Le Monde de la Vape

Le vapotage passif : des polluants dans l'air ?

Le 12 mars 2019

 

 

 

 

Depuis la Loi Santé de 2016, la vape est strictement interdite à l'intérieur des établissements scolaires et de ceux destinés à l'accueil, à la formation et à l'hébergement des mineurs. Elle est également prohibée dans les moyens de transport collectif fermés ainsi qu’à l'intérieur des lieux de travail fermés et couverts à usage collectif. Les autres lieux accueillant des publics, tels que les hôpitaux, les commerces, les hôtels, les bars et les restaurants par exemple, ne sont pas soumis à cette interdiction mais sont libres de choisir s’ils autorisent la vape ou pas, devant alors explicitement mentionner s’ils l’interdisent. De la même manière, un employeur peut aussi décider s’il autorise ou non la vape au sein de bureaux individuels ou au sein d’espaces de pause. Ainsi, on ne vape pas où l’on veut en France, avec un risque de contravention en cas de non-respect de la loi, sans forcément trop savoir les raisons d’une telle décision. Les données scientifiques semblent pourtant prouver que la vapeur produite par une cigarette électronique ne peut absolument pas être comparée en termes de danger à la fumée d’une cigarette. Une nouvelle étude menée par le Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique (CSIC), principal organisme public de recherche en Espagne, présente en effet des modifications minimes de la qualité de l’air en comparaison aux modifications liées à la fumée des cigarettes. De quoi remettre en perspective différemment la loi Santé de 2016 et son décret d’application de 2017.

 

 

 

 

 

 

Comme calquée sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics, l’interdiction de vapoter dans certains lieux donne l’idée anxiogène d’un vapotage passif, comme il existe un tabagisme passif. Un fait posé comme potentiellement dangereux à l’époque, mais était-il prouvé scientifiquement ?

 

 

Un rapport officiel avait été demandé sur la vape en 2013 par Marisol Touraine, Ministre de la Santé. Il fut réalisé en mai 2013 par un groupe d’experts réunis par l’Office Français de prévention du Tabagisme avec le soutien de la Direction Générale de la Santé. Ce rapport comporte une partie consacrée au thème du vapotage passif et présente les lacunes des rares analyses scientifiques sur cette thématique ainsi que des conclusions à ce sujet. Il explique que contrairement à la fumée, la vapeur disparaît à 95% dans la minute pour se vaporiser en gaz et qu’il n’existe pas de données permettant d’évaluer combien de temps ces gaz peuvent être polluants. Il mentionne l’absence de combustion entraînant l’absence de monoxyde de carbone et de particules solides, véritables dangers présents dans la fumée de cigarette, et la présence d’infimes traces de cancérogènes dans les e-liquides fabriqués avec la qualité USP et EurPh, à des concentrations similaires de celles que l’on trouve dans certains médicaments de sevrage. Il soulève toutefois la présence de solvants et produits irritants ainsi que de nicotine sous forme gazeuse, mais à des concentrations bien mois élevées que dans la fumée du tabac. Enfin, ce rapport atteste d’un passage de la nicotine chez des sujets non-fumeurs exposés passivement au vapotage et d’une irritation des bronches, mais moindre qu’avec le tabac, avec une mention rappelant l’intérêt de poursuivre les recherches au sujet de potentiels risques respiratoires et cardiaques d’une exposition passive à la vapeur.

 

 

Pour prendre leur décision, les pouvoirs publics français avaient entre leurs mains ce rapport officiel de mai 2013, mais aussi un avis du Conseil d’Etat datant lui aussi de 2013. Il recommandait d’effectuer une nette distinction entre le tabagisme passif et le vapotage passif et mentionnait : « S’agissant des risques que le gaz émis par la cigarette électronique représenterait pour les tiers, ils ne sont à ce jour pas démontrés et aucun élément n’est de nature à justifier une inquiétude concernant ce que l’on pourrait appeler le « vapotage » passif. […] Il n’existe pas en effet, à ce stade, d’éléments suffisamment probants et sérieux concernant la dangerosité de l’usage de la cigarette électronique en particulier pour autrui pour limiter son usage au même titre que la cigarette traditionnelle. »

 

 

Les recommandations de l’OMS en 2016 étaient beaucoup plus frileuses que celles du Conseil d’Etat, et basées sur une méta-analyse australienne nommée A systematic review of the health risks from passive exposure to electronic cigarette vapour. Cette analyse concluait qu’il existait des niveaux élevés de nicotine, de glycérine, de propylène glycol, de formaldéhyde, d’acetéldehyde, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux dans la vapeur produite, avec un impact sur la qualité de l’air ambiant par rapport à un environnement sans vapeur. Elle n’excluait donc pas le potentiel risque d’une exposition à la vapeur des cigarettes électroniques, et questionnait leur impact sur les plus fragiles tels que les enfants, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques respiratoires ou cardiovasculaires. Toutefois, elle concluait également à des niveaux plus bas que ceux mesurés après émission d’une fumée de cigarette, sauf pour le nickel et l’argent, et donc à des risques bien plus importants en cas d’exposition à la fumée de cigarette. Surtout, elle expliquait le besoin urgent de faire plus d’études au sujet du vapotage passif en raison de problèmes de méthodologie observés.

 

Cette méta-analyse australienne avait en fait été montée sur la base de 16 études scientifiques précédemment réalisées autour de la vape, sélectionnées pour leur possible corrélation avec le sujet du vapotage passif par Isabel MR Hess, Kishen Lachireddy et Adam Caponet, les auteurs. Ils rappellent dans leur publication les limites de la méthodologie des études sélectionnées. La plus importante énoncée est qu’il n’existe aucune méthode standardisée pour tester la vapeur des cigarettes électroniques et que par conséquent les concentrations de composants chimiques relâchés dans l’air peuvent varier en fonction des techniques de mesure utilisées et de l’échantillonnage réalisé. D’autres limites sont à retenir. Ces études étaient basées sur seulement trois marques de cigarettes électroniques et un nombre limité d’e-liquides, ne permettant donc que de poser des conclusions pour ces produits en question, étant donné que les émissions de vapeur varient en fonction des produits utilisés et de la façon de vapoter des utilisateurs. De plus, la plupart mesuraient une exposition à une seule vapeur, ne rendant pas compte d’un potentiel risque additionnel en cas d’exposition multiple dans un espace clos comme un bar par exemple. De la même manière, toutes ont testé la vapeur pendant un temps restreint, ne rendant pas compte des risques d’une exposition régulière.

 

Cette analyse utilisée par l’OMS permettait donc surtout de montrer le manque de connaissance encore à déplorer au sujet d’un potentiel vapotage passif et la nécessité de chercher une méthode fiable pour tester la vapeur. L’OMS a surtout retenu le risque potentiel non écarté et a recommandé de faire preuve de la plus grande précaution, principe repris en France avec la loi Santé. Un choix pouvant être questionné car le vapotage passif aurait pu être toléré comme un moindre mal pouvant remplacer le tabagisme passif, avec des fumeurs remplaçant leur cigarette par un vaporisateur.

 

 

 

 

 

 

Des chercheurs du Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique (CSIC), principal organisme public de recherche en Espagne, ont réalisé une étude pour pallier au manque d’information fiable et de données concluantes sur les particules et polluants produits par les cigarettes électroniques dans des environnement clos. Nommée Influence of electronic cigarette vaping on the composition of indoor organic pollutants, particles, and exhaled breath of bystanders, et publiée dans la revue Environment Science and Pollution Research en février 2019, elle conclue que les changements de qualité de l’air produits par les vapoteuses ne peuvent pas être mis en rapport avec ceux produits par les contaminants typiques du tabac. Leur pollution observée est en effet minime d’après leurs résultats.

 

 

Les chercheurs ont expliqué avoir pris plusieurs précautions afin d’obtenir des données pouvant être exploitables. Ils ont tout d’abord pris soin de choisir un environnement clos de 54m² sans ventilation externe pour leurs relevés, dans lequel ils ont introduit cinq volontaires non-fumeurs et non-vapoteurs. Ces volontaires ont passé 12 heures en ce lieu, permettant aux chercheurs de procéder à des relevés de la qualité de l’air pour rechercher la présence de polluants déjà présents afin de ne pas les associer à tort à la vapeur par la suite. Ils ont également effectué des relevés de l’air expiré par les volontaires afin d’avoir une base des composés organiques volatils (VOC) expirés par eux, hors présence de vapeur.

Après ces premiers relevés permettant d’établir un point précis de comparaison, ils ont fait entrer cinq volontaires vapoteurs dans la pièce pour une nouvelle durée de 12h. Ces derniers ont vapé à leur convenance pendant ce laps de temps, permettant aux chercheurs d’effectuer de nouveaux relevés. La qualité de l’air globale a donc été réévaluée en présence de vapeur. De la même manière, la présence de composés organiques volatils (VOC) dans l’air expiré par les cinq volontaires non-fumeurs et non vapoteurs a été mesurée à nouveau pour constater d’éventuels changements.

En questionnant cette méthodologie d’étude, le choix effectué par les chercheurs d’un environnement sans ventilation permet de comprendre que l’exposition a volontairement été aggravée par rapport à des conditions réelles. Probablement un moyen de s’assurer des risques maximals existants liés à l’exposition. Il est également possible de questionner l’échantillonnage choisi pour cette étude. Il est en effet réduit à seulement 5 sujets. Les relevés effectués à partir de leurs expirations pourraient-ils ne pas être représentatifs d’une majorité de la population ?

 

 

Suite à ces relevés, l’un des chercheurs a déclaré dans un article paru le 5 mars 2019 sur le Journal digital El Independiente : "Les données que nous avons obtenues ont montré que l'activité de vapotage n'augmentait pas la présence de polluants dans l'air et que, dans les cas où des augmentations étaient observées, les concentrations de polluants étaient faibles". L’étude précise en effet qu’aucune hausse des composants dangereux pour l’organisme observés dans la fumée, à savoir le monoxyde de carbone, le toluène, le xylène, le benzène, l’éthylbenzène et le naphtalène, n’a pu être relevée avec la présence de vapeur. Un fait coïncidant avec l’absence de combustion, rappelant la différence majeure entre tabagisme passif et vapotage passif. Elle expose également que la concentration de nicotine et de formaldéhyde après vapotage augmente, mais bien moins que ce qui est annoncé dans d’autres études effectuées en environnement clos, et en restant toujours inférieure aux seuils règlementaires de santé.

Cette étude a donc le mérite de prouver une fois de plus la différence majeure entre les substances toxiques contenues dans la fumée et celles contenues dans la vapeur et le moindre risque encouru donc par ceux exposés uniquement à de la vapeur. Elle ne permet cependant pas encore d’établir complètement une absence de risques pour les non-vapoteurs exposés à la vapeur des cigarettes électroniques, et surtout les publics les plus fragiles, que ce soit sur un laps de temps court ou sur le long terme. Elle est malgré tout un pas de plus en faveur de la vape et de la différenciation de la législation concernant la vape de celle concernant le tabac. Cependant, pourrait-elle être utilisée pour revoir la législation concernant l’interdiction de vapoter dans certains lieux ? Il semble qu’autoriser la vape dans certains lieux clos où le tabagisme est également interdit, comme par exemple dans certains lieux de travail, permettrait de donner plus envie à des fumeurs de laisser tomber la cigarette pour la vape et par conséquent, en réduisant le nombre de fumeurs, de réduire aussi le tabagisme passif au profit du vapotage passif, moins dangereux. Toutefois la crainte d’une incitation à la vape et d’une explosion d’une nouvelle forme de dépendance nicotinique incite les autorités à ne pas changer la législation, et le poids de cette étude pourrait alors ne pas du tout peser dans la balance.

 

 

 

 

 

 

Les autorités françaises ne peuvent pas nier l’absence des principaux éléments responsables des dangers du tabagisme passif dans la vapeur ni une présence minime de composants dangereux, sous la limite d’une signification clinique. Toutefois elles s’appuient sur le fait qu’on ne peut pas dire que le vapotage passif n’existe pas. Le passage de la nicotine est en effet prouvé dans le cadre d’une exposition passive à la vapeur des cigarettes électroniques, et c’est très certainement le point noir qui fait freiner le gouvernement des quatre fers pour une remise à jour de la législation.

 

 

Même si elle est bien moins dangereuse que les 90 substances toxiques contenues dans la fumée de cigarette, dont la majeure partie est directement liée à la combustion, la nicotine reste une substance controversée qui peut augmenter la pression artérielle et le rythme cardiaque. Sa présence dans la vapeur des cigarettes électroniques fait donc craindre aux autorités un impact sur le système cardiovasculaire des individus exposés et surtout le déclenchement d’une dépendance. Pourtant, aucune étude n’a à ce jour pu faire la preuve d’une dépendance subvenue après une exposition passive. Concernant les risques pour la santé, rien de significatif non plus n’a pu être associé à la nicotine, excepté pour les femmes enceintes et les enfants.

Luc Réfabert, allergo-pneumo-pédiatre, rappelait d’ailleurs dans la revue Pédiatrie pratique de février/mars 2016, cité dans un article de septembre 2016, que la nicotine « a des effets néfastes sur le fœtus, l’enfant et l’adolescent », et qu’en passant la barrière placentaire, elle a une toxicité importante pour le fœtus, principalement d’ordre pulmonaire ». Il expliquait également que la nicotine de la cigarette électronique se dépose sur les surfaces et les vêtements dans le cadre d’un vapotage en lieu clos, avec une « quantité de nicotine déposée sur le sol et sur les vitres […] multipliée respectivement d’un facteur 47 et 6 », ce qui constitue un risque d’exposition cutanée des jeunes enfants qui s’ajoute au risque d’exposition par inhalation.

 

 

Finalement, l’étude du CSIC au sujet des substances produites en milieu clos dans le cadre du vapotage ne peut à elle seule suffire pour envisager différemment la législation concernant les interdictions de vapoter dans certains lieux. En l’état des connaissances actuelles, d’après les relevés minimes de substances dangereuses observés, la vapeur est présentée comme définitivement moins dangereuse que la fumée du tabac. Une excellente nouvelle sanitaire qui doit amener à remettre en question que la vape soit interdite dans certains lieux publics à cause d’un rapprochement non fondé avec les dangers du tabagisme passif. Toutefois, les propres dangers du vapotage passif doivent être étudiés de manière plus approfondie, avec une méthodologie reconnue par l’ensemble de la communauté scientifique, pour éclaircir les zones d’ombres encore présentes à son sujet. L’interdiction de vapoter dans les lieux destinés à l'accueil, à la formation et à l'hébergement des mineurs, et plus particulièrement des jeunes enfants, semble en tout cas la seule scientifiquement justifiable à ce jour.

 

 

 

 

 

Et vous, amis vapoteurs, que pensez-vous de l’interdiction de vapoter dans certains lieux publics au regard des études effectuées sur le vapotage passif ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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