Étude : cigarette électronique et risques de cancer. Que faut-il en retenir ?

Le 30 janvier 2018

En ce 30 janvier 2018, un tollé médiatique déferle sur la France autour de la cigarette électronique. L’objet de cette polémique est un article paru sur la plateforme PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) au titre plus qu’évocateur :

« La cigarette électronique endommage l’ADN et réduit la capacité régénératrice des poumons, du cœur et de la vessie des souris, de même que sur les cellules pulmonaires et vésicales humaines. »

L’annonce est limpide, la cigarette électronique serait cancérogène, c’est-à-dire qu’elle augmenterait le risque de mutation de cellules organiques favorisant ­­– à un certain degré – l’apparition de cancers, notamment des poumons et de la vessie.

Pendant que certains médias s’affairent à crier à la trahison et proposent davantage de sensationnalisme que d’information scientifique, il serait bon de rapporter les faits et de s’intéresser aux tenants et aboutissants de cette découverte. Ce compte-rendu utilisera l’article original de Lee et al. (2018) comme base unique.

 



Une révolution qui soulève des questionnements


Parmi les solutions de sevrage du tabagisme, la cigarette électronique fait parti de ces petites révolutions qui a su prouver son efficacité et a rapidement trouvé une place dans les habitudes de nombreux ex-fumeurs. Le postulat de base était que la cigarette électronique est bien moins nocive que le tabac, voire sans danger, du fait du composé chimique à base de propylène glycol et de glycérine végétale qui ferait du e-liquide un produit inoffensif. Si cette idée fait consensus au sein de la communauté scientifique, des questionnements se soulèvent lorsqu’il s’agit de comprendre les effets de la nicotine sur notre organisme. Cette molécule que l’on intègre au e-liquide pour palier au manque des fumeurs qui se mettent à vapoter aurait peut-être des conséquences nocives sur notre organisme lorsqu’elle est vaporisée et inhalée. C’est donc l’objet de cette étude qui teste en direct sur des souris l’impact mutagène de la nicotine sur les organes concernés, à savoir principalement les poumons et la vessie.

 

Retour sur l’étude et son résultat


Comme toute démarche scientifique, le but de l’étude est de tester une hypothèse, d’en tirer un résultat qui appellera d’autres études, jusqu’à une validation consentie de faits. Dans le cas des risques cancérogènes de la cigarette électronique, cette étude nous propose un résultat parmi d'autres. Les chercheurs eux-mêmes rappellent que les études sur les risques cancérogènes d’un élément demandent du temps et du recul pour établir un résultat fiable et sûr.

Alors, qu’est-ce qui a été testé et quels sont les résultats ?

L’expérience visait à étudier l’effet de la nicotine contenue dans les e-liquides lorsqu’elle est inhalée et passe par les poumons et la vessie. Pour cela, des souris ont été exposées à la vapeur pendant 12 semaines, dans des proportions équivalentes à 10 ans de consommation de e-liquide nicotiné d’un vapoteur lambda. Les sujets testés étaient ensuite comparés à des sujets de contrôle.

Il est alors apparu que lors de la métabolisation de la nicotine par le corps – qui la transforme en d’autres éléments chimiques –, des nitrosamines sont relâchées. Sur 100% de nicotine transformée, 90% sont métabolisés en substances inoffensives, et le reste (10%) est constitué de ces nitrosamines qui elles seraient mutagènes.

L’expérience a par la suite montré que la nicotine produit des substances aux effets mutagènes sur l’ADN, et qui auraient aussi un effet inhibiteur sur les protéines qui réparent l’ADN. Ces effets cumulés augmenteraient donc le risque de mutations incontrôlées de cellules.

Que retenir de cette expérience ?
La nicotine des e-liquides ne serait effectivement pas sans effets sur la santé à long terme. Mais si les conséquences sur l’organisme suffiraient à classer la nicotine comme potentiellement cancérogène, ne tirons pas la sonnette d’alarme si vite !
D’une part, cette expérience unique en son genre ne suffit pas à apporter de preuves définitives. Comme indiqué précédemment, il faut bien plus de temps pour prouver ce genre d’effets sur l’organisme.
D’autre part, le protocole expérimental peut être contesté. Administrer une si forte dose de nicotine en un temps si réduit à des souris n’est pas le moyen le plus fiable pour démontrer des effets à long terme, qui plus est sur un être humain.
Enfin, la classification des substances cancérogènes est floue et inclut très mal le degré de dangerosité. Nous sommes tous en contact avec des substances officiellement cancérogènes, comme la viande rouge, les boissons alcoolisées ou même le soleil, mais leur dangerosité dépend d’autres facteurs. 

 

Quelles sont les implications ?


« Tabac et cigarette électronique : au final c’est pareil, on se fait bien avoir ! »

Non. Même si cet article prouve bel et bien que la cigarette électronique pourrait apporter un risque à ceux qui l’utilisent sur le long terme, pour l'instant nous n'en savons que trop peu. Cette étude a pour but d'explorer, de mettre en avant un phénomène, elle ne déclare pas pour autant que la cigarette électronique est aussi toxique que le tabac. En revanche, ce dont nous sommes certains aujourd'hui, c'est de tout ce dont elle nous préserve comparé au tabac fumé. La nicotine de la cigarette électronique pourrait être nocive, mais le tabac fumé contient lui aussi de la nicotine, ainsi que plus de 7000 composés chimiques toxiques, cancérogènes, allergènes ou irritants. Même avec cette étude, la comparaison entre la cigarette électronique et la dangerosité avérée du tabac ou autre substance hautement mutagène n'a pas lieu d'être.
Il s'agit juste de montrer un lien entre nicotine et effets indésirables sur l'organisme, par le biais d'une expérience au protocole visant à provoquer ces résultats.

Ce n'est pas un cataclysme qui s'abat sur le monde de la vape, mais plutôt une avancée dans notre connaissance des mécanismes cancérogènes, qui mènera à d'autres recherches.
Plus que de hurler au scandale sanitaire, c’est informer davantage qui devient nécessaire.

 

Source :

Hyun-Wook Lee, Sung-Hyun Park, Mao-wen Weng, Hsiang-Tsui Wang, William C. Huang, Herbert Lepor, Xue-Ru Wu, Lung-Chi Chen and Moon-shong Tang, (2018). E-cigarette smoke damages DNA and reduces repair activity in mouse lung, heart, and bladder as well as in human lung and bladder cells, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. https://doi.org/10.1073/pnas.1718185115

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