
Après trois ans de recherche, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié, le 4 février 2026, l’édition 2025 de son rapport d’expertise collective relatif à l’évaluation des risques pour la santé liés aux produits du vapotage.
Un document de près de 700 pages, qui compare les risques sanitaires du vapotage à ceux du tabagisme, pour apporter un éclairage scientifique aux consommateurs et adresser des recommandations justes aux pouvoirs publics et aux professionnels de santé. Ce rapport, aux conclusions rassurantes, a malheureusement fait l’objet d’un communiqué de presse maladroit.
Coup d’œil.
Risques sanitaires du vapotage : un communiqué de presse maladroit de l’ANSES

Alors qu’il dresse un bilan rassurant à propos des risques sanitaires du vapotage, le rapport de 700 pages de l’Agence nationale de sécurité sanitaire a fait l’objet d’un communiqué de presse maladroit, à contre courant de ses conclusions, qui occulte totalement la comparaison de la toxicité de la cigarette électronique à celle du tabac présente dans le rapport complet, pourtant cruciale.
« L’Anses identifie des risques possibles pour les vapoteurs, notamment des effets cardiovasculaires, respiratoires et cancérogènes y compris en l’absence de nicotine dans les produits. Ces risques sont liés à l’inhalation répétée de substances toxiques présentes dans le e-liquide ou qui se forment lors du vapotage. Au regard des risques identifiés, l’Anses recommande d’écarter toute action susceptible d’inciter au vapotage, en particulier envers les non-fumeurs et les jeunes […] et d’éviter toute forme de banalisation de la cigarette électronique. »
Ce communiqué a provoqué une déferlante d’articles aux titres alarmistes dans les médias, allant jusqu’à déclarer que « la vape tue », provocant l’indignation de professionnels de santé comme Alice Descheneau, présidente de la Société Francophone de Tabacologie et Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction, ainsi que la fédération interprofessionnelle de la vape (FIVAPE), qui a profité de sa sollicitation par des journalistes pour rétablir la vérité en rappelant les véritables conclusions du rapport, qui ne transparaissent étonnamment pas dans le communiqué.
L’ANSES a défendu, sans vraiment parvenir à convaincre, son communiqué de presse en arguant d’une volonté de mettre en avant les risques pour le grand public, ou plutôt pour les non-fumeurs :
« Il y a une condensation. Nous passons d’un rapport de 700 pages à un communiqué d’une page, donc il y a des choix qui sont forcément faits. […] L’angle qui a été pris pour le communiqué était d’embrasser le grand public et de mettre en avant les risques pour cette population. »
Les vraies conclusions de l’ANSES sur les risques pour la santé liés aux produits du vapotage

Dans son rapport complet sur les risques sanitaires du vapotage, qui traite autant des effets cancérogènes, cardiovasculaires et respiratoires de la vape, que des conséquences pour les femmes enceintes et leurs fœtus de l’utilisation d’une cigarette électronique, l’ANSES tire des conclusions claires, et tout sauf alarmistes. La vape est présentée comme une réduction des risques majeure et reconnue par rapport au tabagisme, et une aide pouvant être recommandée aux fumeurs ou vapofumeurs, y compris les femmes enceintes, sous certaines conditions.
« Les principales conclusions confirment que, comparé au tabagisme, le vapotage induit globalement un moindre niveau de risques liés aux substances toxiques par rapport au tabac fumé. Concernant l’exposition à la cigarette électronique, on notera les points suivants toutefois :
- – Effets probables pour certains marqueurs cardiovasculaires ;
- – Effets possibles sur les voies respiratoires et la cancérogenèse ;
- – Effets possibles sur le développement cardiovasculaire et respiratoire du fœtus exposé in utero ;
- – Aucune catégorie d’effet ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, celles observées pour le tabac fumé ; la combustion absente reste l’avantage majeur du vapotage. »
« Recommandations pour les non-fumeurs, anciens fumeurs : ne jamais (re)commencer ni à fumer ni à vapoter. »
« Recommandations pour les fumeurs ou vapofumeurs : arrêter de fumer ou demander de l’aide à des professionnels de santé pour y parvenir.
- Les professionnels de santé pourront proposer un accompagnement et une prise en charge par des dispositifs médicaux (gommes, patch, etc.) ou des médicaments.
- Si le fumeur a des difficultés à arrêter via cette approche médicale, la cigarette électronique peut être une solution alternative (dans un esprit de réduction des risques par rapport à la cigarette conventionnelle) sous certaines conditions. »
Comme l’a souligné le Pr Bertrand Dautzenberg sur le réseau social X, l’ANSES a réalisé « un rapport scientifique de qualité, donc nuancé, qui sépare bien certitudes et hypothèses. » Un rapport qui ne peut donc pas être résumé de façon simpliste comme l’a fait la presse, en taisant, sans objectivité aucune, par recherche de buzz, la réduction des risques que le vapotage permet par rapport au tabagisme.
L’ANSES rappelle ainsi dans son rapport que les connaissances actuelles permettent de conclure que les effets associés à l’usage de la cigarette électronique ne sont pas d’une gravité équivalente à ceux provoqués par le tabac. L’organisme précise qu’aucun cancer lié à l’utilisation de la cigarette électronique n’a en effet pu être observé chez les humains comme dans l’ensemble des études animales menées sur le sujet, après 15 ans d’usage. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a également conclu, après de longs travaux de recherche, qu’aucune causalité n’a pu être démontrée entre vapotage et maladies chroniques comme le BPCO ou l’hypertension. Des observations rassurantes, qui n’empêchent pas à l’agence de faire un appel à la vigilance :
« Bien qu’il existe des substances présentes dans l’aérosol qui soient spécifiques au vapotage, de nombreuses substances nocives présentes dans la fumée de tabac sont absentes des émissions de vapotage, et lorsque certaines de ces substances sont détectables dans les aérosols de cigarettes électroniques, leurs concentrations sont significativement plus faibles que celles mesurées dans la fumée de cigarette conventionnelle. Néanmoins, la présence de composés toxiques dans les émissions, ainsi que d’une substance addictive comme la nicotine, imposent une vigilance. »
Les recommandations de l’ANSES à retenir

Communiquer les conclusions rassurantes du rapport auprès du grand public pour corriger la mauvaise perception des risques sanitaires du vapotage
Ayant observé dans le dernier Baromètre Cancer (2023) une perception erronée des risques sanitaires du vapotage par la majorité des Français, qui croit à tort qu’utiliser une cigarette électronique est tout aussi voire plus dangereux que fumer, l’ANSES et son comité d’experts spécialisé ont invité le gouvernement à informer la population à ce sujet, pointant de fait du doigt que la communication publique sur la cigarette électronique en France n’est pas objective. Si cette recommandation n’a étonnamment pas été respectée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire elle-même pour son propre communiqué de presse, elle a tout de même le mérite de figurer dans l’édition 2025 de son rapport.
« D’après le dernier Baromètre Cancer (2023), dans la majorité de la population générale, les risques liés à la cigarette électronique sont perçus comme équivalents ou plus graves que ceux liés au tabac fumé. Cette perception va à l’encontre des conclusions de cette expertise. Il est donc important de communiquer et diffuser les conclusions de ce rapport auprès des différentes populations. »
Communiquer aussi auprès des professionnels de santé
L’ANSES estime qu’il est également indispensable que tous les professionnels de santé soient informés des conclusions rassurantes de son dernier rapport sur les risques sanitaires du vapotage afin qu’ils puissent décider en tout état de cause de proposer l’usage de la cigarette électronique à leurs patients dans leur processus de sevrage tabagique. L’Agence nationale de sécurité sanitaire ne leur adresse donc pas de recommandations généralistes mais préfère les laisser juges de la pertinence du vapotage pour leurs patients, au cas par cas.
Ne pas prendre de mesures coercitives inutiles sur le plan sanitaire
L’ANSES a mis en garde les pouvoirs publics contre toute taxation excessive des e-liquides, et toute mesure coercitive disproportionnée, qui restreindrait l’utilisation de la cigarette électronique par les fumeurs, non indispensable pour garantir la sécurité des produits sur le marché ou protéger les adolescents, puisqu’appliquer rigoureusement l’interdiction de vente aux mineurs suffirait à le faire.
L’agence préconise notamment de ne pas interdire tous les arômes hormis ceux goût tabac, afin de conserver la différenciation nette existant actuellement entre tabac et produits du vapotage, mais d’interdire seulement des molécules aromatiques précises, à chaque fois que leur dangerosité aura été scientifiquement prouvée.
Suivre l’évolution des produits du vapotage pour adapter la règlementation dès que nécessaire
L’ANSES recommande aux pouvoirs publics de systématiser le contrôle des produits du vapotage commercialisés en France, et de mettre en place un dispositif de veille et d’enquêtes régulières, en collaboration étroite avec les acteurs du marché, afin de suivre l’évolution des e-liquides, des dispositifs et des pratiques de vapotage. L’objectif de ce dispositif est de rendre possible de façon rapide l’adaptation de la réglementation française pour assurer une meilleure sécurité sanitaire aux consommateurs.
Renforcer l’encadrement actuel des e-liquides et des cigarettes électroniques
Si l’ANSES ne recommande pas de rendre obligatoires pour tous les fabricants d’e-liquides les normes volontaires de composition des e-liquides actuellement en vigueur, à savoir les normes AFNOR NF XP D90-300-2, NF EN 17647 et NF EN 17648, mais encourage les fabricants à s’inscrire dans une démarche de certification indépendante, son comité d’expert spécialisé (CES) qui a largement contribué à ce rapport, lui, oui. Le CES invite en parallèle, par conséquent, à étoffer la liste des substances interdites dans la composition des e-liquides.
« Le secteur du vapotage comprend aujourd’hui plusieurs normes volontaires qui contribuent à l’amélioration de la qualité et la sécurité des produits pour les consommateurs. Le CES recommande d’inscrire dans la réglementation le respect de ces normes. […] Les substances entrant dans la composition des e-liquides doivent être sélectionnées au regard de leur absence d’effet néfaste non seulement en tant que substances initiales, mais également en tenant compte de leurs produits de dégradation et de leur potentiel addictif. Ce principe doit dépasser le simple respect des interdictions existantes et s’appuyer sur les normes de composition des e-liquides actuellement en vigueur, considérées comme un socle minimal. »
Le CES recommande aussi aux fabricants de cigarettes électroniques de fournir des consignes claires aux utilisateurs concernant le remplacement régulier des résistances et composants soumis à l’usure pour garantir leur sécurité sanitaire, tout en continuant à s’appuyer sur les normes XP D90-300-1 et XP D90-300-3 qui assurent sécurité et qualité aux dispositifs de vapotage actuellement commercialisés, en précisant :
« La composition des résistances doit être maîtrisée et exempte d’éléments métalliques toxiques. Les dispositifs doivent intégrer des systèmes de régulation garantissant une maîtrise des températures de chauffe et des plages de puissance, afin de limiter la formation de substances indésirables. »
La FIVAPE soutient les recommandations de l’ANSES
La FIVAPE a d’ores-et-déjà réagi, en saluant la profondeur du travail mené par l’ANSES et son comité d’expert spécialisé, et le bien-fondé de leurs recommandations. La fédération interprofessionnelle a souligné que la suggestion de rendre obligatoires ces normes de fabrication, portées depuis dix ans par les professionnels indépendants, constitue une reconnaissance de leur utilité, et valident le sérieux et la responsabilité de la filière française du vapotage.
Toxicité de la cigarette électronique : 112 études retenues par l’ANSES pour un aperçu complet

L’ANSES a dû se pencher sur 2500 études pour établir son rapport actualisant les connaissances scientifiques disponibles sur les effets sanitaires du vapotage, et, plus en détails, sur 598 études traitant des effets cancérogènes de la vape, 600 études en rapport avec les effets cardiovasculaires des produits du vapotage, 1345 travaux concernant les effets respiratoires des aérosols des cigarettes électroniques et 32 écrits au sujet des effets du vapotage en cours de grossesse sur la femme enceinte et sur le fœtus.
Une tâche de grande ampleur assurée par le groupe de travail « Produits du tabac et du vapotage » (GT TABAC), rattaché au comité d’experts spécialisé « Évaluation des risques chimiques liés aux articles et produits de consommation » (CES CONSO) de l’organisme, composés de multiples spécialistes, tels que des toxicologues, des neurobiologistes, des chimistes, des médecins généralistes, des directeurs de recherche, et plus encore. Leur travail a permis de faire ressortir 112 études de qualité et de fiabilité suffisantes, dont 25 sur les effets cancérogènes du vapotage, 28 sur ceux cardiovasculaires, 27 sur ceux respiratoires et 32 sur ceux dans le cadre d’une grossesse, toutes passées au peigne fin par l’ANSES.
Effets cancérogènes du vapotage : pas de lien causal

L’ANSES se montre prudente vis à vis des effets cancérogènes du vapotage. Si l’agence conclue en effet qu’en l’état actuel des connaissances, aucune étude n’a mis en évidence un lien causal entre le vapotage et le développement de tumeurs cancéreuses, aucun cancer n’ayant pu être observé en 15 ans d’observation chez des vapoteurs ou des animaux soumis à des études, elle n’exclue toutefois pas totalement la possibilité que l’utilisation d’une cigarette électronique puisse contribuer à développer un jour un cancer, en raison de la nécessité de décennies d’observation pour une évaluation fiable de ce risque, et de l’existence de travaux expérimentaux qui « montrent la survenue possible de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse […] mais ne permettent ni de prédire la survenue d’un cancer, ni d’établir un lien de causalité. »
« Aucune étude menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs. […] Si certains effets observés invitent à la vigilance, ils ne permettent pas de conclure à un possible effet cancérogène de la cigarette électronique à ce jour. Mais la survenue de certaines modifications biologiques compatibles avec le développement de tumeurs est possible. […] Le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel. Les données actuelles obtenues chez l’humain, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (quelques mois à quelques années dans les études examinées), ne permettent pas d’évaluer ce risque. […] Le processus de cancérogenèse ne dépend pas seulement d’une exposition isolée à un ou plusieurs facteurs de stress : il résulte d’interactions complexes entre des facteurs environnementaux, des prédispositions génétiques, des mécanismes biologiques (inflammation chronique, stress oxydant, altération des voies de réparation de l’ADN), et nécessite du temps. »
80 à 100 % d’aldéhydes cancérogènes en moins dans les émissions des cigarettes électroniques par rapport à la fumée de tabac
Pour tenter de quantifier de façon plus précise les risques cancérogènes du vapotage face à ceux du tabagisme, l’ANSES s’est concentrée sur la mesure de composés organiques volatils (COV), et plus particulièrement de six aldéhydes connus pour leur toxicité, présents dans le tabac comme dans la vapeur : acétaldéhyde, acroléine, formaldéhyde, furfural, glyoxal et propionaldéhyde. Parmi eux, trois sont considérées comme des cancérogènes avérés ou probables. Leur rapport rend compte que leur quantité est réduite de 80 à 100 % dans le cadre du vapotage par rapport au tabagisme.
« Si l’on compare avec la cigarette fumée, le vapotage conduit à une forte réduction de l’exposition aux aldéhydes dans les émissions : de 80 à près de 100 %. […] S’il est vrai que, de manière générale, réduire l’exposition permet de réduire le risque, celui-ci ne diminue pas forcément au point d’atteindre le seuil à partir duquel le risque peut être exclu. »
L’agence précise que les vapoteurs les plus à risques sont ceux les plus exposés en raison de critères matériels comme les réglages utilisés et l’entretien apporté à leur cigarette électronique. La réduction massive de l’exposition au formaldéhyde, à l’acétaldéhyde, à l’acroléine et au furfural réduit toutefois proportionnellement le nombre de personnes à risques liés à l’inhalation de ces substances. Ce même phénomène n’est par contre étonnamment pas constaté par l’ANSES pour le propionaldéhyde et le glyoxal, avec une réduction du nombre de personnes à risques presque nulle (0,6 % et 4,2 %) malgré des baisses de concentration respectives de 79 % et 99 % de ces deux substances dans les produits du vapotage par rapport au tabac. L’agence ne s’explique pas ces chiffres, qu’elle considère comme une anomalie.
Effets cardiovasculaires du vapotage : pas de preuves satisfaisantes

L’ANSES indique dans son rapport qu’il n’existe à ce jour il n’existe aucune preuve satisfaisante reliant le vapotage à un risque accru de développer une maladie cardiovasculaire chronique comme l’hypertension ou une coronaropathie, ou de subir un évènement vasculaire grave comme un infarctus ou un accident vasculaire cérébral (AVC). Aucune étude n’a dont encore démontré de causalité entre l’utilisation d’une cigarette électronique et la survenue de telles pathologies.
Si les auteurs du rapport ont observé une augmentation du rythme cardiaque et de la pression artérielle, une diminution du bon fonctionnement des vaisseaux sanguins, et une rigidité supérieure à la normale des artères dans le cas d’une exposition courte (inférieure à 3 mois) comme prolongée (supérieure à 3 mois) aux aérosols des cigarettes électroniques, il s’agit d’effets cardiovasculaires réversibles déjà attribués à la nicotine, et observés notamment avec les substituts nicotiniques, qui ne sont par conséquent ni spécifiques au vapotage, ni qualifiables de pathologiques.
« Bien qu’une élévation de la pression artérielle ait été observée dans plusieurs études, le poids des preuves reste insuffisant pour conclure à un lien direct avec la survenue d’une hypertension au sens clinique du terme, qui suppose une élévation persistante dans le temps. À ce jour, le lien entre des effets, qui sont des réponses de l’organisme au vapotage et qui ne peuvent être qualifiés de pathologiques, et l’émergence de maladies chroniques, comme l’hypertension ou les coronaropathies, ou la survenue d’événements vasculaires reste à démontrer. »
Effets respiratoires du vapotage : pas de preuves concluantes

L’ANSES n’a pas trouvé de preuves concluantes établissant un lien de cause à effet entre une exposition courte comme prolongée aux émissions d’une cigarette électronique et l’émergence de maladies respiratoires, à savoir la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’asthme et la bronchite. Elle n’a pas non plus réussi à relier directement d’autres effets sur la fonction pulmonaire et des symptômes comme la toux et le sifflement à l’utilisation de la cigarette électronique.
Les auteurs du rapport ont rencontré plusieurs difficultés lors de l’évaluation des effets respiratoires du vapotage, notamment l’asthme et la bronchite, les études disponibles sur le sujet présentant des durées d’observation trop courtes pour des maladies chroniques, et des biais méthodologiques (historique tabagique non renseigné ou non pris en compte) empêchant de distinguer le rôle du vapotage de celui du tabagisme dans la survenue de ces maladies, et d’établir un lien de causalité fiable. Concernant plus spécifiquement la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), de causes multifactorielles (tabagisme, exposition à la pollution environnementale ou à des agents irritants dans la sphère professionnelle, facteurs génétiques rares), le rapport de l’ANSES précise :
« [Certaines études in vivo ont mis en évidence] des marqueurs précoces compatibles avec les mécanismes physiopathologiques impliqués dans la BPCO, ce qui justifie un niveau de preuve qualifié de possible. L’absence d’études longitudinales des sujets « jamais fumeurs » rend difficile toute conclusion spécifique à l’exposition au vapotage. De tels travaux sont donc indispensables pour évaluer spécifiquement le rôle de la cigarette électronique dans la survenue de cette maladie très fortement liée au tabac chez ces sujets. »
Grossesse et vapotage : de possibles effets cardiovasculaires et respiratoires sur le fœtus, en particulier en présence de nicotine

L’ANSES se veut extrêmement claire dans les conclusions de son rapport en rappelant que le tabagisme est bien plus dangereux pendant la grossesse que le vapotage. L’agence recommande cependant aux femmes enceintes d’arrêter de fumer à l’aide des substituts nicotiniques traditionnels et d’un professionnel de santé, et de réserver l’utilisation de la cigarette électronique aux seules situations d’échec avec la première méthode.
« Si [la femme enceinte] n’y parvient pas, la cigarette électronique peut être envisagée comme une alternative pour un arrêt complet de la cigarette fumée, dans le cadre d’une réduction des risques. Toutefois, les risques du vapotage sur la descendance existent même s’ils sont moindres que ceux du tabac fumé. »
C’est parce que les auteurs ont observé de possibles effets cardiovasculaires et respiratoires sur le fœtus en cas d’utilisation d’une cigarette électronique par la femme enceinte pendant la grossesse.
« [Le vapotage d’une femme enceinte] pourrait entraîner de possibles effets cardiovasculaires et respiratoires délétères sur la progéniture. […] Ces observations doivent être interprétées avec précaution car elles proviennent essentiellement de modèles expérimentaux. Néanmoins, elles soulignent une vulnérabilité du fœtus aux substances générées par les émissions des cigarettes électroniques, en particulier en présence de nicotine. »
L’ANSES précise à ce sujet que les effets du vapotage pour les nourrissons exposés aux substances de produits du vapotage du fait d’une mère vapoteuse ont été difficiles à évaluer, en raison de la seule disponibilité au moment de l’analyse d’études expérimentales sur des rongeurs, alors que des études sur au moins une espèce non-rongeur sont nécessaires pour pouvoir mettre en évidence avec certitude des effets sur le développement de l’enfant. L’agence tempère aussi ses conclusions en rappelant que les effets du vapotage observés pendant la grossesse sont surtout attribués à la nicotine, présente aussi dans les substituts nicotiniques officiels recommandés aux femmes enceintes fumeuses.
