
S’il y a déjà plusieurs mois aux Pays-Bas que les vapoteurs et professionnels du secteur ne sont pas sereins face aux projets du gouvernement néerlandais par rapport à la vape, désormais ils s’organisent pour faire entendre leur désaccord, et pour cause.
Dès juin dernier, lors d’une allocution au Parlement néerlandais, le ministre de la Santé, Paul Blokhuis, avait déjà fait part de sa volonté de réglementer plus sévèrement le vapotage. Une guerre contre la vape officiellement entamée en quelque sorte, dont le cheval de bataille a été mis en avant plus récemment : le « flavor ban », c’est-à-dire l’interdiction des arômes dans les e-liquides pour cigarettes électroniques, à l’exception des arômes classics, dans une consultation publique visant à permettre à la population de faire entendre son opinion sur le sujet.
Peu de temps après, le 3 février, la Commission Européenne dévoilait publiquement son plan de lutte contre le cancer édition 2021, nouvelle référence qui fixe les directives à suivre afin d’atteindre les objectifs en cinq ans. Un plan à multiples leviers d’actions visant à améliorer la prise en charge des malades ainsi que le dépistage précoce, mais également d’agir en amont pour limiter l’exposition de la population aux toxiques qui favorisent le développement du cancer dans la population. La lutte antitabac fait donc partie intégrante de ce plan. Au programme : dissuader les fumeurs de poursuivre leur consommation, mais surtout empêcher la nouvelle génération de commencer à fumer, mais pas seulement. Le vapotage est en effet dans le viseur de la Commission Européenne tout autant que le tabac, et elle ne manque pas d’idées pour pousser la population à s’en détourner également.

Une mauvaise nouvelle pour les vapoteurs et professionnels de la vape néerlandais qui essaient actuellement de faire entendre leur opposition à leur gouvernement, mais pas seulement ? Se pourrait-il que d’autres pays d’Europe, dont la France, puissent connaître prochainement eux-aussi la menace d’une interdiction des arômes sur leurs territoires ? Faisons un point ensemble sur la situation.
Les Pays-Bas : bons élèves de l’OMS ?

Si le gouvernement néerlandais a lancé une offensive contre la vape, il n’a fait que se plier à la volonté de l’OMS et de l’Union Européenne. Les Pays-Bas avaient en effet au préalable accepté de signer un accord national avec ces organismes afin de s’engager à leurs côtés dans la lutte contre le tabagisme, et par conséquent également contre la vape.
Le ministre de la Santé néerlandais, Paul Blokhuis, a clairement annoncé la couleur de son combat dans l’allocution au Parlement datant de juin dernier : « Je pense qu’une génération sans tabac devrait aussi être une génération sans e-cigarette ». Une opinion partagée, si ce n’est influencée, par la Commission Européenne et sa référence dans la lutte contre le tabagisme : l’Organisation Mondiale de la Santé, dont la position très défavorable face à la vape n’est plus à démontrer. L’OMS redoute en effet depuis longtemps déjà un effet passerelle de la vape vers le tabagisme chez les jeunes ainsi qu’une banalisation de la cigarette, et ne semble pas décidée à changer son fusil d’épaule sur le sujet.
Une telle prise de référence de la part de la Commission Européenne ne présage ainsi rien de bon pour la vape. Il suffit de se tourner vers les communications officielles présentes sur le site de la Commission Européenne pour comprendre que les années à venir vont être déterminantes pour la vape en Europe, comme c’est déjà le cas actuellement aux Pays-Bas.
Une action contre la vape prévue à l’échelle de l’UE ?

Le plan européen de lutte contre le cancer 2021 dévoilé le 3 février, qui bénéficiera d’un financement de 4 milliards d’euros, dont 1,25 milliard provenant du futur programme « L’UE pour la santé », cite en premier objectif à atteindre celui de créer une « génération sans tabac », enfin presque : « réduire la part de la population consommant du tabac à moins de 5% d’ici à 2040, contre 25% approximativement aujourd’hui. » Une réduction importante comportant en étape intermédiaire l’atteinte des chiffres souhaités par l’OMS, à savoir une réduction de 30% de la consommation de tabac d’ici à 2025 par rapport à 2010, soit une prévalence du tabagisme d’environ 20% dans l’UE.
Un objectif pas parfait donc, mais louable compte-tenu des prévisions peu encourageantes de l’organisme, qui estime que « le nombre de personnes atteintes du cancer devrait augmenter de près de 25% d’ici à 2035, ce qui ferait de cette pathologie la principale cause de décès dans l’Union. », et du fait annoncé suite à des données communiquées par l’OMS que « La consommation de tabac reste la principale cause de cancer évitable, 27% de l’ensemble des cancers étant imputables à l’usage du tabac. »
L’organisme expose clairement sa prise de position ainsi que son combat prioritaire dans des questions-réponses : adopter une approche globale du tabac adaptée aux nouvelles évolutions et tendances du marché, capable de lutter prioritairement contre la prochaine génération de produits du tabac et produits connexes émergents. La raison évoquée : « protéger les jeunes, en les empêchant d’acquérir des habitudes durables qui sont préjudiciables à leur santé. » Autrement dit, la Commission Européenne fait passer au second plan les fumeurs actuels et compte miser sur la prochaine génération pour lutter contre le cancer par prévention active, en faisant tout son possible pour dissuader la jeune population européenne de se mettre un jour à fumer.
Là où le bât blesse, c’est que la Commission Européenne ne dissocie pas la vape du tabac. Que sont en effet les fameuses nouveautés à combattre selon la Commission Européenne citées dans le plan européen de lutte contre le cancer 2021 ? Les « nouveaux produits du tabac, cigarettes électroniques, produits à fumer à base de plantes ». Vous avez bien lu : les cigarettes électroniques, qui ne contiennent pas de tabac et évitent les dangers liés à la combustion, sont jugées par la Commission Européenne autant préjudiciables pour la santé que les cigarettes et autres produits se consommant par combustion et mises dans le même panier de pestiférés.

Le ton est lancé dans le plan européen de lutte contre le cancer 2021 : la lutte contre la vape en Europe, comme c’est le cas actuellement aux Pays-Bas, ne fait que commencer. Au programme : durcir la règlementation européenne en la matière. Comment ? La Commission Européenne prévoit « d’œuvrer en totale transparence en faveur d’un conditionnement neutre et d’une interdiction totale des arômes, de recourir aux agences existantes de l’UE pour améliorer l’évaluation des ingrédients, d’étendre la taxation aux nouveaux produits du tabac et de lutter contre la publicité, la promotion et le parrainage des produits du tabac sur l’internet et dans les médias sociaux. » Elle prévoit aussi d’étendre les environnements sans tabac en intérieur comme à l’extérieur et d’interdire dans ces-dits environnements l’usage de la cigarette électronique et des produits du tabac chauffé.
L’interdiction des arômes ne sera donc ainsi malheureusement que l’une des nombreuses mesures qui devraient affecter les vapoteurs européens dans les cinq années à venir, et la machinerie est déjà lancée. Le plan européen de lutte contre le cancer 2021 sera en effet examiné prochainement par les États membres lors de la réunion des ministres de la santé qui se déroulera pendant la présidence portugaise de l’Union. La Commission Européenne mettra également en place prochainement un groupe de mise en œuvre de ce plan pour détailler les différentes étapes à venir de l’exécution des mesures décrites dans le plan et examiner leur application dans les États-membres. Autrement dit : la Commission Européenne fera le nécessaire pour garder le contrôle sur l’ensemble des pays de l’Union Européenne pour veiller à l’application des nouvelles recommandations sur l’ensemble du territoire européen.
Une mesure justifiée par la consommation des jeunes ?

Le gouvernement des Pays-Bas s’est basé sur l’étude Smoking in the Nederlands de l’Institut TRIMBOS, publiée en juillet 2020, pour suggérer d’interdire les arômes sur son territoire. Une étude qui démontre pourtant que le nombre de jeunes néerlandais ayant essayé les cigarettes électroniques a baissé d’un quart en cinq ans et que seul 0,2% des jeunes âgés de 14 à 16 ans ont vapoté en 2019 de manière régulière, plus qu’elle ne prouve un effet passerelle de la vape vers le tabac chez ses mêmes jeunes. C’est pourtant l’argument qui a été avancé par le ministre de la Santé néerlandais.
Une déclaration étonnante compte-tenu de l’existence depuis plusieurs années déjà d’autres études dans le monde démontrant totalement l’inverse, dont cette étude de l’Observatoire Français sur les Drogues et Toxicomanies (OFDT) datant de 2018, ou celle dont nous vous avions parlé dans cet article. Les choses auraient-elles donc pu changer en si peu de temps sur le globe pour la consommation des jeunes ? Que nenni, car plus récemment, l’étude Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France ? publiée en janvier 2020 n’a trouvé aucune preuve d’une augmentation du risque pour les jeunes de passer de vapoteur à fumeur quotidien un jour. L’étude Experimenting first with e‐cigarettes versus first with cigarettes and transition to daily cigarette use among adolescents: the crucial effect of age at first experiment publiée en novembre 2020 va même encore plus loin en concluant qu’essayer d’abord la vape avant le tabac est associé à une réduction de 42% du risque de devenir un fumeur quotidien un jour chez les adolescents français âgés de 17 à 18,5ans, avec en bémol un risque plus important chez les plus jeunes parmi ces adolescents. Se pourrait-il que ce soit totalement différent aux Pays-Bas ? Cela paraît peu probable.

La Commission Européenne, en tout cas, semble n’avoir pas tenu compte de ces études en faveur de la vape. Elle cite en effet sa source dans son communiqué de presse qui présente son plan cancer 2021 : une enquête qu’elle a menée entre août 2020 et septembre 2020 sur la population des 27 pays membres de l’Union Européenne, y compris les Pays-Bas donc, sur les attitudes des Européens à l’égard du tabac et des cigarettes électroniques.
En épluchant les résultats de cette enquête, se trouve une partie sur l’attirance des non-vapoteurs européens pour les cigarettes électroniques, dont les jeunes adolescents font partie. Leur nombre ? 26354 adolescents et adultes confondus qui ont été interrogés et sont exprimés pour cette enquête, répondant au critère de n’avoir jamais vapoté ou simplement essayé une ou deux fois au maximum la cigarette électronique. Autant dire peu de monde par rapport à l’ensemble de la population jeune de l’Union Européenne et de Grande-Bretagne, ce qui pose la question de la représentativité des résultats évoqués par l’enquête. Si l’on fait abstraction de cette information, et qu’on observe les résultats obtenus, les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ne vont pas dans le sens des restrictions envisagées. 90% des répondants ont déclaré que les cigarettes électroniques ne les attirent pas, contre seulement 7% qui ont indiqué le contraire. Pas de quoi indiquer une ruée des non vapoteurs, dont les jeunes, vers la vape, à priori.

En détaillant les résultats pays par pays, on observe que les Pays-Bas, favorables à une interdiction prochaine des arômes sur son territoire, n’a que 3% d’adolescents et d’adultes non vapoteurs parmi les 26354 personnes interrogées qui indiquent trouver la vape attirante. C’est l’un des plus petits taux à travers l’Europe, quand on compare avec les 21% de l’Estonie, pays qui a déjà interdit les arômes pour e-liquides par le passé, et qui a depuis réautorisé les arômes mentholés suite à une explosion de la consommation sur le marché noir. Il y a donc vraiment de quoi se demander pourquoi les Pays-Bas font partie des premiers à déclarer la guerre contre la vape en Europe.
Une donnée complémentaire obtenue en sondant les 26354 interrogés est même rassurante, puisque les plus intéressés par la vape sont les fumeurs, avec 14% d’intéressés contre seulement 6% de non-fumeurs. Une autre information complémentaire ressort toutefois, moins positive. Parmi les 7% de non-vapoteurs attirés par la vape, ce sont les adolescents et jeunes adultes âgés entre 15 et 24 ans qui se disent les plus attirés par la vape par rapport aux adultes plus âgés. Ils sont en effet 11% de jeunes à se déclarer attirés contre seulement 5% d’adultes. Mais pas de quoi paniquer non plus, puisque 11% sur 7% de 26354 personnes interrogées équivaut à environ 202 jeunes si on fait le calcul. Pour toute l’Europe, oui, oui.

Dernière info importante que l’on a retenu de cette enquête : les européens qui avaient vapoté ou qui vapotaient encore au moment de l’enquête, à savoir 1696 personnes interrogées sur plus de 28000 européens sondés, dont des jeunes, ont indiqué majoritairement à 57% l’avoir fait pour réduire ou stopper leur tabagisme. Une bonne nouvelle donc, au service du plan cancer plutôt que le contraire ! 37% ont ensuite indiqué qu’ils l’ont fait parce qu’ils pensaient que la vape était moins dangereuse que le tabac. 23% ont déclaré vapoter en raison d’un prix moins élevé que le tabac. Seulement 20% ont mentionné un choix en raison de leur goût prononcé pour les saveurs d’e-liquides, et 8% ont indiqué l’avoir fait parce qu’ils trouvaient les cigarettes électroniques attirantes. En se focalisant uniquement sur les réponses des jeunes, ces chiffres varient légèrement puisque la réponse majoritaire concerne la moindre dangerosité de la vape par rapport au tabac à 45%, suivie par 36% de réponses en faveur des saveurs appréciées des e-liquides, puis 33% en rapport avec une volonté de réduire ou arrêter la cigarette, contre seulement 13% de réponses mentionnant l’attractivité de la cigarette électronique. Ainsi, même chez les jeunes, la volonté de réduire les risques pour sa santé est ce qui prime en Europe lorsqu’ils choisissent de vapoter. Difficile après ça de se dire qu’ils pourraient envisager un jour de fumer et sombrer dans le fameux effet passerelle annoncé et craint par l’OMS et la Commission Européenne.
Interdiction des arômes : salutaire ou dangereux ?

Si de nombreuses mesures contre la vape se profilent actuellement en Europe, celle de l’interdiction des arômes à l’exception des saveurs classics, qui menace déjà les Pays-Bas, serait certainement la plus dangereuse sur le plan sanitaire.

Première raison à cela : les arômes ne cesseraient pas d’exister une fois interdits mais se retrouveraient sur le marché noir, ce qui contraindrait de nombreux vapoteurs à s’y approvisionner. Or, si une telle interdiction devait frapper l’ensemble des pays européens, l’importation sur ce marché se ferait forcément hors de l’U.E, avec des produits non soumis à des contrôles et donc potentiellement dangereux.
L’histoire l’a en effet déjà démontré par le passé, par exemple aux Etats-Unis, où l’interdiction des arômes dans plusieurs états avait entraîné un basculement de nombreux vapoteurs vers le marché noir pour s’approvisionner, et ce malgré les risques que cela comporte, dont on a largement parlé par exemple avec l’affaire de l’acétate de vitamine E dans certains e-liquides non contrôlés qui entraînait des pneumopathies graves. Autre exemple, plus près de nos frontières, en Estonie, où le gouvernement a déjà tenté une fois d’interdire les arômes, mais a rapidement réautorisé les arômes mentholés en raison d’un afflux de consommateurs vers le marché noir.
Autre danger possible : que de nombreux vapoteurs décident tout simplement d’abandonner la vape pour se remettre à fumer. Un comble quand on sait qu’une telle mesure sort d’un plan de lutte contre le cancer !

Si l’on ne peut pas nier que les arômes des e-liquides pour cigarettes électroniques sont tentants pour certains, ils jouent un rôle dans l’efficacité d’un sevrage tabagique. Pourquoi ? Ils font partie intégrante du plaisir que l’on éprouve en vapotant, et permettent une adaptation d’un substitut nicotinique basique (la nicotine vaporisée) aux goûts de chacun. Quoi de mieux que pouvoir arrêter de fumer dans le plaisir ? Nul doute que sans arômes, les produits de la vape connaitraient moins de succès. Cependant, ce serait au risque que de nombreux fumeurs poursuivent leur consommation de tabac, faute d’une autre solution plaisir sous le bras.

L’étude Associations of Flavored e-Cigarette Uptake With Subsequent Smoking Initiation and Cessation de juin 2020 trouve même un impact du choix des arômes sur l’efficacité d’un sevrage tabagique. Elle conclut en effet que vapoter des e-liquides aux arômes classics favorise moins un arrêt du tabac que vapoter des e-liquides comportant d’autres types d’arômes. Or, en Europe, d’après les résultats de l’enquête menée entre août et septembre 2020 qui a servi à la Commission Européenne pour établir les nouvelles recommandations de son plan cancer 2021, la saveur en tête parmi les 565 vapoteurs interrogés qui vapotent au moins sur une base mensuelle n’est pas la saveur classic. 48% ont en effet répondu qu’ils utilisaient un e-liquide fruité, contre seulement 36% pour un e-liquide classic. Rappelons qu’aux Pays-Bas l’interdiction souhaitée concernerait tous les arômes à l’exception de ceux imitant le goût du tabac, jugés moins tentants pour les jeunes. Cette mesure aurait-elle l’impact attendu sur les jeunes ? Difficile de se prononcer. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’elle nuirait au sevrage tabagique des adultes, en leur laissant sous la main uniquement les arômes les moins propices à un arrêt total du tabac fumé. Tout l’inverse de ce qu’il faut pour un plan cancer qui marche, donc !
Vers une montée des protestations ?

Il n’y a qu’à regarder comment la foule néerlandaise s’est soulevée contre la menace d’une interdiction des arômes aux Pays-Bas pour comprendre que de telles mesures appliquées à toute l’Union Européenne impliqueraient une montée des protestations dans chaque État membre.
La consultation publique ouverte par le gouvernement néerlandais à ce sujet a en effet suscité la plus grande participation jamais obtenue à une consultation publique sur le thème de la santé avec 757 réponses enregistrées.

Une nette opposition à l’interdiction des arômes s’est donc soulevée au pays des tulipes, où 75% des répondants ont fait fleurir une raison ô combien importante pour expliquer leur désir de conserver les arômes pour leurs cigarettes électroniques : l’arrêt du tabac. Une indication de plus que les arômes et le sevrage tabagique font bon ménage, et non le contraire.
Concernant le plan européen de lutte contre le cancer 2021, l’opposition commence déjà à s’exprimer. L’ETHRA (European Tobacco Harm Reduction Advocates) est déjà monté au créneau en adressant une lettre au BECA (Special Committee on Beating Cancer) le jour même de la parution du-dit plan cancer pour protester. Un organisme dont la Commission Européenne a indiqué vouloir solliciter régulièrement l’avis dans le cadre du plan cancer 2021. Espérons que cette lettre portera ses fruits.
