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Covid-19 : vapoter augmente le risque de décès ?

Covid-19 : vapoter augmente le risque de décès ?

Fake news au sujet du vapotage, sur fond de Covid-19. Vapoter augmente le risque de décès en cas d’infection au SRAS CoV-2 d’après un article de Sciences et Avenir paru le 08 août dernier qui relaye une étude scientifique américaine. Une étude qui fait un amalgame grossier entre fumeurs et vapoteurs, en raison d’imprécisions dans les données recueillies, pourtant capitales pour pouvoir tirer une telle conclusion.

L’étude en question, publiée le 15 juillet 2022 sur Plos One, conclut à l’association du tabagisme à un risque accru de gravité ou de mortalité dans le cas d’une infection par le coronavirus responsable de la Covid-19. Décryptage de cette actualité !


Covid-19 : vapoter augmente le risque de décès ? Pas si sûr.

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« Le tabagisme est associé à un risque accru d’événements cardiovasculaires, de gravité de la maladie et de mortalité chez les patients hospitalisés pour des infections au SRAS-CoV-2 », voilà le titre de l’étude menée par des chercheurs de l’Université de Louisville, publiée dans la revue Plos One le 15 juillet 2022 pour tenter de tirer le vrai du faux sur l’impact du tabagisme dans la gravité d’une infection au Covid-19.

Comprenez par « tabagisme » la consommation de cigarette ou de tout autre produit du tabac, ainsi que l’utilisation d’une cigarette électronique. Les chercheurs se sont en effet appuyés pour leurs travaux sur des données collectées par l’American Heart Association (AHA) dans 122 hôpitaux américains auprès de patients de plus de 18 ans hospitalisés à cause d’une infection au SRAS CoV-2. Des patients répartis entre fumeurs et non-fumeurs de manière surprenante.

Non, les vapoteurs ne sont pas des fumeurs !

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Lors du recueil de données, les vapo-fumeurs et les vapoteurs exclusifs ont été placés dans la case fumeurs, au même titre que les consommateurs de cigarettes et d’autres produits du tabac. Rien de bien étonnant pour les vapo-fumeurs, en revanche pour les vapoteurs exclusifs, ce placement témoigne de l’opinion péjorative des USA sur la vape plus que d’une catégorisation pertinente, en l’absence de données scientifiques qui ont pu prouver une dangerosité similaire entre vape et tabagisme.

Au Royaume-Uni, où le regard porté sur la vape est différent par les autorités de santé locales, une étude similaire aurait pu placer les vapoteurs exclusifs dans le groupe des non-fumeurs, ou, pour plus de véracité, aurait certainement étudié les vapoteurs dans une catégorie bien à part. Un fait dont il est important d’être conscient à la lecture de l’étude.

Autre fait à garder à l’esprit : la différence entre les produits du vapotage présents sur le territoire américain et ceux autorisés à la vente en France, notamment au niveau du seuil maximal de nicotine autorisé, qui biaise une fois de plus les choses lorsqu’on transpose l’information des USA à notre cher hexagone sans que ce soit précisé.

La cigarette électronique a-t-elle le dos large ?

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Second problème, et pas des moindres, posé par ce rangement « fourre-tout » : un manque d’information déplorable. Aucun des patients n’a eu à répondre à des questions concernant sa consommation de tabac passée. Il aurait pourtant été capital de savoir si les vapoteurs inclus dans l’étude étaient autrefois de gros fumeurs ou non, ainsi que la durée de leur consommation de tabac avant le passage à la vape. Car après des années de tabagisme, il est impossible d’imputer avec certitude à la consommation d’e-liquide la responsabilité d’un problème de santé qui peut être consécutif à la seule consommation de tabac. Dans ce cas précis, une augmentation des risques de forme grave et de décès lors d’une contamination par le SRAS-CoV-2.

Pour pouvoir affirmer qu’en cas de Covid 19, vapoter augmente le risque de décès, il faudrait des preuves d’une gravité accrue de la maladie auprès de vapoteurs n’ayant jamais fumé auparavant, preuves ici absentes du fait des données trop généralistes employées par les chercheurs. Celles de 1 362 fumeurs/consommateurs de tabac chauffé/ex-fumeurs vapoteurs/vapo-fumeurs/et peut-être des vapoteurs vraiment exclusifs, comparées à celles de 2724 personnes qui ne fumaient ni ne vapotaient rien au moment du recueil de données, plus précisément.

En résumé, à l’heure actuelle, rien ne prouve donc que la vape augmente le risque le décès et de forme grave en cas d’infection au SRAS-CoV-2, et rien ne prouve le contraire non plus, à cause d’une mauvaise méthodologie lors du recueil de données utilisées pour cette étude scientifique.

Covid-19 : fumer augmente le risque de décès ? Oui.

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Le tabagisme était encore présenté de manière incertaine comme un facteur aggravant en cas d’infection par le virus SRAS CoV-2 responsable de la Covid-19. Une suspicion compréhensible liée à sa capacité à induire un dysfonctionnement voire des lésions des cellules au contact de la fumée du tabac, principalement au niveau du système respiratoire et cardio-vasculaire pouvant être responsables d’une diminution de la capacité pulmonaire, de maladies pulmonaires obstructives, de cancers et de maladies cardiovasculaires.

Pour autant, aucune étude ne parvenait à déterminer précisément l’existence ou non d’effets néfastes du tabagisme sur la gravité de la Covid-19 en raison d’échantillonnages de patients difficiles à comparer entre les études, et difficilement soumissibles à une méta-analyse de qualité. L’étude des chercheurs de l’Université de Louisville est présentée comme la première à traiter une grande cohorte de patients à travers de très nombreux hôpitaux des Etats-Unis et à se focaliser sur des patients souffrant uniquement de formes graves (décès, mise sous ventilation mécanique, ou survenue d’un problème cardiovasculaire grave) donc à pouvoir apporter des éléments de réponse significatifs, d’après les chercheurs.

Les conclusions de l’étude

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L’étude conclut que le risque de résultats graves est plus élevé chez les patients COVID-19 qui fument par rapport à ceux qui sont non-fumeurs dans un registre national bien caractérisé. Les fumeurs ont montré un risque plus élevé de développer une Covid-19 sévère (de devoir être mis sous ventilation mécanique à cause de l’infection et/ou de subir un événement cardiaque indésirable majeur, voire de de mourir des suites d’une infection par le SRAS-CoV-2), indépendamment de leur âge, de leur sexe, de leur origine, de variables démographiques et de leurs antécédents médicaux.

Le tabagisme a plus gravement impacté ce risque auprès de patients âgés de 18 à 59 ans. Les chercheurs l’expliquent par le fait que fumer est un facteur de risque plus important auprès des populations jeunes parce qu’elles ont un risque initial de décès de la Covid-19 plus faible, et en règle générale moins de comorbidités.

Les chercheurs ont également constaté que, parmi les fumeurs, les femmes, les personnes caucasiennes, obèses, diabétiques ou atteintes d’une maladie rénale chronique étaient les plus gravement touchées par la maladie et donc à risque de décès. Ils concluent à l’effet additif du tabagisme sur les vulnérabilités au SRAS-CoV-2 et les comorbidités existantes.

Autrement dit : fumer n’est pas un bon plan en cas d’infection au SRAS-CoV-2, mais ce n’est pas étonnant vu que c’est mauvais pour la santé TOUT COURT.

Le rôle du tabac dans la contamination au SRAS-CoV-2 : non traité.

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Ces nouvelles données scientifiques apportées par les chercheurs n’apportent aucune nouveauté quant à l’affaire des moindres contaminations au SRAS-CoV-2 chez les fumeurs évoquées par certains travaux de recherche, vivement critiqués, puisque l’étude menée par les chercheurs de l’Université de Louisville s’est penchée uniquement sur des patients déjà infectés, et à un stade avancé d’évolution de la maladie car déjà hospitalisés.

Les recommandations officielles en cas de Covid-19 associé au tabagisme ou au vapotage, en France

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En France, tabac-info-service.fr rappelle que le rôle protecteur de la nicotine dans la contraction du virus responsable de la Covid-19 n’a pas été prouvé, et que, pire encore, fumer peut augmenter le risque d’être contaminé en raison d’une gestuelle à risque (enlever son masque, partage du briquet, main à la bouche pour prendre une cigarette…).

Le site considère aussi que le tabagisme accroît le risque de développer une forme sévère de la Covid-19 en cas d’infection, et recommande ainsi aux professionnels de santé en contact avec un patient infecté par le SRAS-CoV-2 et fumeur de l’accompagner dans l’arrêt du tabac, depuis bien longtemps avant la parution de cette étude !

tabac-info-service.fr donne aussi des recommandations pour les fumeurs et les vapoteurs pour réduire leur risque de transmettre la maladie à leur entourage en cas d’infection avérée : respecter une distance d’au moins 2 mètres avec les autres, fumer ou vapoter uniquement à l’extérieur en cas de présence d’autres personnes et souffler loin d’elles, et enfin ne partager ni son matériel ni son e-liquide ou son tabac.

La désinformation sur le vapotage, plus préoccupante que les effets de la vape sur la sévérité de la Covid-19 ?

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Finalement, plus que le titre «Covid-19 : fumer et vapoter augmentent le risque de décès » lu sur Sciences et Avenir, c’est l’absence d’analyse pertinente de l’étude américaine qui nous a filé froid de la dos, et la tendance grandissante à poster du contenu désinformatif sur la vape sur la toile, volontairement ou sans s’en rendre compte. Certains s’en donnent sûrement à cœur joie d’utiliser des titres racoleurs à propos du vapotage pour engendrer du clic. D’autres, nous en sommes convaincus, ne font que partager un fait reconnu à tort comme véridique en pensant bien faire, à force d’être noyé sous un flot d’informations mensongères.

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Source : Charlie Hebdo, Juin 2022

Petite « pépite » dans le genre, si l’on peut dire : un dessin du Charlie Hebdo qui représente Elisabeth Borne, notre Première Ministre, en train de vapoter, pour évoquer les critiques à son encontre du fait de ses séances de vape à l’Assemblée Nationale, qui titre « La première centrale à charbon a redémarré », et fait malheureusement un amalgame entre la vapeur produite par les cigarettes électroniques et une fumée noire.

Une triste preuve que l’image déformée donnée à la vape a fait son bonhomme de chemin jusqu’à passer pour véridique auprès de personnes pourtant à l’esprit vif et à l’esprit critique avéré…


Vapoteurs ou non, vous avez donc tout intérêt à rester sur vos gardes et à aiguiser votre regard critique face aux contenus proposés sur la toile à propos de la cigarette électronique.

De notre côté, nous continuerons bien sûr à vous montrer du bout de nos claviers tout ce qui est à prendre avec des pincettes en attendant des recherches scientifiques rondement menées, pour participer à une information plus objective pour votre santé.

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