
Arrêter de fumer. Les bienfaits de cet acte ne sont plus à démontrer d’après la Fédération Française de Cardiologie. Il suffit de 8 heures pour réduire la quantité de monoxyde de carbone dans le sang de moitié, et retrouver une oxygénation normale des cellules. De 72 heures pour mieux respirer. De 15 jours pour normaliser sa coagulation et commencer à faire baisser son risque d’infarctus du myocarde. De 3 mois pour récupérer une meilleure forme physique. Chaque jour d’arrêt compte aussi pour réduire ses risques de cancer du poumon.
Il faut dire que la fumée générée par la combustion du tabac contient plus de 60 substances cancérigènes, qui augmentent par 30 le risque d’en déclarer un, un jour. Ces toxiques sont en effet responsables d’une accumulation de mutations dans l’ADN des cellules pulmonaires. Des dizaines de milliers dans les cas de cancer du poumon. Cesser de fumer, c’est laisser la paroi de ses voies respiratoires se régénérer. Donner l’opportunité au corps de remplacer 20 à 50 % des cellules intoxiquées par des cellules saines, à l’ADN non muté, issues de cellules souches.
Arrêter de fumer, c’est donc la santé. En tout cas, lorsqu’on ne substitue pas autre chose à la cigarette. Seulement, l’affaire n’est pas simple : la dépendance rend difficile l’abandon du tabagisme sans substitut, tel que la vape. Le Parlement Européen a donc récemment demandé à la Commission européenne d’assurer un suivi des évaluations scientifiques des risques pour la santé liés aux cigarettes électroniques, dans son plan cancer. Mais que sait-on au juste des liens entre vapotage et santé ? Quels sont les effets d’un passage de la cigarette à la vape ? Si des lacunes sur le sujet méritent encore de poursuivre les recherches, voici ce que dit la science.
Arrêt du tabac : vapoter réduit rapidement l’exposition aux toxiques de la cigarette

Ne produisant ni monoxyde de carbone ni goudrons en l’absence de combustion, la cigarette électronique permet d’éviter au quotidien l’ingestion de ces substances nocives autant pour la santé cardiovasculaire que pulmonaire. Un bon point, mais qu’en est-il des autres substances toxiques présentes dans la cigarette, et notamment les nitrosamines spécifiques du tabac (TSNA), dont la NNAL, un puissant cancérigène pulmonaire ?
Des tests toxicologiques in vitro et des études humaines à court terme ont été menées à propos de ces substances. Suite à quoi, en 2019, aux États-Unis, les NASEM (Académies Nationales de Sciences, d’Ingénierie et de Médecine) ont conclu qu’utiliser la cigarette électronique est probablement beaucoup moins dangereux que le tabagisme. Le 10 février 2022, cette moindre dangerosité a été prouvée et quantifiée par une nouvelle étude toxicologique américaine qui a mis 7 ans à pouvoir être publiée.
Une étude de cohorte qui a consisté à mesurer 55 biomarqueurs d’exposition à des toxiques liés au tabac, dans les urines de 3211 participants, entre fumeurs exclusifs, vapoteurs exclusifs, vapo-fumeurs et ex-fumeurs non vapoteurs. Les mesures ont été prises en 2013 puis en 2014, afin d’observer de possibles évolutions. Métabolites de nicotine et alcaloïdes mineurs du tabac, nitrosamines spécifiques du tabac (TSNA, dont NNAL), métaux lourds et arsenic spécialisé, hydrocarbones aromatiques polycycliques (HAP) et composés volatils organiques (COV). Les principaux constituants nocifs et potentiellement nocifs (HPHC) auxquels sont exposés les fumeurs, et peut-être aussi les vapoteurs, ont ainsi été passés au peigne fin. L’étude américaine est plus complète qu’une étude britannique de 2017, financée par le Cancer Research UK, qui s’était focalisée uniquement sur les TSNA et les COV, et tout aussi rassurante.
« Nos résultats démontrent les avantages de la transition du tabagisme combustible vers une utilisation, moins nocive, de la cigarette électronique. »
PR. HONGYING DAI, NEAL BENOWITZ, CHANDFRAN ACHUTAN.
92 % de NNAL en moins pour les vapoteurs, et baisse des autres TSNA, des métabolites de nicotine, HAP et COV

L’étude américaine menée par les Pr. Dai, Benowitz, Achutan, Farazi, Degarege et Khan prouve en effet que des changements se produisent dans les biomarqueurs de l’exposition aux substances toxiques liées au tabac pour les fumeurs qui passent à la vape. Plus précisément, elle prouve que passer du tabagisme à la vape, ou du vapo-fumage à la vape, réduit l’exposition aux substances toxiques. Une réduction également remarquée en cas d’arrêt du tabac sans passage à la cigarette électronique.
« Il y a eu une réduction significative des concentrations urinaires de TSNA, de HAP et de COV lorsque les utilisateurs sont passés de l’usage exclusif de la cigarette à l’usage exclusif de la cigarette électronique, avec une diminution de 92 % du NNAL. […] L’analyse du profil métabolomique montre des niveaux réduits de stress oxydatif et de xénobiotiques et une amélioration du métabolisme des vitamines pour les fumeurs qui sont passés aux cigarettes électroniques. »
PR. HONGYING DAI, NEAL BENOWITZ, CHANDFRAN ACHUTAN.
Autre point très important. L’équipe de chercheurs a remarqué que le passage de la cigarette au vapo-fumage n’induit pas de diminution des niveaux de biomarqueurs des substances toxiques dans les urines des participants concernés. Autrement dit : passer à la vape sans arrêter totalement de fumer ne réduit pas l’exposition aux substances toxiques de la cigarette de manière suffisante pour en tirer des bénéfices pour sa santé.
Des taux de métaux lourds constants

Les taux de métaux lourds dans les urines ont en revanche peu évolué chez les ex-fumeurs, qu’ils aient adopté le vapotage ou non. Ce fait n’est toutefois pas inattendu : il s’agit de biomarqueurs à longue demi-vie, qui restent longtemps dans l’organisme. Les métaux lourds observés peuvent ainsi provenir du tabagisme antérieur ou d’autres sources d’exposition, et ne pas avoir encore été éliminés, mais peut-être pas. C’est pourquoi des études de plus longue durée devront être menées pour observer si une utilisation prolongée exclusive de cigarette électronique permet de réduire aussi l’exposition aux métaux lourds, conséquente chez les fumeurs.
Sevrage tabagique : vapoter est moins cytotoxique et inflammatoire que fumer

L’Institut Pasteur avait, pour sa part, mené des recherches en 2021 sur la composition chimique des aérosols de cigarettes électroniques et sur les impacts des substances toxiques trouvées sur les cellules épithéliales bronchiques humaines. L’étude a montré que les aérosols générés par les cigarettes électroniques contiennent moins de 1 % des toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette. Un résultat là encore rassurant.
Mais quel impact des substances subsistantes retrouvées dans les aérosols des cigarettes électroniques sur la santé ? Pour y répondre, les chercheurs ont mesuré la cytotoxicité, le stress oxydatif et la réponse inflammatoire des cellules épithéliales bronchiques analysées. Il s’agit des principaux mécanismes clés impliqués dans les maladies respiratoires chroniques. Les chercheurs ont conclu que les cigarettes électroniques avaient le potentiel d’augmenter le stress oxydatif et la réponse inflammatoire, mais uniquement après une exposition intensive à leurs aérosols de 120 bouffées en une heure, pas en conditions normales d’utilisation. C’est pourquoi ils ont conclu que la cytotoxicité de la vape est bien plus faible que celle de la cigarette.
Leurs recherches ont également soulevé un point de recherche à approfondir : l’impact du modèle d’e-cigarette utilisé et de la puissance employée sur la toxicité cellulaire. Ils ont en effet remarqué que l’augmentation de la puissance de l’e-cigarette a un impact sur les niveaux de substances toxiques produites, notamment les hydrocarbones aromatiques polycycliques (HAP). Conséquence : le stress oxydatif mesuré était plus important avec une cigarette électronique utilisée à forte puissance, mais là encore avec une exposition intensive à ses aérosols, différente des conditions d’utilisation réelles des vapoteurs.
Que les vapoteurs débutants en pleine tentative de sevrage tabagique se rassurent encore un peu plus : il n’y a pas besoin de vapoter à forte puissance pour obtenir des sensations proches de celles de la cigarette pour s’en détacher totalement. Il suffit d’un e-liquide suffisamment dosé en nicotine et d’un kit cigarette électronique MTL, procurant des sensations réalistes, permettant une vape à faible puissance.
Quel impact de la vape sur la santé à long-terme ?

Moins cytotoxique et inflammatoire à court-terme, la vape n’a toutefois pas encore montré totalement patte blanche. Pour prouver son innocuité, des études sur les effets d’une utilisation à long terme de la cigarette électronique devront être effectuées. Il serait également nécessaire pour les chercheurs de vérifier l’absence de substances toxiques différentes de celles liées à la cigarette. C’est pourquoi les principales sociétés savantes concernées se sont positionnées en 2019 pour permettre aux fumeurs d’y voir plus clair :
« Les émissions de la cigarette électronique contiennent moins de substances toxiques que la fumée du tabac. Elles peuvent induire toutefois des effets biologiques mesurables. Les conséquences cliniques et épidémiologiques (santé publique) à long terme de l’utilisation des cigarettes électroniques, à ce jour, ne sont pas connues. […] L’innocuité de la cigarette électronique, même bien utilisée, ne peut être affirmée. Toutefois, le potentiel de toxicité de la cigarette électronique utilisée dans les conditions autorisées en France paraît très inférieur à celui du tabac fumé. De ce fait, son utilisation est préférable à la consommation de tabac, en l’état actuel des connaissances. »
SOCIÉTÉ FRANCOPHONE DE TABACOLOGIE (SFT) & SOCIÉTÉ DE PNEUMOLOGIE DE LANGUE FRANÇAISE (SPLF).
Plus récemment, le HCSP a également émis l’hypothèse que la consommation de cigarette électronique seule est moins à risque que la consommation de tabac, mais plus à risque que l’absence de consommation. La SFT et la SPLF ajoutent des recommandations supplémentaires pour la sécurité des ex-fumeurs souhaitant commencer à vapoter pour se sevrer :
« Il faut recommander aux utilisateurs de cigarette électronique dans un objectif d’aide au sevrage tabagique, de limiter la durée de cette pratique dans le temps, une fois le sevrage obtenu et l’envie de fumer supprimée. Les règles d’utilisation de la cigarette électronique visant à en minimiser le risque d’effets adverses doivent être connues des utilisateurs (notamment l’utilisation exclusive de e-liquides autorisés, enregistrés à l’ANSES). »
SOCIÉTÉ FRANCOPHONE DE TABACOLOGIE (SFT) & SOCIÉTÉ DE PNEUMOLOGIE DE LANGUE FRANÇAISE (SPLF).
Attention au vapofumage !

Concluons à présent cet article par le principal conseil à retenir pour sa santé : pas de vapofumage !
Une recommandation du HCSP approuvée par les sociétés savantes ainsi que les professionnels sur le terrain, comme le Pr Daniel Thomas, interviewé pour Santé Respiratoire France, cardiologue et vice-président du Comité national contre le tabagisme, pour qui le vapotage exclusif est une condition sine qua non pour réduire les risques pour sa santé. Le Pr Dautzenberg, pneumologue et tabacologue à l’Institut Arthur Vernes (Paris), également interviewé, explique plus en détails :
« Le vapofumage ne réduit pas le risque sanitaire et persiste lorsque l’on laisse le fumeur sans encadrement médical, sans conseil pour qu’il devienne rapidement vapo-substitué ou vapoteur exclusif. Si certains – trop – de fumeurs restent longtemps vapofumeurs c’est à mon avis parce que les professionnels de santé ne s’en sont pas suffisamment occupés (prescription de substituts nicotiniques, etc.). La persistance du vapofumage est le plus souvent due à un sous-dosage du taux de nicotine des e-liquides. »
PR. DAUTZENBERG.
Un avis partagé par la SFT et la SPLF, qui recommandent pour les vapo-fumeurs l’ajout de patchs et l’optimisation de la prise de nicotine par la cigarette électronique.
Vous rencontrez des difficultés à quitter totalement la cigarette grâce à la vape ? Peut-être que le dosage de votre e-liquide n’est pas adapté à vos besoins. Peut-être aussi ne trouvez-vous pas pleine satisfaction dans votre kit cigarette électronique ? Il est également possible que la saveur de votre e-liquide ne vous corresponde pas totalement. Vous avez un doute sur ces sujets ? N’hésitez pas à nous contacter. Vous trouverez toujours des oreilles attentives pour vous aider. Et n’oubliez pas, un suivi par un professionnel de santé est toujours recommandé pour baisser sa dépendance nicotinique avec succès, pas à pas.
