
Faire la promotion de la vape ? Vade retro Satanas ! La Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, n’a jamais dérogé au principe de précaution, comme l’avait fait avant elle Marisol Touraine, et le gouvernement français a ainsi toujours choisi au fil des années de tenir la vape à l’écart des dispositifs de sevrage tabagique, et ce principalement pour prévenir le potentiel risque d’une entrée dans le tabagisme suite à l’utilisation d’une cigarette électronique. Potentiel ? Ce n’est tout à fait comme ça que cela a été présenté en 2014 dans le dossier de presse PNRT du 25 septembre 2014, où l’on peut lire : « “Entre un et deux millions de personnes utiliseraient quotidiennement la cigarette électronique. Chez les jeunes, l’usage de la cigarette électronique est une porte d’entrée vers le tabagisme.”
Le problème avec les affirmations préconçues, c’est qu’un jour elles finissent par être testées ! Le docteur en médecine et journaliste français Jean-Yves Nau affirme ainsi que celle-ci n’a plus lieu d’être invoquée pour argumenter que la vape ne peut pas être un moyen de sevrage tabagique grâce aux premières conclusions de l’étude menée dans le cadre du programme PETAL par l’Inserm ! Zoom sur cette étude et l’un de ses premiers résultats, positif pour la vape !
Étude PETAL

Ce n’est qu’en novembre 2017, trois ans après le lancement du Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT) de Marisol Touraine, que le Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation (PETAL) a vu le jour afin d’étudier les comportements liés au tabagisme des adolescents et jeunes adultes français, pour pouvoir plus efficacement prévenir l’initiation tabagique chez ces publics, objectif principal de ce programme. Il tente ainsi de répondre à un véritable enjeu de santé publique compte-tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme. Il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA).
Une recherche statistique
Ce programme est le travail de plusieurs équipes de recherche qui exploitent rigoureusement des données de bases nationales représentatives de la population des adolescents et des jeunes adultes (ESCAPAD, ESPAD, Baromètre santé). Ces équipes sont plus précisément les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
Vérifier si vapoter peut amener à fumer
L’un des objectifs clairement annoncé de ce programme est de « comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France », comme présenté dans l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, une compréhension jugée importante compte-tenu du développement rapide de l’utilisation des vapoteuses chez les jeunes ces dernières années et de l’évocation de certaines études sur ce possible rôle de la vape dans l’initiation tabagique.
Vapotage et effet passerelle vers le tabac

Si la FIVAPE titre « Le vapotage est une passerelle vers une vie sans tabac » suite aux premières conclusions de l’étude de l’Inserm effectuée dans le cadre du programme PETAL, nous n’irons pas aussi loin et nous contenterons de vous présenter simplement ces dites conclusions : la vape n’est pas une passerelle vers le tabagisme.
La vape : pour arrêter le tabac
La bonne nouvelle est ainsi que même si plus d’un adolescent âgé de 17 ans sur deux a déjà expérimenté et la vape (52%) et la cigarette (59%), l’expérience de vapoter a toujours suivi l’expérience de fumer et non l’inverse. Le principe de vigilance par rapport à la vape quant à la peur qu’il puisse entraîner le tabagisme ne trouve aucun fondement dans les analyses de données statistiques, puisque dans le cadre de cette étude les chercheurs ont admis « écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse. ». De quoi couper court à toute affirmation erronée antérieure. Les chiffres ont parlé !
La vape : un comportement à risque ?
Cette nouvelle positive ne permet cependant pas de placer la vape comme un moyen de sevrage tabagique chez les adolescents et jeunes adultes, toujours d’après des chiffres de l’étude, avec 63% des vapoteurs qui sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. Il semblerait donc que la vape chez ces publics soit majoritairement un produit qui se cumule avec des substances à risques que sont le tabac, l’alcool et la drogue. Si la première information a déjà été reprise par de nombreux sites spécialisés au sujet de la vape, la seconde elle-aussi ne manque pas d’apparaître à ses côtés dans de nombreux médias, qui en profitent pour associer la vape aux autres comportements à risque et la présenter comme un risque supplémentaire. La vape est pourtant reconnue par des organisations de santé spécialisées en cancer et en cardiologie comme un moyen de réduction des risques. Aussi de tels raccourcis ne peuvent être appliqués. Les jeunes essaient le tabac, puis essaient la vape et restent plutôt fidèles au tabac, avec une utilisation quotidienne, contre une utilisation occasionnelle pour la vape, ce qui est dommage vu le peu de risques associés à la vapeur par rapport à ceux de la fumée.
La vape pour réduire les risques ?
Dans quel but un adolescent ou un jeune essaie-t-il la vape après le tabac ? Aucune information de ce genre n’est communiquée, et l’on peut douter d’une recherche d’un moyen à risques réduits ou d’aide à un sevrage tabagique avec un public majoritairement en phase de découverte de différents produits à sa disposition. La vape n’étant pas présentée officiellement en France par le gouvernement comme un moyen de réduction des risques tabagiques, le risque n’est-il pas à l’inverse que les jeunes passent à côté de ce que la vape pourrait leur permettre d’éviter en termes de dangers pour la santé et qu’ils choisissent la cigarette, première essayée, pas en toute connaissance de cause mais parce que plus observée encore dans les mœurs de leur entourage ?
Une confusion entre tabac et nicotine

Impossible de savoir si les autorités ministérielles et gouvernementales seront prêtes à accepter la conclusion de l’étude de l’Inserm menée dans le programme PETAL qui fait définitivement taire l’annonce erronée que la vape pourrait entraîner le tabagisme chez les jeunes français, et à cesser de sacrifier la vape comme moyen à risque réduit et moyen de sevrage tabagique à tous les anciens fumeurs qui veulent en finir avec le tabac, et non uniquement les jeunes.
La lutte contre le tabagisme et ses dangers pour la santé semble en effet en France passer après la lutte contre la nicotine dans toutes ses formes et la dépendance qu’elle entraîne dès les premières consommations. Les pouvoirs publics français semblent ainsi vouloir une génération sans cigarette ni nicotine en axant leur politique de lutte principalement sur les jeunes générations, au détriment peut-être des autres publics en danger. C’est une situation similaire à ce que l’on peut observer en Belgique. Pourtant, pour Suzanne Gabriels, experte en prévention tabac de la Fondation contre le Cancer, les deux pourraient coexister en paix en Belgique (alors pourquoi pas en France aussi), lorsqu’elle déclare dans l’hebdomadaire Belge Le Vif : « « Génération sans tabac » ou les autres campagnes ne doivent donc pas avoir pour effet de décourager les fumeurs adultes à utiliser l’e-cigarette dans un but de sevrage ou pour réduire les risques. D’après moi, la cigarette électronique mérite sa place dans la vie de nombreux fumeurs qui cherchent une alternative plus sûre pour leur santé. Il semble que le groupe des fumeurs de 25-34 ans, celui des personnes souhaitant avoir un enfant ou des jeunes parents ainsi que le groupe des personnes les plus demandeuses d’un sevrage, n’excluent pas l’option de l’e-cigarette. Mais entendons-nous bien : passer au vapotage, d’accord… mais pas devant les enfants ! » Rappelons en effet que tout passe par l’éducation, et ce quelque soit le pays : les enfants façonnent leur univers à partir de ce qu’ils observent quotidiennement et seront ainsi plus tentés de fumer ou de vaper à l’adolescence en fonction des comportements qu’ils auront pu observer autour d’eux petits.
Une confusion à risques sanitaires
Ainsi, ne pas considérer la vape comme un moyen de sevrage tabagique n’est profitable à aucun public, jeune ou pas : les jeunes testent la vape après le tabac donc la vape n’est pas responsable de leurs débuts dans le tabagisme, et les anciens fumeurs ne seraient que mieux aidés en étant officiellement informés de l’aide que peut constituer la vape pour sortir du tabagisme. La confusion entre lutte contre le tabac et lutte contre la dépendance à la nicotine peut avoir des conséquences sanitaires importantes. N’est-il pas plus important d’agir pour un monde sans maladies cardiovasculaires et cancers liés au tabagisme que pour un monde sans dépendance à la nicotine, substance qui ne présente pas de risques majeurs pour la santé contrairement aux goudrons et autres substances toxiques des cigarettes ?
La réflexion peut être lancée, en espérant qu’une prise de conscience gouvernementale entraîne un réaménagement du Programme National de Réduction du Tabagisme avec des mesures prises en faveur de la vape.
