD, et que 14 % en ont consommé dans l’année, dont une majorité de garçons (15,8 % contre 12,2% de filles). L’enquête ne mentionne pas sous quelle forme (fleurs, infusion, huile, wax, résine, e-liquide pour cigarette électronique) il a été utilisé en 2022 par les jeunes français interrogés.
Des chiffres intéressants, mais qui nous questionnent toutefois. Que fait le CBD, un cannabinoïde naturellement présent en grande quantité dans le chanvre, dans une enquête sur les conduites addictives des jeunes français, alors qu’il n’est ni stupéfiant ni addictif, contrairement au tétrahydrocannabinol (THC) naturellement présent en grande quantité dans le cannabis stupéfiant ? Pour quelles raisons les adolescents français expérimentent-ils le CBD, et pourquoi certains continuent d’en consommer ? Existe-t-il un parallèle entre les indicateurs de santé d’ESCAPAD 2022 qui attestent d’une dégradation de la santé mentale d’une partie de la population adolescente en 2022, et l’usage de cette molécule bien-être en plein essor en France ?
Il faudra attendre de futures enquêtes menées par l’OFDT pour espérer en savoir davantage. Un parallèle est déjà à remarquer toutefois entre la consommation de CBD par les jeunes français de 17 ans et la consommation de cannabis en baisse pour cette tranche d’âge, le CBD étant connu pour l’aide qu’il peut apporter dans la lutte contre les addictions, dont celle au cannabis et au tabac. Reste à savoir, là aussi, si certains adolescents ont volontairement décidé de prendre du CBD à la place du cannabis, ou pas.
Un programme antitabac à l’encontre des résultats ESCAPAD 2022

Les résultats des enquêtes menées par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) depuis 2000, au cours de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD), auprès de jeunes français âgés de 17 ans, attestent du non-sens d’attaquer la vape par des mesures coercitives en France. Cependant, ils ne sont pas utilisés par la Direction Générale de la Santé, qui a choisi pour unique référence le dernier avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique du Haut Conseil de la Santé Publique, à la méthodologie pourtant discutable.
La DGS garde ainsi dans le viseur la réduction des risques pour son Programme National de Lutte contre le Tabac 2023, soumis au gouvernement en février dernier, si l’on en croit les premières communications à ce sujet, qui concernent un meilleur encadrement de la publicité des produits du vapotage ainsi qu’un projet d’interdiction des arômes jugés attractifs, autre que goût tabac. Le ministre de la Santé François Braun vise plus particulièrement les cigarettes électroniques puffs, avec et sans nicotine, aux nombreux arômes. Il s’est exprimé à ce sujet sur France Info le 14 février dernier :
« On constate aujourd’hui que ces puffs, des cigarettes jetables qui contiennent de la nicotine ou qui ne contiennent pas de nicotine, sont un mode d’entrée dans le tabac pour les jeunes. […] C’est du bon sens, et la commission européenne s’est positionnée également sur l’interdiction des arômes : nous discutons avec les collègues européens, avec les danois, avec les allemands, avec les lituaniens, qui ont cette même logique. Ce sera efficace dès lors qu’on aura une cohésion au niveau européen, où l’on ne va pas retrouver les effets des frontaliers qui passent de l’autre côté de la frontière. »
François Braun, Ministre de la Santé.
Un discours peu clair, et non argumenté, qui ne dit pas si l’interdiction des arômes devrait concerner uniquement les puffs ou l’ensemble des produits du vapotage, si elle est déjà actée dans le Programme National de Lutte Contre le Tabac 2023, et si elle entraînera par conséquent des modifications de la loi française, ou si cette mesure arrivera en France uniquement après avoir été imposée par la Commission Européenne à l’ensemble des Etats membres, dont la France, au même titre que la taxation de la vape envisagée par les dirigeants européens.
Le repli généralisé des usages de substances psychoactives, dont le tabac, observé depuis 2014 parmi les jeunes Français de 17 ans se confirme en 2022. Il reflète probablement un changement profond de perception de ces usages, lié à la dénormalisation du tabagisme et à l’attractivité grandissante des e-cigarettes. Reste un point d’ombre que nous vous avons déjà partagé : la hausse des expérimentations du vapotage par les adolescents non-fumeurs repérée par l’OFDT en 2022, même si elle reste très minoritaire, surtout dans le cas où cette dernière se ferait avec nicotine.
Est-elle en lien avec les cigarettes électroniques puffs, incriminées par François Braun, Ministre de la Santé, dans son intervention du 14 février dernier ? Rien ne permet à ce jour de l’affirmer. Et si les médias continuent de répandre l’idée, non vérifiable actuellement, d’un effet passerelle de la vape vers le tabagisme, d’autres se concentrent sur un sujet plus pertinent : celui de l’existence d’une addiction à la nicotine via le vapotage. Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie, s’est exprimé le 09 mars dernier sur le sujet, pour France Info.
Il rappelle que la cigarette électronique avec nicotine est un formidable outil de réduction des risques, particulièrement utile chez les fumeurs en difficulté dans leur tentative de sevrage tabagique, pour sortir du tabagisme. Un produit sans goudrons, produits de coupage et autres substances inflammatoires du tabac, mais qui, en raison de la présence de nicotine, peut entraîner une dépendance, non problématique pour les fumeurs, puisqu’elle se substitue alors à la dépendance tabagique, bien plus dangereuse pour la santé.
Amine Benyamina évoque le problème à prendre en compte selon lui : le risque de développer une addiction inutile chez les adolescents non-fumeurs en cas de consommation d’un e-liquide nicotiné. Risque qu’il attribue au marketing de certains produits, destiné, selon lui, à les rendre tendance, et qui entraîne de ce fait une généralisation des usages, y compris chez les jeunes non fumeurs, auxquels ces produits ne devraient jamais être destinés. Le président de la Fédération française d’addictologie recommande par conséquent de mettre en place une réplique contre ce marketing qu’il juge agressif, et d’accompagner les consommateurs à sortir aussi du vapotage.
Mais agir contre le marketing permettrait-il d’éviter l’expérimentation de la cigarette électronique par de rares adolescents non fumeurs sans toutefois freiner l’expérimentation de la vape, faute d’attractivité, et l’abandon du tabac, par les adolescents fumeurs, bien plus nombreux à y avoir recours, pour qui ces produits éviteront des années de tabagisme très préjudiciables pour leur santé ? Cette question, pourtant capitale, n’est ni abordée par la Fédération française d’addictologie, ni par le Ministre de la Santé. Espérons qu’elle effleure le gouvernement avant d’opter pour des mesures coercitives disproportionnées.
