
Le 2 juillet 2026, dans son rapport annuel Charges et Produits pour 2027, la caisse nationale de l’Assurance Maladie a adressé une liste de propositions visant à sauvegarder le système de protection sociale français au ministère chargé de la Sécurité sociale et au Parlement.
Parmi elles figure l’interdiction générationnelle du tabac en France. L’Assurance Maladie préconise de rendre illégale la vente de tabac à toute personne née après 2009, en régulant en parallèle les ventes frontalières, en lien étroit avec l’Union Européenne.
Coup d’œil.
Pourquoi l’interdiction générationnelle du tabac s’est-elle glissée dans le rapport annuel Charges et Produits pour 2027 de l’Assurance Maladie ?

Chaque année, la caisse nationale de l’Assurance Maladie doit rédiger un rapport annuel Charges et Produits pour informer le gouvernement français, et plus particulièrement le ministère chargé de la Sécurité sociale, ainsi que le Parlement, de l’état du système de protection sociale de la France, afin qu’ils puissent en organiser un financement approprié.
Ce rapport paraît ainsi toujours à l’été, en amont de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) qui se déroule en automne. Très attendu par les législateurs français, il est aussi très respecté, plus de la moitié des propositions formulées dans le rapport de l’an dernier étant aujourd’hui en cours de déploiement.
Pour mener à bien sa mission, l’Assurance Maladie réalise un état des lieux précis des diverses dépenses de santé publique de la France, puis dresse une liste de propositions de réformes visant à améliorer la situation financière de la sécurité sociale française, fortement déficitaire, en réduisant la progression des dépenses de santé, y compris celles effectuées pour prendre en charge les conséquences du tabagisme.
Une proposition pour réduire l’impact du tabagisme sur le système de protection sociale français

Le tabagisme impacte en effet fortement la situation financière de la caisse nationale de l’Assurance Maladie en raison de son coût économique et social important. Un coût directement lié à son impact fort sur le développement de pathologies graves, comme les cancers, et/ou chroniques, qui nécessitent une prise en charge coûteuse par la sécurité sociale française.
Dans son dernier rapport Charges et Produits de juillet 2026 pour 2027, l’Assurance Maladie aborde d’ailleurs le coût du tabagisme pour la France par l’angle d’une pathologie chronique appartenant aux maladies cardiovasculaires et associées coûteuses pour lesquelles l’Assurance Maladie s’engage depuis plusieurs années à renforcer le dépistage précoce : la Bronchopneumopathie Chronique Obstructive (BPCO), liée au tabagisme actif dans 80% des cas.
Pour l’organisme, une seule solution est viable pour réduire drastiquement les dépenses de santé françaises liées aux maladies causées par la consommation de tabac : enrayer définitivement le tabagisme en France, en portant en priorité l’effort sur la jeunesse par l’instauration d’une mesure radicale : l’interdiction générationnelle du tabac, parce que l’entrée précoce dans le tabagisme constitue un facteur majeur de risque de dépendance durable au tabac.
Que propose exactement l’Assurance Maladie ?

« Il n’y a pas de raison d’être plus bêtes qu’eux, d’autant qu’aujourd’hui, malgré tout ce qui a été fait (affichages sur les paquets, hausse des prix…) on reste mauvais par rapport à nos voisins [en termes de consommation de tabac]. »
Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance Maladie
Lors d’une conférence de presse, le directeur général de l’Assurance Maladie a présenté le Royaume-Uni, qui a récemment fait entrer en vigueur une interdiction générationnelle du tabac, comme un exemple à suivre pour la France, mauvais élève européen dans la lutte contre le tabagisme.
Le rapport Charges et Produits de juillet 2026 pour 2027 de l’Assurance Maladie rappelle que l’interdiction de la vente du tabac aux générations qui ne l’ont pas encore expérimenté est soutenue par de nombreux acteurs en France, qui appellent à créer une « génération sans tabac », et propose donc d’interdire la vente de tabac à toute personne née après 2009 en France.
Cette mesure proposée est jugée d’autant plus importante par l’organisme que le rapport Charges et Produits 2025 pour 2026 soulignait déjà l’importance de renforcer l’application de la loi du 24 juillet 2003 interdisant la vente de tabac aux mineurs, faisant l’objet de contournements préoccupants.
Le tabagisme des mineurs en France : les chiffres à retenir
- – Plus d’un adolescent de 15 ans sur huit a fumé au moins une fois dans le mois précédent en 2022.
- – Le taux de tabagisme chez les jeunes de 15 ans a diminué de 14 points entre 2014 et 2022 (vs – 4 points en moyenne dans les pays de l’UE), mais la diminution était plus marquée entre 2014 et 2018 qu’entre 2018 et 2022.
Une interdiction générationnelle de la vente de tabac inadaptée aux réalités françaises d’après les Buralistes

« La France n’est pas une île. Pire encore, elle compte pas moins de 8 passages frontaliers, soit autant de canaux d’approvisionnement différents, avec ses propres prix et ses propres règles. [L’interdiction générationnelle du tabac] C’est une fausse bonne idée, inadaptée aux réalités françaises. »
Confédération des buralistes
La Confédération des buralistes n’a pas traîné à réagir à l’information en formulant son désaccord, sans grande surprise, en s’appuyant sur un argumentaire qui ne prend pas en compte le projet global de la caisse nationale de l’Assurance Maladie.
L’Assurance Maladie n’a en effet pas proposé d’instaurer une interdiction générationnelle du tabac en France sans préciser qu’il faudrait en parallèle mettre en place des mesures permettant de réguler efficacement les ventes frontalières de tabac pour la rendre efficace, qui empêcheraient les français concernés de s’approvisionner en dehors des frontières françaises.
L’interdiction générationnelle du tabac poursuit sa percée en France

Lors de l’adoption du Tobacco and Vapes Bill et de son « Generational ban » par le Royaume Uni, Nicolas Thierry, député écologiste, réagissait déjà sur les réseaux sociaux pour rappeler le bien-fondé de sa proposition de loi transpartisane portée par Contre-Feu (anciennement l’Alliance contre le tabac) et soutenue par ses membres, notamment le Comité national contre le tabagisme (CNCT) et la Ligue contre le cancer, déposée en novembre 2025 dans le but d’instaurer un dispositif similaire en France, qui interdirait dès 2032 l’achat de tabac aux personnes nées à partir du 1er janvier 2014 :
« En France, la cigarette est responsable de plus de 68 000 décès prématurés, soit 11 % de la mortalité totale. À quand la génération sans tabac en France ? »
Nicolas Thierry.
Plus récemment, le 4 juin 2026, c’était au tour d’Anna Pic, députée socialiste, d’évoquer la possible survenue d’une interdiction générationnelle du tabac en France lors d’une émission télévisée diffusée sur LCP consacrée à la taxation du vapotage en déclarant :
« Peut-être qu’il viendra un jour où on ne vendra plus de produits tabagiques. »
Anna Pic.
Finalement, le rapport annuel Charges et Produits 2026 pour 2027 de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie ne fait que confirmer que l’interdiction générationnelle du tabac s’est déjà frayé un chemin parmi les plus hautes instances françaises. Elle vient toutefois de franchir une nouvelle étape capitale en France, étant désormais préconisée par l’Assurance Maladie elle-même, un organisme particulièrement influent auprès du gouvernement.
