Le Monde de la Vape

L'e-cigarette dite nocive par l’OMS : un rapport plus dangereux que la vape ?

Le 16 août 2019

 

 

 

 

Impossible de passer à côté de l’article de l’Agence France-Presse publié le 26 juillet 2019. En gros titre, une formulation incitant au clic, très anxiogène : « L’OMS avertit que les cigarettes électroniques sont aussi "nocives". » Très rapidement, l’information s’est répandue comme une traînée de poudre sur la toile, reprise par une ribambelle de médias, et s’est même retrouvée à la télévision avec ou sans fake news associées. Les propos repris de l’OMS ont entraîné de vives réactions en raison de leur formulation choc, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur d’autres sites d’informations spécialisés ou non au sujet du vapotage. Une foule de textes a donc vu le jour, tous ne permettant pas un accès au document officiel de l’OMS, et ne détaillant pas systématiquement les sources derrière leur argumentation.

Nous vous proposons ainsi un récapitulatif de la situation afin que vous, Takloponautes, puissiez y voir plus clair sur le sujet.

 


 

 

 

 

 

Pour commencer, rien de tel que de se pencher là où le bât blesse, c’est-à-dire sur ledit rapport édité par l’OMS nommé Report on the Global Tobacco Epidemic, 2019. Ce document de 209 pages sans compter les annexes parle bien de la cigarette électronique en pages 46-47 puis 56, 57, 58 et 59. 6 petites pages qui ont presque fait oublier le reste du rapport en prenant une ampleur phénoménale sur la toile. Il faut dire que les termes utilisés par l’Organisation Mondiale de la Santé ont été jugés choquants par bon nombre de personnes de la communauté scientifique, et pour cause : l’OMS est une organisation de santé hautement importante, reconnue et respectée dans le monde.

 

 

 

 

Le 7ème rapport de l’OMS sur l’épidémie mondiale de tabagisme est focalisé sur l’impact de l’une des six mesures MPOWER initiée en 2007 qui se cache derrière la lettre "O" : "Offer help to quit tobacco use", c’est-à-dire les efforts déployés pour permettre l’arrêt du tabagisme chez les fumeurs et leurs effets sur la santé mondiale. Il y est indiqué que le nombre de personnes protégées depuis la mise en place de cette mesure a été multiplié par quatre. Toutefois, il est évoqué une trop faible application de la mesure, avec 23 pays seulement qui proposent des services conformes aux meilleures pratiques recommandées par cette stratégie MPOWER, ce qui fait de cette dernière la moins bien mise en œuvre sur les six. Pourtant, le rapport évoque que l’aide au sevrage est très demandée par le grand public et invite ainsi à redoubler d’efforts dans le domaine des services d’aide au sevrage tabagique.

 

Toutefois, dans la stratégie MPOWER, les services d’aide au sevrage tabagique reconnus sont les aides téléphoniques nationales gratuites, les services faisant appel aux technologies mobiles, les conseils donnés par les prestataires de soins de santé primaires et les traitements de substitution à la nicotine gratuits. En aucun cas la vape n’en fait partie, mais elle est citée à plusieurs reprises dans ce rapport sous les termes d’ENDS (Electronic Nicotine Delivery System) et ENNDS (Electronic Non-Nicotine Delivery System). Dès les premières lignes à son sujet, elle est présentée comme un produit qui "simule l’acte de fumer", et qui contient des "produits chimiques pouvant être toxiques pour la santé". Très rapidement, le rapport annonce la couleur avec une phrase récapitulative : "Compte-tenu de la rareté et de la piètre qualité des preuves scientifiques, il ne peut être affirmé que les cigarettes électroniques pourraient aider la plupart des fumeurs à arrêter le tabac ou leur éviter de commencer à fumer." L’OMS affirme ensuite une position ferme au sujet de la vape : elle ne reconnaît pas les e-cigarettes comme des outils d’aide à l’arrêt du tabac.

 

 

 

 

L’organisation développe sa prise de position anti-vape en exposant la crainte pour la santé des non-fumeurs, et plus particulièrement des jeunes, qui pourraient commencer à utiliser ce genre de substitut nicotinique non reconnu officiellement. Le rapport affiche en effet en gros caractères que "La nicotine est addictive et l’usage de la cigarette électronique pourrait conduire les gens, en particulier les plus jeunes, à consommer du tabac sous des formes plus nocives". Autre point, et pas des moindres, l’OMS relie la vape à l’industrie du tabac en parlant d’une potentielle interférence de cette dernière dans la lutte contre le tabagisme par le biais d’une communication erronée sur la vape, présentée comme une alternative plus saine pour la santé alors qu’il aurait été remarqué que, dans la plupart des cas, la cigarette électronique serait utilisée en complémentarité aux produits du tabac traditionnel et non pour les remplacer.

 

En conclusion, l’OMS délivre cette recommandation à tous ses États-Membres n’ayant pas banni les ENDS : "Envisager de les réglementer comme des produits dangereux […] par exemple en les plaçant dans les produits du tabac, les produits qui imitent le tabac ou une catégorie spécifiquement définie à leur sujet.", et conclut par une phrase choc : "Parce que le niveau de risque associé à la vape n’a pas encore pu être estimé avec précision, les cigarettes électroniques sont indubitablement nocives et devraient ainsi faire l’objet d’une réglementation."

 

Allez, remontez vos mâchoires même si la pilule est difficile à avaler, le moment est venu de creuser un peu derrière
les affirmations et recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour voir ce qui s’y cache.

 


 

 

 

 

 

Une petite phrase a attiré notre attention sur le rapport de l’OMS, en page 11, mentionnant que ce document avait pu voir le jour grâce à des fonds obtenus grâce à Bloomberg Philantropies. Une phrase qui se lit en une seconde et ne marque pas les esprits. Pourtant, les mouvements d’argents à l’origine de la publication de documents officiels ne sont pas anodins et peuvent avoir un impact direct sur le contenu desdits documents. Il est en effet difficile pour une structure qui a une mission de santé publique d’aller contre l’opinion de l’un de ses financeurs, surtout si ce dernier est influent, très influent.

 

 

 

 

Nous nous sommes ainsi intéressés à Bloomberg Philantropies, fondation située à New-York qui englobe tous les dons de bienfaisance de son fondateur Michael R. Bloomberg et répartit ensuite ses ressources dans différents domaines publics. Le site officiel de la fondation nous apprend que Michael R. Bloomberg, homme d’affaires et homme politique américain classé parmi les 10 hommes les plus riches du monde qui a été par trois fois Maire de New-York, a déjà donné plus de 6 billions de dollars à une grande variété de causes et d’organisation et que Bloomberg Philanthropies a distribué pas moins de 767 millions de dollars en 2018. Michael R. Bloomberg est en fait une personnalité très influente qui a créé un groupe financier, une agence de presse spécialisée dans la finance, une chaîne de télévision, un indice boursier et un magasine hebdomadaire américain, entre autres. Il est au cœur d’un immense réseau d’intérêts économiques et politiques et l’on ne compte plus les programmes qu’il a déployé aux Etats-Unis mais aussi dans le monde pour le transformer selon sa vision de l’écologie, de la santé, de l’innovation gouvernementale, de l’éducation et des arts.

 

 

 

 

Concernant le domaine de la santé, celui qui nous intéresse ici, Michael Bloomberg est reconnu pour son implication majeure dans la lutte contre le tabagisme, pour laquelle il a déjà dépensé un budget colossal. Bloomberg Philantropies est d’ailleurs à l’origine de l’introduction des mesures MPOWER dans la lutte contre le tabagisme menée par l’Organisation Mondiale de la santé. Quelle étrange coïncidence alors que les recommandations de l’OMS rendent compte de la vision personnelle de Michael Bloomberg au sujet de la cigarette électronique ! N’en étant pas à sa première attaque, le milliardaire américain a déjà été "fiché" par le vaping post dans cet article. Si l’homme semble armé de bonnes intentions, menant d’arrache-pied depuis le début une bataille contre l’industrie du tabac, il semblerait toutefois qu’il effectue de dangereux raccourcis entre la vape et les cigarettiers, considérant la vape comme l’un de leurs chevaux de Troie depuis que l’industrie du tabac a investi dans les produits de tabac chauffé et dans la vape. Il ne tient absolument pas compte du secteur de la vape indépendante qui n’a aucun rapport avec les cigarettiers, et considère seulement que la nicotine, sous quelque forme qu’elle soit, entraîne une addiction qui pourrait à terme profiter à l’industrie du tabac.

 

 

 

 

Le rapport de l’OMS soulève une problématique qui ne touche malheureusement pas que le secteur de la lutte contre le tabagisme mais bien tous les enjeux de santé mondiaux : le problème des financements privés et des lobbies qui entraîne une perte de l’impartialité de l’OMS sur les principaux sujets de santé. Les grandes firmes pharmaceutiques et les autres financeurs, comme Bloomberg Philantropies, ont en effet un impact direct sur les prises de positions de cette organisation mondiale grâce à leurs financements qui leur permettent d’imposer leurs décisions à cette organisation dans leur propre intérêt, qui ne correspond malheureusement pas toujours à celui des populations. Dans le domaine de la lutte contre le tabagisme, la mainmise de Michael Bloomberg sur l’OMS entraîne une dangereuse non-reconnaissance de la vape car l’homme est convaincu de la nocivité des cigarettes électroniques et ne peut, du fait de son importance, rencontrer une réelle opposition pour nuancer son jugement. Les études rendant compte de l’intérêt de la vape dans le sevrage tabagique sont ainsi balayées d’un revers de la main pour ne laisser place qu’à celles qui vont dans le sens de l’opinion de Michael Bloomberg et de ses équipes.

 


 

 

 

 

 

Le consensus scientifique actuel est que le vapotage reste moins nocif que la cigarette traditionnelle, et que le vapotage supprime tous les risques du tabagisme dès lors que l'arrêt de fumer est total. Ce consensus n'est heureusement pas oublié par toutes les autorités de santé. Aussi, il est possible de s'appuyer sur de précédentes recommandations effectuées par plusieurs hautes instances à propos de la position à tenir au sujet de la vape, avec un parti-pris correspondant davantage à l’avis de grands spécialistes de la lutte contre le tabagisme et des risques tabagiques que celui de l’OMS.

 

 

 

 

Les recommandations de santé émises par de hautes autorités en France au sujet de la vape ne manquent pas et vont dans le sens opposé des affirmations de l’OMS. Le Haut Conseil de la Santé Publique lui-même dit dans un avis du 22 février 2016 nommé Bénéfices-risques de la cigarette électronique pour la population Générale que le vapotage "peut être considéré comme une aide pour arrêter" et recommande "d’informer, sans en faire publicité, les professionnels de santé et les fumeurs que la cigarette électronique est une aide à l’arrêt du tabac ; et un mode de réduction des risques du tabac en usage exclusif". Santé Publique France dispose d’ailleurs de chiffres édifiants à propos de la vape présentés dans le Baromètre de Santé Publique France 2017, puisque depuis 2011, 870 000 ex-fumeurs en France déclarent avoir cessé la cigarette grâce au vapotage.

 

 

 

 

 

La position trouble de l’OMS qui reconnaît à la fois que "les effets à long terme des inhalateurs électroniques de nicotine restent inconnus", et affirme pourtant que la vape est "incontestablement nocive" a naturellement fait riposter d’éminents spécialistes de la lutte contre le tabac et des associations d’usagers ou de professionnels de la vape. Certains ont ainsi dénoncé un problème grave de désinformation sur le vapotage, comme l’association SOVAPE, avec AIDUCE, qui ont lancé un communiqué rappelant la gravité de l’affirmation de l’OMS compte-tenu des connaissances scientifiques et médicales de plus en plus nombreuses et rassurantes et de la sûreté grandissante des produits de la vape. Ces derniers subissent en effet des contrôles réguliers en raison d’une directive européenne qui encadre la composition des eliquides et d’une norme AFNOR complémentaire.

SOVAPE et AIDUCE ont ainsi profité de ce communiqué pour rappeler les nombreux rapports scientifiques qui vont dans le sens opposé des affirmations de l’OMS, tel que Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, A report by the Tobacco Advisory Group of the Royal College of Physicians, obtenu après une prise de recul sur 200 études, qui a conclu à 95% de nocivité en moins pour la vape que pour la cigarette et pour son efficacité en tant que produit de sevrage tabagique. Le communiqué évoque également le dernier rapport de l’OFDT qui montre que l’inexistence d’une épidémie de vapotage chez les jeunes et une chute du tabagisme dans ce public pour ceux ayant expérimenté la vape.

La FIVAPE a également tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué en rappelant que "Pour en arriver à cette conclusion péremptoire, l’OMS ne se base que sur une seule source dont elle est elle-même à l’origine : un rapport sur les «inhalateurs électroniques de nicotine» datant de 2014. […] Aussi, l’OMS fait le choix délibéré de fermer les yeux sur plus de 5 ans de recherches étayées par des centaines de publications scientifiques et médicales sur le vapotage, démontrant les unes après les autres son faible niveau de risque et son efficacité. Elle a également choisi de ne pas prendre en considération les importantes évolutions technologiques qu’a connu le secteur depuis 2014."

 

 

 

 

Au cas où les déclarations précédentes ne suffiraient pas à faire taire le doute en vous, sachez que toute une communauté scientifique spécialisée a également souhaité s’exprimer suite au rapport de l’OMS afin de montrer son mécontentement et ses craintes, et de présenter sa vision de la vape. Cette vision n'est pas idéalisée et rend compte des lacunes existant encore à son sujet, tout en montrant pour tous une assurance quant à sa moindre dangerosité par rapport au tabac et de son importance dans la lutte contre le tabagisme.

 

 

Dans cette vidéo enregistrée pour RTL, le Professeur Gérard Dubois, membre de l’Académie Nationale de Médecine, explique en une phrase choc que "C’est le rapport qui est incontestablement nocif" en détaillant qu’en présentant le risque inhérent à l’utilisation d’un vaporisateur personnel comme celui d’un "pistolet à bouchon", celui lié au tabagisme correspondrait alors à "un canon de la marine".

Le tabacologue et ancien pneumologue Bertrand Dautzenberg a déploré le risque d’observer un "effet délétère sur les tentatives d’arrêt" du tabac suite au rapport de l’OMS sur Twitter et n’a pas hésité à rappeler sur France info son point de vue personnel : « "J’ai la certitude que la cigarette électronique aide à l’arrêt du tabac" forgé par observation de ses propres consultations. Ce professionnel conseille d’ailleurs lui-même la vape en complément des traitements médicamenteux en raison du succès de cette méthode. Il précise ainsi que "si beaucoup de patients abandonnent les médicaments, une majorité continuent à vapoter, parce que cette solution de substitution leur convient mieux."

Le mot de la fin revient peut-être à Jacques le Houezec, célèbre scientifique et tabacologue, qui rappelle dans un article du magazine en ligne aufeminin.com que "la vapoteuse dérange puisqu’elle permet d’arrêter de fumer dans le plaisir" alors qu’elle est un "outil extraordinaire pour sortir les fumeurs du tabagisme". Il serait donc peut-être temps d’accorder enfin à la vape une juste reconnaissance quant à l’aide qu’elle peut apporter aux fumeurs précisément parce qu’elle permet de remplacer un plaisir par un autre, moins nocif, au lieu d’infliger au fumeur la prise d’un médicament. Remplacer le tabac par un traitement médicamenteux seul revient en effet à se frotter à l’incapacité de ces substituts nicotiniques à procurer des sensations satisfaisantes à leurs utilisateurs. Ces derniers ne sont en effet pas conçus pour maintenir un plaisir olfactif et gustatif en plus de la délivrance de la nicotine et ne permettent pas de maintenir un rituel social, choses pourtant recherchées par les fumeurs.

 


 

 

 

 

L’attaque violente de l’OMS a ainsi fait couler beaucoup d’encre sur la toile pour rappeler son caractère infondé. Les explications scientifiques ne manquent pas pour se forger une opinion opposée, mais laissent toutefois malheureusement planer le doute car nombreux sont ceux qui accordent plus d’importance aux écrits officiels des grandes institutions mondiales qu’aux études scientifiques rondement menées et non financées par les industriels du tabac et les industries pharmaceutiques. Il apparaît donc urgent qu’une autre autorité vienne un jour s’opposer officiellement à ce discours qui pourrait se révéler dangereux pour la santé mondiale. En France, de nombreuses associations ont d’ailleurs dénoncé le mutisme et l’immobilisme du Ministère de la Santé de notre pays après la diffusion de ce rapport. Rappelons qu’aucune étude de grande ampleur n’est actuellement effectuée en France au sujet des cigarettes électroniques alors qu’on peut lire à tout va la nécessité que de telles recherches se poursuivent. De quoi s’inquiéter que la réduction des risques tabagiques ne soit pas près d’évoluer malgré le coup de pied dans la fourmilière initié par les médecins et les associations pour faire bouger les choses suite au rapport de l'OMS.

 

 

 

 

 

 

 

 

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