
2 948 369 nouveaux cas en 2020, dont 10,8 % de cancer du poumon. 1 269 399 décès en 2020, dont 20,3 % de cancer du poumon, ce qui en fait le cancer le plus meurtrier en Europe. 40 % de cancers évitables. Les dernières statistiques communiquées par le Parlement Européen permettent de comprendre pourquoi la lutte contre le tabagisme est une priorité de l’Union Européenne en matière de santé.
Une commission spéciale (BECA) avait donc, à juste titre, été missionnée d’examiner l’action de l’Union Européenne contre le cancer et de proposer des améliorations. Chose faite dès décembre 2021, avec Combattre le cancer, document final fourni par la rapporteure Véronique Trillet-Lenoir au Parlement Européen après maintes auditions d’experts, lectures, négociations et compromis. Un rapport qui recommande de prioriser la prévention, auquel nous avons dédié un précédent article.
Le 16 février 2022, les eurodéputés ont adopté les recommandations de ce rapport à 652 voix pour, 15 contre et 27 abstentions, en session plénière. Une écrasante majorité ! Que doit-on retenir de la nouvelle stratégie globale et coordonnée de lutte contre le cancer de l’Union Européenne ? Qu’a-t-il finalement été décidé au sujet de la cigarette électronique, de la réduction des risques et de l’interdiction des arômes ? Par ici pour le découvrir.
Historique : le Parlement Européen approuve la réduction des risques par la cigarette électronique dans son plan cancer !

« Douze ans après la dernière stratégie européenne de lutte contre le cancer, celle que nous présentons aujourd’hui est historique, tant par son ambition et ses objectifs que par les moyens que nous allons y consacrer. […] Aujourd’hui, l’Union européenne de la santé avance ! »
VÉRONIQUE TRILLET-LENOIR
Le plan cancer européen va être crédité d’un budget de 4 milliards d’euros. La rapporteure Véronique Trillet-Lenoir, eurodéputée et cancérologue, parle donc à juste titre de moyens importants qui vont lui être alloués. Enthousiaste, elle qualifie la stratégie adoptée d’ »historique ». Si seul l’avenir permettra d’en juger, le Parlement européen est toutefois déjà entré dans l’Histoire le 16 février 2022. Il est en effet devenu la première chambre élue au monde à approuver la réduction des méfaits du tabac, comme l’a souligné Dustin Dahlmann, président de l’Independant European Vape Alliance (IEVA), dans cette intervention.
« Le Parlement Européen estime que les cigarettes électroniques pourraient permettre à certains fumeurs d’arrêter progressivement de fumer. »
Inscrite dans le texte officiel, cette déclaration va dans le sens de l’adoption d’une politique de réduction des risques, et d’une juste information des fumeurs à ce sujet. Une petite victoire pour la vape, compte-tenu du poids de l’institution qui l’a formulée. On ne peut que se réjouir que le Parlement ait montré son accord avec le BECA sur ce point. Le contraire aurait été un comble dans une stratégie qui a formulé pour objectif une « Génération sans tabac » d’ici 2040.
Une « Génération sans tabac » pour l’Union européenne d’ici 2040

« Le plan adopté aujourd’hui est un plan de santé publique. L’objectif est de développer des politiques de prévention et de sensibilisation plus efficaces pour mieux informer les citoyens, en particulier les plus jeunes aux risques potentiels auxquels ils sont confrontés. »
VÉRONIQUE TRILLET-LENOIR
Le tabagisme étant de loin la principale cause évitable de cancer dans l’Union Européenne, le plan cancer européen s’attaque fortement au tabac. Ce dernier est en effet à l’origine de 15 à 20 % des cas de cancer en Europe, et de 700 000 décès annuels dans l’U.E. Les députés recommandent donc des programmes de financement incitant les personnes à arrêter de fumer, et des mesures visant à empêcher les jeunes de commencer, avec une coopération entre les États-membres pour échanger sur les pratiques les plus efficaces pour sortir du tabagisme.
Le Parlement Européen a même inscrit dans son nouveau plan de lutte contre le cancer l’objectif d’une « Génération sans tabac », qui vise à ce que moins de 5 % de la population fume d’ici à 2040, contre 25 % aujourd’hui. La Commission Européenne devra fixer des objectifs intermédiaires pour y parvenir, qui feront l’objet d’un suivi constant et d’une promotion, pour évaluer leur efficacité et ajuster les actions au mieux.
TED, TPD : en avant les révisions !

Pour atteindre son objectif, le Parlement Européen demande à la Commission Européenne de réviser la directive sur les produits du tabac (TPD) ainsi que la directive européenne sur la taxation des produits du tabac, en incluant dans les textes plusieurs recommandations. Augmenter les accises minimales sur tous les produits du tabac et leur prix final sur le marché. Mettre en place un paquet neutre avec des images servant d’avertissement sanitaire sur 80 % de sa surface avant et arrière. Interdire les arômes caractérisants dans les produits du tabac. Des mesures coercitives destinées à réduire l’attrait des cigarettes pour les fumeurs, les non-fumeurs, adultes comme adolescents, qui font leur preuve lorsqu’elles vont de pair avec une vraie politique de réduction des risques, comme c’est par exemple le cas en Nouvelle-Zélande. Serait-il possible que l’Union Européenne, qui vient d’approuver la réduction des risques tabagiques, prenne alors ce chemin-là ?
L’interdiction des arômes dans le Plan cancer : vers une génération sans vape pour l’Union Européenne ?

La distribution des bons points au Parlement Européen s’arrête ici, amis vapoteurs. Le texte adopté reprenant les recommandations du BECA, l’institution s’attaque sans surprise aux arômes des e-liquides pour cigarette électronique.
« Le Parlement Européen souligne dans le même temps que les cigarettes électroniques ne sauraient être attrayantes pour les mineurs et les non-fumeurs ; invite dès lors la Commission à évaluer, dans le cadre de la directive sur les produits du tabac, quels arômes des cigarettes électroniques sont particulièrement attrayants pour les mineurs et les non-fumeurs, à proposer une interdiction de ces arômes. »
Une déclaration qui fait reculer l’approche historique de réduction des risques loin en arrière. Car si l’attractivité de certains arômes pour les adolescents non-fumeurs reste une possibilité à étudier, leur rôle pour le sevrage tabagique des adultes est une réalité.
Une mesure contre-productive

L’institution déclare être consciente des différences qui existent dans l’U.E à propos des cancers liés au tabac, liée à une proportion de fumeurs qui est multipliée par plus de cinq d’un pays à l’autre. Par contre, il n’est aucunement fait mention de la cause de ces différences. L’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) alerte pourtant depuis 2020 sur d’importants freins du passage de la cigarette à des produits à risques réduits. Des freins que l’on retrouve précisément dans les pays qui ont mis en place une interdiction des arômes et/ou une taxation de la vape. Une « Génération sans tabac » ne semble donc pas pouvoir passer par une « génération sans vape » en même temps.
Et pour cause : pour pouvoir choisir et conserver tout au long de leur sevrage une alternative plus saine à la cigarette, les fumeurs ont besoin de produits à risques réduits efficaces et abordables. Et n’en déplaise au Parlement Européen, la science a prouvé que la satisfaction éprouvée pendant le vapotage impacte fortement la réussite du sevrage tabagique. Espérons que la Commission Européenne, malgré la demande du Parlement Européen, tienne ainsi compte des recommandations de SOVAPE et de l’ETHRA, formulées lors d’un webinaire d’échange au sujet de la révision prévue de la directive européenne sur les accises du tabac (TED).
Plan cancer européen : poursuivre les recherches sur la cigarette électronique

« Le Parlement Européen engage la Commission à assurer un suivi des évaluations scientifiques des risques pour la santé liés aux cigarettes électroniques, aux produits à base de tabac chauffé et aux nouveaux produits du tabac, notamment l’évaluation des risques engendrés par l’utilisation de ces produits par rapport à la consommation d’autres produits du tabac. »
Déjà présent dans le rapport du BECA, ce point approuvé par le Parlement Européen témoigne d’une approche des produits à risques réduits par si avant-gardiste que ça. Comme l’avait précédemment fait la commission spéciale, le Parlement semble rapprocher la vape des nouveaux produits du tabac. Même si le Public Health England (PHE) déclare les cigarettes électroniques 95 % moins nocives que le tabac et un risque de cancer diminué de 99,6 % en les utilisant, l’U.E reste elle frileuse et préfère mener davantage de recherches. Heureusement, le Parlement Européen recommande de comparer les risques d’utilisation de la cigarette électronique à ceux du tabagisme, et reconnaît ainsi que la nocivité des produits à risques réduits ne soutient pas la comparaison à celle du tabac.
Plan cancer européen : d’autres nuages pour la vape à l’horizon

L’avenir exact de la cigarette électronique est loin d’être totalement joué, chers vapoteurs. Le député européen Nicolas Gonzalez Casares a d’ailleurs tenu à rappeler que de multiples amendements devraient prochainement être votés.
Des amendements visant à ajouter aux recommandations du BECA celles formulées par l’OMS au sujet de l’utilisation de la vape dans le sevrage tabagique. Mais peut-on vraiment parler de recommandations d’utilisation de la part de cet organisme, qui n’en est plus à sa première offensive contre le vapotage ? Compte-tenu de la petite leçon précédemment faite aux membres du BECA par l’OMS, qui a déjà largement contribué à l’adoption de la recommandation d’interdire certains arômes, seul le pire peut donc encore arriver.
Le 16 février 2022, le Parlement Européen a donc adopté point par point les recommandations de lutte contre le tabagisme et la dépendance nicotinique formulées par le BECA. Ses incohérences aussi. Affirmer que la vape peut aider les fumeurs à sortir du tabagisme est une grande première, mais sans actions concrètes derrière, cela reste insuffisant. Demander à la Commission Européenne d’interdire certains arômes d’e-liquides pour cigarettes électroniques est encore pire : c’est un non-sens.
L’Alliance européenne indépendante pour la vape (IEVA) a d’ailleurs encouragé la Commission Européenne à veiller à ce que la politique suive la science, et non l’inverse, après avoir rappelé que l’interdiction de la plupart des produits sur le marché compromettrait la lutte contre le tabagisme, et donc contre le cancer. La patate chaude est en tout cas passée dans le camp de la Commission. Les révisions de lois sont prévues pour mai 2022, avec espérons-le enfin, davantage de cohérence. C’est avec l’œil ouvert que nous les attendons.
