
Alors que les institutions françaises font encore preuve de réserve vis à vis du rôle à jouer de la cigarette électronique dans l’accompagnement du sevrage tabagique, le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) a pris le contrepied des discours habituels sur la vape dans un livret à destination des professionnels de santé, pour les informer correctement.
Publié en mars 2026, il s’appuie sur les données probantes actualisées de la science.
Coup d’œil.
Le RESPADD, au cœur des politiques publiques de lutte contre le tabagisme depuis 1996

Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) est une association à but non lucratif mandatée par l’État français pour mettre en œuvre la politique publique du Programme National de Lutte contre le Tabac 2023-2027 au sein des établissements de soins via la stratégie « Lieu de santé sans tabac ». Il fédère plus de 600 Lieux de santé (hôpitaux, cliniques, maisons de santé, établissements médico-sociaux, etc.) engagés dans la prévention et la prise en charge des addictions, dont le tabagisme, et est par conséquent respecté par les professionnels de santé.
Les cotisations des établissements adhérents, les subventions de fonctionnement apportées par la Mutuelle Nationale Hospitalière (MNH) et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), ainsi que des fonds versés par le Ministère de la santé, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les conduites addictives (MILDECA) ou l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), tel que le Fonds de lutte contre les addictions, créé au sein de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie, assurent le financement du RESPADD.
Le saviez-vous ?
Anciennement Réseau Hôpital Sans Tabac (RHST), le RESPADD a été fondé en 1996 par l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) et la MNH (Mutuelle Nationale Hospitalière), à la suite de la loi Evin (1991), pour prévenir et prendre en charge le tabagisme des soignants et patients dans les établissements hospitaliers.
Pourquoi le RESPADD a-t-il publié L’essentiel sur la vape ?

« Ce livret présente l’essentiel des informations à connaître sur la vape, en se basant sur les données actualisées de la science. Il rappelle sa composition, ses niveaux de consommation ou encore son utilisation comme outil d’aide au sevrage tabagique. »
Le RESPADD a pour mission d’informer et de sensibiliser les établissements de santé sur les pratiques addictives, mais aussi de les accompagner dans l’organisation de la prise en charge des personnes concernées par ces addictions, dont le tabagisme. Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions est d’ailleurs un organisme de formation agréé pour intervenir auprès du personnel soignant médical et paramédical, des cadres de santé et des professionnels du travail social.
C’est pour répondre à cette mission d’accompagner les soignants en leur communiquant des protocoles de soins qui fonctionnent pour le sevrage tabagique, que le RESPADD a décidé de publier en mars 2026 L’essentiel sur la vape. Informations clés pour mieux comprendre le vapotage, un livret qui synthétise, en 8 pages, tout ce qu’il faut savoir sur la vape, de sa réglementation à son efficacité dans le sevrage tabagique, en passant par sa sécurité sanitaire.
Basée sur les données probantes actualisées de la science (rapport de l’Anses, revue systématique avec méta-analyse Cochrane, chiffres de l’OFDT, etc.) et sourçant chacune de ses affirmations pour prouver son objectivité, cette documentation nécessaire rétablit la vérité des connaissances sur la cigarette électronique en France à l’heure où d’autres institutions gouvernementales laissent encore planer l’illusion d’un manque de données pour la tenir à l’écart des protocoles de soins.
Le RESPADD documente l’efficacité de la vape pour le sevrage tabagique

Après une présentation du fonctionnement de la cigarette électronique, de la composition des e-liquides, et des chiffres du vapotage en France, le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions consacre une partie de son livret à l’efficacité de la vape pour arrêter de fumer. Loin d’affirmer, comme la Haute Autorité de Santé, qu’il n’y a « pas de preuve scientifique suffisante permettant d’affirmer que les produits du vapotage puissent constituer une aide à l’arrêt de la consommation de tabac », le RESPADD communique sur une efficacité réelle de la cigarette électronique en tant qu’outil de sevrage tabagique, rigoureusement documentée scientifiquement.
Le RESPADD cite comme source l’étude de Lüthi et al. de 2025 menée à la demande de la Société francophone de tabacologie (SFT), qui a permis d’identifier des points de consensus parmi 87 experts francophones en tabacologie, à savoir que la vape est efficace pour l’arrêt du tabac (avec une abstinence de 6 mois ou plus), que son rapport bénéfice-risque est favorable dans le cadre du sevrage et qu’elle réduit très probablement les risques associés au tabagisme lorsque celui-ci est complètement arrêté.
L’association rappelle que de nombreuses autres études, notamment l’étude de Lindson et al. de 2025, indiquent que l’utilisation d’une cigarette électronique avec nicotine augmente les chances de réussite lors d’une tentative d’arrêt du tabac et que cette méthode est même plus efficace que les substituts nicotiniques ou qu’un accompagnement comportemental seul. Des chercheurs ont en effet observé que la vape augmente de 59 % les chances d’arrêt du tabac à 6 mois par rapport aux substituts nicotiniques (10 % de succès contre 6 % avec les substituts nicotiniques).
Les arômes, utiles pour le sevrage d’après le RESPADD

Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions précise dans son livret que les arômes jouent un rôle important dans l’efficacité du vapotage pour le sevrage tabagique. Loin de prôner une restriction des arômes contenus dans les e-liquides, le RESPADD explique qu’ils ont un effet distracteur prouvé par la science, notamment par une étude de Mok et al. de 2023. Entendez par là qu’ils rendent l’expérience de vapotage plus agréable et peuvent faciliter le sevrage tabagique.
L’association rappelle aussi dans son livret à destination des professionnels de santé qu’aux États-Unis, les politiques restreignant les arômes dans les e-liquides ont été scientifiquement associées à une baisse du vapotage ainsi qu’à une hausse compensatoire du tabagisme, notamment dans une étude de Cheng et al. de 2025.
Le RESPADD documente la sécurité sanitaire des produits du vapotage

Une autre partie du livret du Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions est dédiée à la sécurité sanitaire des produits du vapotage. Sur ce point, le RESPADD reste totalement objectif en présentant la vape non pas comme un produits sans risques, mais comme un outil d’aide à l’arrêt du tabac dont la balance bénéfice-risque est favorable dans le cadre d’un sevrage. Le RESPADD précise que les émissions des cigarettes électroniques ne contiennent pas autant de substances toxiques que la fumée de tabac (qui en compte des milliers), et qu’elles ne provoquent pas de vapotage passif, contrairement à cette dernière, responsable de tabagisme passif.
Là encore, le RESPADD prouve ses dires en s’appuyant sur des données probantes, à savoir sur le dernier rapport d’expertise collective de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) datant de 2025, qui a conclu qu’au regard des connaissances actuelles, les aérosols des cigarettes électroniques entraînent moins d’effets nocifs que la fumée de tabac pour les différents effets étudiés (cardiovasculaires, respiratoires, cancérogènes) et n’ont causé aucun cas de cancer avéré chez l’humain, et qu’il vaut donc mieux vapoter que fumer.
L’association partage également dans son livret les recommandations de l’Anses, à savoir de réserver l’usage de la cigarette électronique aux seuls fumeurs, dans une démarche de sevrage tabagique, avec un objectif d’arrêt complet du tabac puis, à terme, du vapotage.
Une sécurité sanitaire bien supérieure aux produits du tabac chauffé et au tabac

Le RESPADD explique dans son livret que la moindre exposition toxique en vapotant plutôt qu’en fumant est liée à l’absence de combustion lors de l’utilisation d’une cigarette électronique, qui empêche toute production de monoxyde de carbone et de goudrons, les principaux responsables des maladies liées au tabac.
L’association représente très clairement la différence entre vapotage (inhalation d’un aérosol produit sans combustion), tabagisme (inhalation d’une fumée produite par pyrolyse avec combustion complète) et utilisation de produits au tabac chauffé (inhalation d’un aérosol produit par pyrolyse sans combustion complète) dans son livret par un diagramme de Venn.
Ce dernier montre que la vape ne partage pas avec la cigarette le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone et le monoxyde d’azote, contrairement au tabac chauffé. Cigarettes électroniques et cigarettes de tabac ont seulement en commun la nicotine, le geste oral et la capacité à rendre dépendant, bien que le potentiel d’addiction de la vape soit nettement inférieur à celui du tabac.
Le RESPADD recommande des produits du vapotage respectant les normes européennes, françaises et idéalement certifiés AFNOR pour une consommation totalement sécurisée

Dans L’essentiel sur la vape, le RESPADD revient brièvement sur l’affaire des « poumons popcorn » survenue aux États-Unis dans les années 2000 à cause de la présence de diacétyle dans certains produits du vapotage, pour rappeler que cette substance est interdite dans les e-liquides français conformes à la norme AFNOR NF XP D90-300-2, et que les consommateurs doivent de préférence, pour une consommation totalement sécurisée, utiliser des produits qui répondent à cette norme, ou, à minima, des produits qui respectent la Directive européenne 2014/40/UE sur les produits du tabac ainsi que la réglementation française, et qui sont commercialisés dans des boutiques référencées et basées en France.
Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions invite également les soignants à conseiller leurs patients de limiter la puissance de leur cigarette électronique à 14 watts pour éviter une potentielle formation d’acétaldéhyde et de formaldéhyde pendant la vaporisation.
Grossesse : faut-il recommander la vape aux femmes enceintes dans le cadre d’un sevrage ?

La sécurité sanitaire du vapotage durant la grossesse pour le sevrage tabagique est également abordée par le RESPADD dans son livret à destination des professionnels de santé. L’association leur donne des recommandations claires : utiliser en première intention des traitements nicotiniques de substitution, et réserver la vape aux échecs thérapeutiques avec ces derniers, en deuxième intention, pour tenter d’obtenir un sevrage tabagique malgré tout, capital.
Ces recommandations découlent des conclusions formulées par l’Anses dans son rapport d’expertise collective de 2025, à savoir que les risques du vapotage sur la mère et son bébé sont moindres que ceux du tabac fumé, et qu’il vaut donc mieux qu’une femme enceinte vape plutôt qu’elle ne fume pendant sa grossesse, bien que les données sur le vapotage pendant la gestation soient encore limitées.
Le RESPADD démonte la théorie de l’effet passerelle chez les jeunes

Le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions consacre une autre partie de son livret à la théorie de l’effet passerelle de l’expérimentation de la vape vers la consommation de cigarettes de tabac en population adolescente, pour rappeler aux soignants qu’elle n’est pas fondée scientifiquement.
Le RESPADD explique que la forte expérimentation de la vape chez les jeunes est un marqueur de disponibilité des produits, et qu’elle produit un effet de diversion/concurrence du tabagisme, comme l’ont prouvé différentes recherches. En 2020, Chyderiotis et al. concluaient déjà que les jeunes ayant déjà vapoté sont moins susceptibles de devenir fumeurs quotidiens. En 2023, Dautzenberg et al. prouvaient que l’usage de la vape se fait principalement en alternative au tabac plutôt qu’en « passerelle » vers celui-ci, la baisse du tabagisme étant concomitante à la hausse du vapotage.
Recommandations du RESPADD pour le vapotage dans les lieux de santé

Enfin, le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions donne une liste de recommandation aux soignants vis à vis de l’organisation du vapotage dans les lieux de santé, qui rend compte de l’absence de vapotage passif, mais tient compte de la gêne possible de certains patients fragiles face aux aérosols émis par les cigarettes électroniques.
Le RESPADD préconise ainsi d’autoriser les bénéficiaires de soins à vapoter dans une chambre individuelle en dehors de la présence du personnel soignant, à condition d’émettre de la vapeur dans des proportions raisonnables, et de permettre au personnel des établissements sanitaires et médico-sociaux de vapoter dans un espace propice comme un bureau individuel, une salle de repos, ou dans une pièce dédiée à cet effet, mais pas dans les salles de soins.
L’association recommande de proposer un espace dédié au vapotage, légèrement à l’écart, dans le hall des Lieux de santé accueillant du public, ainsi que dans les cafétérias et les restaurants, pour éviter toute gêne.
Enfin, le RESPADD suggère d’instaurer une restriction de vapotage sur les lieux de passage des bénéficiaires de soins situés à l’extérieur des locaux, pour ne pas incommoder les patients les plus fragiles.
Ce faisant, le Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions a prouvé dans son livret une dernière fois que le pragmatisme au sujet de la vape doit l’emporter sur la diabolisation, pour des Lieux de santé opérationnels dans leur lutte contre le tabagisme, qui respectent les besoins des bénéficiaires de soins comme du personnel.
