
Le 21 février 2019, Nice Matin titra « J’ai vécu l’enfer… » : une touriste varoise emprisonnée en Thaïlande à cause de sa cigarette électronique. Un fait-divers qui fit grand bruit dans la vaposphère, expliquant la terrible mésaventure d’une jeune femme transformant ses vacances de rêve sur l’île paradisiaque de Phuket en cauchemar. Avec un pathos très utilisé par la journaliste, cet article nous tirerait presque une larmichette (ou nous terroriserait d’utiliser notre vapoteuse, objet du diable, lors de nos excursions à l’étranger) ! L’histoire fut aussi présentée avec un regard très différent par le Vaping Post, suite au contact du Consulat de Thaïlande pour de plus amples explications sur ce qui s’était passé. Vrai traumatisme ? Présentation exagérée ? Voilà un regard critique sur cette affaire qui a pour mérite de permettre de se rappeler qu’il est toujours bon de prendre quelques précautions avant de vaper (et de voyager) à l’étranger !
La vape controversée en Thaïlande

C’est à Karon, sur la côte ouest de l’île de Phuket en Thaïlande que le voyage de la famille Cornu avait très bien commencé. Cette région de la Thaïlande est en effet connue pour ses paysages de carte postale et pour attirer par conséquent des touristes du monde entier. Seulement tous les touristes n’effectuent pas les mêmes préparatifs avant de voyager, et l’on oublie souvent que se rendre dans un pays n’implique pas simplement de changer de climat et de décor. Les dynamiques culturelles, les régimes politiques, les conflits d’intérêt, la sécurité, l’application des droits de l’homme et les législations variant entre les pays, il est toujours préférable de bien se renseigner avant tout départ pour choisir une destination adaptée à ce que l’on recherche et pour ne pas inutilement se mettre en danger. Toutes ces démarches avaient-elles été effectuées par la famille Cornu ? Nous ne le savons pas. Nous savons en revanche qu’une partie de la législation Thaïlandaise échappait à leur fille Cécilia âgée de 31 ans, victime qui a témoigné de sa mésaventure auprès de Nice Matin, et qui a expliqué ne pas avoir connaissance de l’interdiction de la vape en Thaïlande au moment des faits, en disant : « Tout cela pour avoir détenu une vapoteuse ! Ce n’est que par la suite que nous avons appris que c’était interdit ». Cela lui a valu de dépasser les décors de carte postale pour découvrir le fonctionnement judiciaire et pénal du pays…
Déroulement des faits présenté par la victime
Cette touriste française a en fait confié à Nice Matin « J’avais à la main ma cigarette électronique. Quatre policiers nous ont arrêtés. Ils m’ont arraché des mains la vapoteuse en nous réclamant 40.000 bahts de la main à la main, le tout dans un anglais baragouiné. J’ai refusé de payer. [..] Je pensais être dans mon bon droit et j’étais loin de m’imaginer l’ampleur que la situation prendrait. » Elle fut alors embarquée, menottée et déposée au commissariat. « Mon père a pu, par le biais de son avocat, joindre l’ambassade de France qui a envoyé un traducteur. […] Mes parents ont dû payer 43.000 baths pour avoir droit à ce service ! » Son passeport fut confisqué, puis elle fut condamnée à payer l’équivalent de 23 euros pour être libérée. Le 11 février, veille programmée du retour de la famille en France, le service de l’immigration leur annonça que Cécilia devait être expulsée. Elle fut alors transférée seule à Bangkok et incarcérée pendant quatre jours et trois nuits dans des conditions qu’elle a dénoncées : « J’ai été écrouée dans une pièce de soixante-dix mètres carrés encerclée de barreaux, où nous étions soixante femmes à cohabiter avec douze ventilateurs dans une température assommante de quarante degrés. […] On dormait par terre sur un sol terreux, très sale, sans matelas, sans draps. […] La nourriture était jetée par des fentes à travers le grillage comme dans les cachots du Moyen-Age. Pour boire, c’était dans de vieux pots de peinture. » Elle a finalement pu embarquer mi-février dans un vol direction la France pour quitter la Thaïlande.
Une confrontation éprouvante à la corruption
La jeune femme a vécu une expérience éprouvante d’après son témoignage, et ce parce qu’elle a estimé que le traitement qui lui a été accordé était disproportionné par rapport à sa possession d’une vapoteuse, mais aussi par le choc lié à la découverte du système judiciaire et pénal thaïlandais, notamment l’ambiance de corruption policière et les dures conditions d’emprisonnement. Un choc qui peut se comprendre mais qui ne peut remettre en question sa comparution devant la justice thaïlandaise au regard de la loi. Le traitement reçu, d’après les informations reçues du Vaping Post par le consulat de Thaïlande, était « une procédure de comparution immédiate devant un tribunal de police dans le cadre d’un flagrant délit. Du moins, son équivalent en droit thaïlandais » parfaitement légale en cas de possession d’une cigarette électronique en Thaïlande et donc non disproportionnée au regard de leur législation. Le témoignage de Cécilia Cornu montre par contre le problème de la corruption en Thaïlande, avec les tentatives d’extorsion d’argent citées à plusieurs reprises, un phénomène très présent dans le pays. Car si être condamnable par la loi pour un délit commis est tout-à-fait normal, il est en revanche possible de s’interloquer sur le fait de subir plutôt les conséquences du refus de donner un pot de vin à un policier véreux au pays du bakchich, que celles d’une possession de cigarette électronique dans un pays où c’est interdit. Reste que cette situation n’a malheureusement rien d’original en Thaïlande, et c’est pourquoi il est toujours nécessaire de prendre le plus d’infos possible sur un pays avant de s’y rendre, histoire d’éviter toute mauvaise surprise.
Un pays aux lois strictes

La Thaïlande est un état souverain qui est doté d’une constitution et de son propre système législatif. C’est plus précisément une monarchie constitutionnelle dont le Roi (chef de l’état) est Rama X (Maha Vajiralongkorn) depuis le 2 décembre 2016. Ce pays est fortement militarisé depuis un coup d’état militaire en 2014 qui a permis à la junte de remplacer le gouvernement élu dénoncé pour sa corruption et les problèmes économiques qu’il a engendrés, et de placer à la tête du nouveau gouvernement le Général Prayuth Chan-O-Cha. Mais la situation économique de la Thaïlande reste inchangée et la corruption très présente dans ce pays sous tension qui connaît une véritable désillusion à l’égard de la classe politique. La junte a en fait passé cinq ans à pérenniser son pouvoir en rédigeant une nouvelle constitution leur permettant de contrôler le gouvernement élu et en militarisant la société thaïlandaise dans le but de contrôler les mouvements politiques. Des élections sont toutefois d’actualité en Thaïlande, annoncées par la commission électorale au 24 mars 2019, avec une opposition très affaiblie qui laisse penser que le pouvoir aux mains de l’armée n’est pas près de s’arrêter. La population thaïlandaise se heurte donc à une armée réactionnaire et à une bureaucratie corrompue et se voit privée de bon nombres de libertés, avec une règlementation très stricte sur la vape depuis 2014. Bien entendu, quiconque entre sur le territoire thaïlandais est tenu de respecter les lois du pays, au même titre que les habitants.
Quelle est la législation thaïlandaise sur la vape ?
France-Diplomatie, site du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, présente de manière très claire les risques encourus en lien avec la cigarette électronique en Thaïlande : « Les cigarettes électroniques, les e-baraku et tous les produits qui leur sont liés sont interdits d’importation en Thaïlande. La vente et la fourniture de services relatifs à ces produits sont également prohibées. Le contrevenant à cette réglementation s’expose à une amende et à une peine de prison de 10 ans. » « Les cigarettes électroniques et tous les produits qui lui sont liés sont interdits en Thaïlande. Leur utilisation peut conduire à une saisie et expose le contrevenant au paiement d’une amende ainsi qu’à une peine de prison. La législation est très stricte et plusieurs ressortissants français ont été condamnés dans ce cadre. » Cette information aurait évité cette mésaventure à Cécilia Cornu, la victime n’ayant en fait simplement pas respecté une loi en vigueur. Peut-être qu’un jour la vape ne sera plus interdite en Thaïlande, suite à une demande de sa légalisation effectuée par l’ESCT le 8 octobre 2018, examinée par le Ministère du Commerce de Thaïlande. Elle permettrait de règlementer le marché clandestin et de mettre en place des taxations appropriées, pour un gain économique et pour redorer l’image touristique du pays. En attendant, respecter l’interdiction reste la plus sûre des solutions !
Vapoteur : quels précautions prendre avant de partir à l’étranger ?

Ce qu’il faut retenir de cette mésaventure est que voyager n’est pas un acte anodin est qu’il faut à minima se renseigner sur la situation du pays où l’on s’apprête à se rendre, sur ses interdictions majeures et sur ses pratiques culturelles. Pour cela, il est vivement recommandé de récolter des infos officielles en allant sur France-Diplomatie, le site du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, dans la partie « Conseil aux voyageurs » en faisant une recherche par pays. Le site synthétise en effet tout ce qu’il faut savoir impérativement et fait donc aussi mention des informations sur les interdictions de vaper dans les pays concernés. Autre avantage, il permet de s’enregistrer sur Ariane avant tout départ afin de signaler gratuitement et facilement son déplacement à l’étranger auprès du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, d’indiquer une personne à prévenir en cas de besoin, de recevoir des recommandations de sécurité par mail si la situation dans le pays le justifie mais aussi d’être contacté en cas de crise émergente dans le pays de destination.
Notre guide de voyage du vapoteur
Parce que savoir si l’on peut vaper ou pas dans le pays où l’on veut se rendre n’est pas la seule question qui peut venir en tête à un vapoteur pendant des préparatifs de voyage, retrouvez notre guide du vapoteur en vacances ! Vous y trouverez tout ce qu’il faut savoir sur les produits à ne pas oublier dans sa valise de vapoteur, des informations sur le matériel autorisé en avion, ainsi que les pays vape-friendly et ceux déconseillés à ceux qui ne peuvent pas se passer de la vape. De quoi s’éviter bien du stress !
Alors, amis vapoteurs, êtes-vous refroidis à l’idée de voyager avec votre matériel préféré ou pensez-vous avoir toutes les clés pour un séjour à l’étranger en toute tranquillité ?

