Vape et Infarctus - Que penser de la nouvelle étude qui fait le buzz ?

Le 7 septembre 2018

 

 

Les médias n'ont pas traîné pour relayer les résultats d'une étude réalisée par le Pr. Stanton Glantz de l'université de Californie à San Francisco (UCSF), publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine le 22 août dernier. Cette étude annonce que les vapoteurs doubleraient leur risque de faire un infarctus par rapport aux personnes qui ne fument pas ou ne vapotent pas, et augmenteraient même par 5 ce risque en continuant à fumer de temps en temps en parallèle. Ces chiffres alarmants sont diffusés en masse, et la conclusion de l’étude est titrée de façon choc sur la toile. Il se pourrait pourtant que la seule chose risquant de vous faire faire une attaque cardiaque soit la façon dont cette étude a été réalisée !

 

 

 

Une aubaine pour les médias ?

 

En allant faire un tour sur la toile, nous nous sommes aperçus que le sujet prenait beaucoup d’ampleur, en étant relayé par des journaux et des magazines féminins en ligne, par des sites de mutuelles santé, des sites d’information médicale, des blogs et d’autres sites d’actualités. Article après article, nous avons relevé des titres chocs, très proches de l’annonce faite par l’étude, comme par exemple : « la cigarette électronique tous les jours double le risque d’infarctus » ou « Vapoter double le risque d’infarctus », ou bien « Infarctus et e-cigarette : vapoter tous les jours double le risque de crise cardiaque ». En allant voir dans le contenu de ces articles, nous avons principalement trouvé des citations du Pr. Stanton Glantz donnant les conclusions de son étude. En revanche nous avons rarement trouvé d’information au sujet de la méthodologie employée pour arriver à ces conclusions ou du pourquoi d’une telle recherche. Pourtant dans le domaine scientifique, le processus de recherche compte tout autant que le résultat pour garantir sa fiabilité.

 

Cela ne fait aucun doute que les titres anxiogènes sont très intéressants pour les médias, qui ont tout intérêt à susciter en masse la visite des internautes sur leurs pages web. C’est alors précisément parce que les médias recherchent le buzz qu’il convient de prendre du recul sur les sujets qu’ils titrent parfois violemment. Dans notre cas, ce qui nous intéresse, c’est la thématique des risques cardiovasculaires liés au vapotage, et ce qui est abordé dans l’étude du Pr. Stanton Glantz. Allons y jeter un coup d’œil plus en profondeur…

 

 

 

Zoom sur l’étude du Pr. Stanton Glantz

 

 

Qui est le Pr. Stanton Glantz ?

 

Stanton Glantz est Professeur en médecine dans l’unité de Cardiologie de l’Université de Californie de San Francisco (UCSF) et directeur du Center for Tobacco Control Research and Education. Il travaille pour l’UCSF depuis 40 ans. Son parcours est particulier : il n’a pas de formation médicale classique mais un parcours scientifique dans le domaine de l’ingénierie mécanique. Il s’est toutefois intéressé très tôt aux propriétés mécaniques du tissu du muscle cardiaque, puis aux causes pouvant entraîner des perturbations de ces propriétés, et plus particulièrement le tabac. Il s’est affirmé progressivement comme un activiste anti-tabac et anti-tabagisme passif depuis le milieu des années 1980. Il a en effet initié de nombreuses recherches dénonçant les effets du tabac et fait paraître de nombreuses publications à ce sujet, dont certaines ont été controversées. Malgré la controverse, il reste considéré comme un expert sur le sujet par les médias, et a été sollicité au sujet de la vape dès son arrivée aux États-Unis autour de 2007.

 

Stanton Glantz est à l’origine de pas moins de quatorze publications qui donnent une mauvaise image de la vape, avec un argumentaire principalement basé sur de potentiels risques cardiovasculaires, comme pour le tabac. En 2014, il a exposé son opinion dans une publication : les cigarettes électroniques aggravent l’épidémie du tabagisme chez les jeunes. C’est donc un activiste très engagé contre le tabac et la vape, sans aucun doute possible. Son intégrité scientifique est en revanche, elle, remise en question par de nombreux détracteurs au sein même de la communauté scientifique. C’est par exemple le cas d’un docteur spécialisé lui aussi dans le domaine du tabagisme et du vapotage : le Dr Michael Siegel. C’est aussi le cas pour certaines organisations du domaine de la santé, comme l’American Cancer Society. Ce qu’ils dénoncent ? La manière dont certaines études menées par Stanton Glantz ont été réalisées, estimant que certaines données statistiques n’ont pas été suffisamment triées et analysées pour arriver aux conclusions citées.

 

Une étude subventionnée par plusieurs organismes

 

L’American Journal of Preventive Medicine précise à la fin de la publication de l’étude du Pr. Glantz que des subventions ont été accordées au Pr. et à son équipe scientifique dans le cadre de cette étude : « Le travail du Dr Glantz a été soutenu par des subventions R01DA043950 de l'Institut national de lutte contre l'abus de drogues et P50CA180890 du National Cancer Institute et du Centre d'administration des aliments et des médicaments pour les produits du tabac. Le contenu est uniquement la responsabilité des auteurs et ne représente pas nécessairement les points de vue officiels des NIH ou de la Food and Drug Administration. Les organismes de financement n'ont joué aucun rôle dans la conception, la collecte, l'analyse et l'interprétation des données, la rédaction du rapport ou la décision de soumettre à publication. » Les NIH et la Food and Drug Administration se couvrent ainsi au sujet de la méthodologie de l’étude, de ses conclusions ainsi qu’au sujet de sa diffusion médiatique, mais ont contribué à son existence même. Rien que cette simple contribution peut soulever des questions. Pourquoi ces subventions ont-elles eu lieu ? Pourquoi par exemple un institut spécialisé au sujet du cancer s’intéresserait aux effets cardio-vasculaires de la vape, qui n’ont à priori pas de rapport avec sa pathologie de prédilection qu’est le cancer ?

 

L’American Journal of Preventive Medicine ne précise pas si la publication de cette étude dans leur revue scientifique a été elle aussi subventionnée ou pas. En tout cas, la revue scientifique, au même titre que les médias, pouvait attendre des retombées positives de la parution : vu l’information choc annoncée dans la conclusion de l’étude, il était facile de prévoir le relayage en masse de l’information dans les médias grand public, et ainsi un impact positif sur la notoriété de la revue auprès du public.

 

Conclusions, méthode et limites annoncées de l’étude du Pr. Glantz

 

Toujours dans l’American Journal of Preventive Medicine, on peut lire les conclusions de l’étude : « La consommation quotidienne de cigarettes électroniques est associée à une augmentation des risques d'infarctus du myocarde, indépendamment des risques associés au tabagisme et à d'autres facteurs de risque. La double utilisation des cigarettes électroniques et des cigarettes classiques - le mode d'utilisation le plus courant chez les utilisateurs de cigarettes électroniques - est plus dangereuse que l'utilisation de l'un ou l'autre produit seul. À partir de ces constatations, l'utilisation récréative des cigarettes électroniques ou l'utilisation de cigarettes électroniques pour arrêter de fumer ne devrait pas être recommandée. »

 

Pour réaliser cette étude, le Pr. Glantz et les autres scientifiques qui y ont participé ont annoncé avoir utilisé les données collectées lors des enquêtes nationales sur la santé menées en 2014 et 2016. Ils ont également dit les avoir analysées en 2017 et 2018 afin d’examiner l'association transversale entre la consommation de cigarettes électroniques selon quatre catégories (jamais, ancienne, certains jours et quotidienne), la consommation de cigarettes selon ces mêmes catégories, et la survenue d’un infarctus du myocarde. Ils ont expliqué avoir utilisé un modèle de régression logistique unique qui incluait des caractéristiques démographiques (âge, sexe, IMC) et des caractéristiques de santé (hypertension, diabète et hypercholestérolémie).

 

Concernant les limites de l’étude, l’équipe scientifique à son origine rappelle toutefois : « Le NHIS est une étude transversale, ce qui permet seulement d'identifier des associations plutôt que des relations causales. » mais aussi « On ne sait pas quand les IM se sont produits par rapport à la consommation de cigarettes électroniques, et il est probable que certaines des crises cardiaques signalées se soient produites avant que les cigarettes électroniques ne soient disponibles aux États-Unis (vers 2009). » et « Bien que la définition du tabagisme soit bien établie, il n’y a pas encore de consensus sur la manière de définir les utilisateurs de cigarettes électroniques établis et il n’existe aucune information sur la quantité, la durée ou la durée de l’utilisation de la cigarette électronique. Par conséquent, les utilisateurs de cigarettes électroniques incluent probablement des expérimentateurs qui n’utilisent une cigarette électronique que quelques fois, ainsi que des utilisateurs réguliers. Les anciens fumeurs et les anciens utilisateurs de cigarettes électroniques sont définis différemment, les anciens fumeurs ayant dû fumer 100 cigarettes ou plus par le passé et les anciens utilisateurs de cigarettes électroniques n'ayant dû utiliser qu'une seule cigarette électronique par le passé. »

 

 

 

Une méthodologie controversée par la communauté scientifique

 

En plus des limites annoncées par le Pr Glantz et les autres chercheurs à l’origine de cette étude, certains scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme face à l’engouement des médias pour ce sujet choc. Ils appellent à la prudence quant aux conclusions de cette étude qu’ils jugent bien trop hâtive. Pourquoi ? L’étude ne précise pas qu’il n’y a aucune donnée relevée permettant de savoir à quel moment l’infarctus a eu lieu dans la vie des personnes ayant participé aux études nationales sur la santé de 2014 et 2016. Certains ont ainsi peut être eu un accident cardiaque avant même d’avoir commencé à vapoter, et seraient alors passés à la cigarette électronique pour leur santé, après une bonne frayeur (on les comprend !). D’autres ont peut-être eu un accident cardiaque après avoir commencé à vapoter, mais comment savoir si leur passé de fumeur n’est pas entièrement responsable de leur problème cardiaque, étant donné le lien démontré entre tabagisme et infarctus ? De la même manière, comment savoir si l’utilisation combinée du tabac et de la cigarette électronique amplifie les risques du tabac sans avoir effectué au préalable des études poussées sur l’impact de la cigarette électronique sur le système cardio-vasculaire sur des sujets n’ayant jamais fumé auparavant ?

 

Ainsi, le Pr. Lion Shahab, de l'University College de Londres a détaillé son opinion sur Science Media Centre : « Premièrement, comme il s’agit d’une étude transversale, l’analyse ne permet pas de distinguer ce qui s’est produit en premier – le passage à la double utilisation des cigarettes électroniques ou la crise cardiaque. Une autre explication probable de ces résultats est que les fumeurs qui subissent un événement cardiovasculaire sont plus susceptibles de réduire leur consommation de cigarettes et d’essayer d’arrêter de fumer, comme cela a été rapporté dans le texte. L’une des façons de réduire le tabagisme consiste à utiliser les cigarettes électroniques. Ainsi, plutôt que de provoquer des crises cardiaques, une double utilisation peut en être la conséquence. Ce type d’étude ne peut pas établir la séquence des événements et doit donc être interprété avec prudence.
« Deuxièmement, et tout aussi problématique, est le fait que dans les études d’observation comme celle-ci, la confusion ne peut être exclue. Il est bien connu que le tabagisme augmente le risque d’événements cardiovasculaires et que cela est lié à la durée du tabagisme et à l’intensité du tabagisme. Le type d’effet observé ici pour les doubles utilisateurs ne devrait pas être imputable à l’utilisation de la cigarette électronique, étant donné que la plupart des utilisateurs de cigarettes électroniques étaient des fumeurs de cigarettes passés ou actuels. Il est difficile de savoir comment l’utilisation de cigarettes électroniques à court terme pourrait avoir les mêmes effets sur la santé que le fait de fumer des cigarettes pendant dix ans.
« Une manière plus efficace et plus appropriée de déterminer si l’utilisation de la cigarette électronique augmente le risque de crise cardiaque serait de suivre les utilisateurs de cigarettes électroniques qui n’ont jamais fumé à long terme pour établir la séquence des événements et déterminer s’il existe un risque indépendant du tabagisme actuel ou passé. Malheureusement, cela n’a pas été fait ici et l’interprétation présentée va clairement au-delà de ce que l’on peut réellement conclure des résultats de l’étude. «

 

En France, le Dr Mathieu Kerneis, cardiologue à la Pitié Salpêtrière, qui s’intéresse lui aussi à la question des risques cardio-vasculaires liés à la cigarette électronique a expliqué à Sciences et Avenir que "Sur le plan cardio-vasculaire, on ne sait vraiment pas grand-chose des effets de la cigarette électronique. Cette étude a donc le mérite d'exister, mais c'est peut-être le seul."

 

 

 

Une étude à suivre sur le sujet : Austral
Un principe de précaution à appliquer

 

Le Dr Mathieu Kerneis souhaite commencer une étude appelée « Austral » sur 90 patients, sur quelques mois, afin de déterminer les effets de la cigarette électronique sur la réactivité plaquettaire, c’est-à-dire sur la formation de caillots sanguins qui favorisent les infarctus. Il explique : « La cigarette électronique connait un succès important que ce soit en méthode de sevrage ou en consommation nouvelle. En pratique, nous ne connaissons pas bien les effets de la cigarette électronique sur le plan cardio-vasculaire. Ce qui est sûr c’est que le tabac (la consommation de cigarettes) augmente la réactivité plaquettaire. C'est-à-dire que cela favorise la formation de caillot dans le sang et favorise la survenue des infarctus. On ne sait pas si la cigarette électronique a le même effet cardio-vasculaire. Il n’y a pas d’études sur le sujet. ».

 

Ainsi, en attendant que cette nouvelle étude apporte un jour de véritables informations scientifiques sur l’existence ou non de risques cardio-vasculaires associés à la vape et sur la nature exacte de ces risques nous ne pouvons que vous rappeler le principe de précaution recommandé par la Société française de cardiologie elle-même : remplacer le tabac par la cigarette électronique, et ce parce qu’"en l'absence de combustion, la e-cigarette est infiniment moins toxique que le tabac (pas de monoxyde de carbone, ni particules fines, ni cancérogènes en quantité significative)". Il est également bon de rappeler qu’il faut faire attention au double usage cigarette / cigarette électronique, car "en réduisant le nombre de cigarettes fumées, on réduit certes globalement le risque de maladies cardio-vasculaires, mais pas celui d'événements aigus comme l'infarctus du myocarde."

 

 

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