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La Cigarette électronique : prescrite au Royaume-Uni ?

La Cigarette électronique : prescrite au Royaume-Uni ?

Déjà connu pour ses actions avant-gardistes dans la lutte contre le tabagisme à l’aide de la vape, le Royaume-Uni est allé encore plus en avant. Il pourrait devenir le premier pays au monde à autoriser la prescription médicale de la cigarette électronique aux fumeurs, dans le cadre du plan de « rééquilibrage » des disparités au sein du pays initié par le gouvernement de Boris Johnson.

Pourquoi l’Angleterre souhaite-t-elle ainsi prescrire médicalement la cigarette électronique ? Quels freins pourrait-elle rencontrer ? Quels bénéfices les fumeurs pourraient-ils en retirer ? En France, comment les fumeurs les plus démunis peuvent-ils accéder à la vape pour sortir du tabagisme, en l’absence d’une telle prise en charge ? Faisons le point ensemble.


Des disparités sociales freinent l’accès à la cigarette électronique au Royaume-Uni

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Le 29 octobre dernier, le gouvernement britannique a fait une grande annonce qui a secoué la vaposphère. Le Royaume-Uni souhaite mettre en place une prescription des produits du vapotage sur ordonnance par le National Health Service (NHS), pour pallier aux difficultés auxquelles il fait face dans la lutte contre le tabagisme. Une première mondiale !

Malgré des taux de tabagisme très bas comparativement aux pays européens, l’Angleterre recense en effet encore 6,1 millions de fumeurs à aider, et constate des disparités sociales qui freinent son objectif d’un pays sans tabac d’ici 2030. Les taux de tabagisme diffèrent en effet au Royaume-Uni entre les zones les plus pauvres comme Blackpool et Kingston upon Hull, qui comptent respectivement 23,4 % et 22,2 % de fumeurs, et les secteurs les plus riches comme Richmond upon Thames, qui compte seulement 8 % de fumeurs. Le secrétaire à la Santé et aux Affaires Sociales, Sajid Javid, a donc expliqué sa volonté de prescrire la cigarette électronique pour cette raison :

« Ouvrir la porte à une cigarette électronique sous licence prescrite par le NHS a le potentiel de s’attaquer aux fortes disparités dans les taux de tabagisme à travers le pays, en aidant les gens à arrêter de fumer où qu’ils vivent et quelle que soit leur origine. »

Une démarche louable, pour que les fumeurs les plus précaires aient la possibilité, eux-aussi, de sortir du tabagisme grâce à une cigarette électronique plus accessible, car en partie remboursée. Nous la saluons.


Tabagisme et précarité : la cigarette électronique sur prescription sera-t-elle la solution ?

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Ce n’est pas un fait nouveau : la précarité influence le tabagisme, et pas qu’en Angleterre. En 2020, Santé Publique France a d’ailleurs alerté sur une hausse significative de la consommation de tabac chez les populations les plus défavorisées en France, et appelé à renforcer la lutte contre les inégalités sociales face au tabagisme :

« Entre 2019 et 2020, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 29,8 % à 33,3 % parmi le tiers de la population dont les revenus étaient les moins élevés. »

Une information confirmée par l’association Addictions France, qui a constaté une hausse de demandes de suivi dans ses centres d’addictologie depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid 19, et déploré un manque de personnel, avec pour conséquence un allongement des listes d’attente pour les fumeurs souhaitant un accompagnement.

Mais saviez-vous que la précarité affecte aussi négativement l’ensemble des facteurs pronostiques de l’arrêt du tabagisme ? L’article Précarité sociale et perception du temps, impact sur le sevrage tabagique résumait déjà très bien ce problème en 2011. La paupérisation et la hausse du prix du tabac force les fumeurs pauvres à arrêter plus par manque d’argent que par véritable souhait. Et pour cause : les arguments de libération et de risques évités grâce à l’arrêt du tabac touchent moins les personnes en situation de précarité, bien trop en prise avec les déboires du quotidien pour arriver à se projeter dans le futur. Pire encore : arrêter de fumer pour raison budgétaire est vécu par les fumeurs pauvres comme une privation de plus dans une vie déjà sans plaisirs.

La cigarette électronique serait-elle alors le substitut le plus adapté pour aider ces fumeurs particuliers, compte-tenu de son potentiel à réduire la frustration ? C’est en tout cas ce que semble penser le gouvernement britannique. Rappelons qu’au Royaume-Uni, 68% d’arrêts réussis entre 2020 et 2021 incombent à l’utilisation de produits du vapotage combinés à un accompagnement par des services locaux spécialisés, faisant de cette méthode la plus efficace constatée dans le pays.


Les fabricants de cigarettes électroniques, encouragés
à soumettre leurs produits à la MHRA

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De ce fait, le 29 octobre dernier, l’agence britannique de régulation des médicaments et produits de santé (MHRA) a annoncé autoriser les fabricants de cigarettes électroniques à soumettre leurs produits à leur approbation, selon le même processus suivi par les laboratoires pharmaceutiques pour demander l’autorisation d’un nouveau médicament.

Toute cigarette électronique ou e-liquide nicotiné qui seront acceptés par la MHRA pourront alors être médicalement prescrits par les professionnels de santé compétents, au cas par cas, dès qu’ils jugeront que le vapotage peut aider leur patient. Le matériel et les e-liquides nicotinés sur ordonnance pourront ensuite être remboursés en partie aux fumeurs bénéficiant de l’ordonnance.

Un espoir pour les fumeurs les plus précaires, désormais dans les mains des industriels. Accepteront-ils de se plier aux démarches drastiques et coûteuses imposées par le MHRA pour s’assurer de la sécurité sanitaire des produits médicaux ? Le ministère de la Santé Britannique a anticipé les réticences possibles en chargeant la MHRA de publier des directives pour faciliter cette démarche et encourager ainsi activement les fabricants à demander une licence médicale pour leurs produits. C’est chose faite, reste à voir les fruits que portera cette récente modification.


Cigarette électronique sur ordonnance au Royaume-Uni :
des produits mieux contrôlés

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Le ministère de la Santé et des Affaires Sociales britannique est avant-gardiste mais très réfléchi. Il a ainsi annoncé qu’une cigarette électronique aurait à subir des contrôles de sûreté « encore plus rigoureux » avant de pouvoir être approuvée médicalement. Autrement dit : les vapoteurs anglais bénéficieront grâce à la mesure de produits du vapotage encore plus sécurisés qu’ils ne l’étaient déjà. Une bonne nouvelle, mais qui interroge toutefois sur les critères de sélection. Pourraient-ils changer la cigarette électronique telle qu’on la connaît ?

Le Pr Peter Hajek, directeur de l’Unité de recherche en santé et mode de vie au Wolfson Institute of Preventive Medicine, à l’Université Queen Mary de Londres, a avoué à ce sujet s’inquiéter de conséquences indésirables liées à la médicalisation de la cigarette électronique. Il considère que les produits sous licence pourraient être jugés trop limitants par les fumeurs par rapport au large éventail de vapoteuses et d’e-liquides accessibles sur le marché de la vape actuellement. Le choix du bon matériel pour soi, la possibilité de tester de nombreuses saveurs et la détermination du bon dosage nicotinique sont en effet capitaux pour mettre toutes les chances de son côté dans un sevrage tabagique à l’aide de la cigarette électronique. Nous espérons ainsi que les produits du vapotage qui pourront obtenir une licence médicale n’auront pas à renoncer pour cela totalement à ce qui fait leur attractivité. Une affaire à suivre de près.

Mais ne brûlons pas les étapes. Pour l’heure, l’aboutissement du projet est encore soumis à l’aval d’un autre organisme de santé. Le National Health Service (NHS) ne pourra en effet prescrire des produits du vapotage que lorsque le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) lui donnera son feu vert.


Pendant ce temps, en France : seul le milieu associatif
aide les fumeurs pauvres à accéder à la vape

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En France, si la cigarette électronique ne peut pas être remboursée, elle est toutefois conseillée par de nombreux addictologues et tabacologues. Mais encore faut-il pouvoir réaliser le premier investissement indispensable pour s’équiper d’une cigarette électronique et d’un e-liquide. Heureusement, le milieu associatif prend souvent le relais là où une défaillance des institutions se fait sentir.

Nous tenions à rappeler que c’est le cas en France avec la Vape Du Cœur, une association de loi 1901 reconnue d’intérêt général, qui aide tout fumeur majeur désireux d’essayer la vape pour sortir du tabagisme, à partir du moment où il rencontre des difficultés financières qui le bloquent dans son processus de sevrage.

La Vape du Cœur distribue ainsi gratuitement des produits du vapotage (cigarettes électroniques, e-liquides et accessoires) à ceux qui en ont le plus besoin, entre autres actions, pour permettre même aux plus démunis de disposer de l’ensemble des moyens d’aide au sevrage tabagique à disposition. L’association mène des actions conjointes avec le RESPADD (Réseau des Établissements de Santé pour la Prévention des ADDictions) et intervient auprès de l’AP-HP et de nombreux autres services de santé, mais aussi auprès d’associations d’aides aux plus précaires.

En savoir plus sur La Vape du Cœur.


La prescription médicale des produits du vapotage est une initiative qui pourrait apporter des bienfaits au-delà des frontières britanniques. Le Public Health England publiant chaque année des données sur l’efficacité de la vape pour le sevrage tabagique, les impacts de cette initiative seront analysés. Des données qui, nous l’espérons, prouveront le bien-fondé de la démarche et forceront les pays européens à revenir sur leur politique de lutte contre le tabagisme, actuellement très défavorable à la vape.

En 2020, à population presque égale (67,39 millions de français contre 67,22 millions de britanniques), le nombre de fumeurs français était pourtant déjà plus du double de celui de nos voisins anglais. Pourquoi la France ne suit-elle pas déjà le modèle britannique ? On ne peut que s’interroger et le déplorer. Espérons que le Royaume-Uni arrive enfin à se dresser en exemple.

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